E.Y.E : Divine Cybermancy

Comment reconnait-on un jeu original lorsqu’on en voit un ? C’est souvent quand les critiques sont totalement variées et que les joueurs s’y retrouvent malgré tout. E.Y.E est très original, c’est le moins que l’on puisse dire.

Tentons de poser l’ambiance…

Vous faites partie de la Secreta Secretorum, une organisation chargée de mettre à mal la force metastreumonique. Celle-ci est une sorte de condensé de peurs apparaissant comme des chimères aux gens “simples”. Dans une ambiance de clans rivaux façon Yakuza, vous verrez d’ailleurs qu’une certaine inspiration orientale est omniprésente dans le jeu, vous évoluez donc de mission en mission pour tenter de calmer la situation et de redonner quelque peu vie à ce grand champ de bataille qui vous entoure. Ce n’est pas gagné.

E.Y.E commence assez sèchement avec une longue demi-heure de jeu peu amusante et déstabilisante. On y découvre les tutoriaux, les mouvements, les actions, tout au long d’heures de marche/course interminables et d’objectifs nous faisant aller d’un point A à un point B sans aucune autre raison que de poser le scénario du titre. Un mal pour un bien, puisqu’une fois les bases posées on peut se lancer directement dans l’action. Entre temps, le gameplay a eu le temps d’être compris, à défaut d’avoir réellement été assimilé. Pour cela, il faudra encore de longues heures de jeu.

Basé sur le moteur Source de Valve (Half-Life 2), E.Y.E propose une vue à la première personne très banale. Le balancement du personnage nous rappelle quelques bons et mauvais souvenirs d’une époque de FPS révolue. L’impression de jouer à un Deus Ex amélioré est omniprésente lors que l’on découvre pour la première fois cette interface complexe, aux multiples menus. Le personnage principal peut en effet augmenter de niveau au fur et à mesure des actions effectuées lors de la partie. Des points de compétences sont à repartir dans plusieurs domaines, allant de la Force à l’Endurance en passant par quelques pouvoirs, une meilleure résistance et autres joyeusetés. L’aspect “jeu de rôle” est plus profond qu’il n’y parait et fait tout le sel du jeu.

À l’aide d’un menu circulaire, de préférence apposée à la molette de votre souris, plusieurs raccourcis sont disponibles. Bien entendu ils sont entièrement paramétrables et peuvent concerner des pouvoirs, des actions (pirater par exemple) et même un changement de type de munitions ou l’ouverture d’un menu spécifique. En clair : on gère son cercle de raccourcis comme on l’entend, en fonction des possibilités dont on se sert le plus souvent. Il faut avouer qu’en jeu, ce n’est pas totalement facile à prendre en main et que tenter de tourner sur le bon raccourci en plein combat demande un peu d’adresse (et une bonne souris bien configurée).

Un gameplay exigeant

C’est indéniable, la prise en main est pataude et demande de longues heures d’entrainement. Déjà parce qu’il y a énormément de possibilités de jeu, mais aussi à cause d’une interface un peu vieillotte, pas toujours pratique à utiliser. Il n’y a cependant pas de gros problème, de grossière erreur de gameplay déstabilisant le joueur, mais difficile de crier au génie de ce point de vue. Toutes ces difficultés font néanmoins tout l’intérêt d’E.Y.E qui se destine alors à des joueurs pointilleux, qui en ont peut-être assez d’un marché du jeu vidéo qui prend clairement ses clients par la main et finalement ne leur donne plus aucun défi. E.Y.E a 10 ans de retard. C’est un compliment.

Quand vous mourrez, vous avez une au début une dizaine de “resurecteurs” vous permettant de vous relever. Vous apparaissez alors directement là où vous vous êtes “échoué”. Un conseil : attendez que les ennemis tracent leur route. Une fois réveillé, vous n’avez rien perdu de votre inventaire ni de votre niveau. Vous aurez juste de mauvaises statistiques en fin de mission. Mais alors, le jeu est simple ? Pas du tout ! Les morts défilent vite, surtout dans de mauvaises configurations de jeu. Bloqué dans un endroit “chaud”, un peu perdu, ou tout simplement mal équipé, vous ne ferez pas long feu. Comble de malheur, il n’y a absolument aucun moyen de sauvegarder sa partie : le jeu le fait tout seul, comme un grand, mais souvent en début ou fin de mission. Ceci a cependant un but scénaristique très intéressant.

En effet, lors des nombreux dialogues que vous aurez avec les nombreux (mais peu charismatiques et souvent ressemblants) PNJ du jeu, vous aurez des choix de discussions particuliers. Vous gagnerez alors en point d’expérience lorsque vous parviendrez à leur faire cracher une information, à les mener là où vous voulez qu’ils aillent ou même lorsque vous faites preuve de compassion. Une certaine “vie sociale” est présente, à petite dose. Du coup, toutes ces décisions sont impossible à contourner, à tricher, avec ce système de sauvegarde totalement géré au bon vouloir des développeurs. Un grand mal pour un bien.

Le problème est que l’univers, aussi bien conçu soit-il avec ses doublages en une langue totalement inventée pour l’occasion, est beaucoup trop sombre et mal amené pour être réellement passionnant à découvrir. Le jeu manque de finesse dans son écriture et surtout, d’une vraie mise en scène. En l’état on a souvent l’impression que l’histoire n’est là que pour donner un sens à la succession de missions, avant que certains éléments de jeu (la bibliothèque, le QG…) nous rappellent le contraire. Certes il y a un univers, mais il est très mal présenté et jamais vraiment exploité autrement que dans le style graphique.

Chronique d’une simple mission

Prenons un exemple pour bien expliquer le concept. Vous devez aller à l’autre bout de la carte pour y retrouver votre équipe. Vous êtes seul, passez à l’armurerie, tentez de caser tout ce que vous voulez dans vos peu nombreuses cases d’inventaire, puis passez à l’action. Sincèrement, au début, il faudra frôler les murs. Guetter chaque recoin. Un ennemi vous a repéré ? Vous allez vite le sentir passer avec votre petit niveau et votre faible barre de vie. Visez-le, tuez-le, mais fuyez, sinon il en viendra dix autres. Puis encore dix. Le mieux est donc de tenter d’éviter tout affrontement le plus longtemps possible, ou d’utiliser de stratagèmes bien manigancés. Le piratage est par exemple l’arme idéale de la personne qui ne veut pas se faire repérer et tenter de, par exemple, retourner une tourelle contre son adversaire. Au fil des points d’expérience, vous vous améliorerez, vous et votre personnage, puis pourrez combattre avec un peu plus de facilité.

Le piratage est complexe : il n’y a pas une énorme indication sur votre HUD lorsqu’il est possible de pirater une machine, une porte ou quoi que ce soit. C’est à vous de vous débrouiller, de cibler un objet, disons un distributeur d’argent, et de voir si elle vous est accessible ou non. Si oui, vous ferez un petit combat à base d’action en temps réel contre la machine. Si elle vous hacke avant, vous subirez des dégâts. Attention, vous pouvez même mourir ! Tout cela pour quelques Brouzoufs, la monnaie officielle du jeu. Même là on est donc très loin des habituels QTE simples et répétitifs des grands titres du moment.

Un sabre, un pistolet, les deux à la fois, un shotgun, un fusil sniper, des grenades… L’arsenal est varié, les têtes volent, le jeu est gore et très violent. Les impacts sont très graphiques et vous ne vous demanderez jamais réellement si vous avez vraiment touché votre cible puisque généralement, cela se verra. Aussi, les munitions sont rares : attention au gaspillage. Vous devrez souvent en ramasser sur le corps de vos ennemis. Enfin il y a les pouvoirs : se dissimuler, créer des copies de vous-même pour faire diversion, sauter très haut, courir très vite… Et la folie, surprenant aléatoirement le joueur en péril et le forçant à jouer avec un écran flou ou même sans possibilité d’utiliser les armes. Vous l’aurez compris, il faut prendre le temps de découvrir le jeu afin de profiter de chaque possibilité offerte.

Visuellement étonnant

Inutile de passer par quatre chemins : l’ambiance visuelle est fabuleuse. Sorte de mélange entre le Japon féodal, Blade Runner, Deus Ex et un trip ésotérique particulièrement bien dessiné, E.Y.E se faufile dans une brèche très peu exploitée par les développeurs. Et pour cause, elle est peu vendeuse : le monde est triste, les éclairages sont peu nombreux, il ne s’y passe presque jamais rien d’autre que des tueries entre bandes, mais beaucoup accrocheront totalement à l’ambiance.. Mais cette volonté de joue la carte de la belle austérité à un prix : pas de héros, pas de moments de gloire, pas de grande mise en scène pétaradante. C’est le plus gros défaut de ce titre, qui n’a pas su reproduire le bel équilibre réaliste/cinématographique d’un Deus Ex dans sa façon d’amener le scénario au joueur.

E.Y.E est original, c’est indéniable. Mais il souffre aussi d’un manque total de charisme, le rendant assez repoussant dans son concept. Même les vieux de la vieille n’auront pas forcément envie de se plonger dans une expérience aussi fouillis, compliquée, aussi passionnante soit-elle au bout d’un moment. Seule “l’élite”, les Hardcore Gamers qui, il faut l’avouer n’ont vraiment plus rien à se mettre sous la dent depuis de longues années, seront totalement ébahis par le travail effectué par les développeurs. C’est une autre façon de voir le jeu vidéo, une optique beaucoup moins gentille, beaucoup plus “rentre dedans” et demandant au joueur quelques concessions et beaucoup d’apprentissage. Après cela, les richesses du jeu et sa durée de vie sont infinies que ce soit en solo ou en multijoueur…

Skywilly

Skywilly

Rédacteur en chef collectionneur de Skylanders et qui passe beaucoup trop de temps sur ces briques Lego. Heureusement qu'il y a des petits jeux pour s'évader ! Auteur de Le jeu vidéo indépendant en 2015 : Portraits de créateurs
Skywilly

2 pensées sur “E.Y.E : Divine Cybermancy

  • 14/08/2011 à 20:19
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    C’est ce que j’aime sur ce site. Des tests intelligents qui soulèvent autant les points forts que les points faibles et montrent qu’on peut aimer un jeu imparfait, qu’il peut plaire à telle ou telle catégorie de joueurs. Et non du “dézingage” gratuit sans justification réelle comme souvent ailleurs, malheureusement c’est la mode de “détruire” sur le net. A croire que si t’es pas un hater, t’as raté ta vie :D Bref, merci pour ce test en tout cas! :)

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  • 27/04/2012 à 16:39
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    Je me souviens que j’avais interviewé les développeurs à l’époque où ils finalisaient le jeu. J’avais été très emballé par le côté cyberpunk, l’originalité et la profondeur de gameplay (les multiples possibilités de jeu). Dommage que les défauts soient encore présents, mais je pense que le jeu mérite qu’on lui donne sa chance.

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