OIO : The Game

Le genre du Plateformer est très présent dans le monde des créateurs indépendants. Il permet souvent de proposer un fond d’univers artistique avec une action plus directe et jamais ennuyante. OIO : The Game est de ceux-ci à la diffèrence près qu’ici, il n’y a absolument aucun ennemi à affronter.

Touchons du bois…

Notre héros est un petit être de bois qui, éclairé par des rayons d’un soleil salvateur, revient à la vie après un sommeil long et profond. Il découvre alors ses congèneres toujours pétrifié et entreprent de les sauver en partant à l’aventure, seul. Une entière civilisation est alors entre les pattes pleines d’échardes de cette mascotte adorable. OIO, c’est son nom supposé par son faciès original, va parcourir 12 niveaux remplis de plateformes, de puzzles et de surprises.

Jouable au clavier et à la souris, ou bien à la manette, OIO propose un gameplay bien connu des amateurs de jeux indépendants. Sur un plan en 2.5D (comme Pandemonium par exemple), le joueur peut sauter, s’accroupir mais surtout tirer des graines en visant la direction souhaitée avec le curseur de la souris. Ces graines permettent, une fois entrée en contact avec les bulbes posés sur certaines parois du niveau, de faire pousser un tronc d’arbre. Jusqu’à trois troncs peuvent être créés, qui peuvent partir du même bulbe.

Ainsi, à la manière d’un Blocks That Matter, OIO demande pas mal de reflexion dans la gestion de ses graines. A ceci prêt qu’ici, rien n’est limité en nombre et qu’un échec n’entraine que rarement un Game Over. On recommence, encore et encore, jusqu’à comprendre comment créer efficacement ces trons pour en faire des plateformes utiles à la progression. On finit pas superposer les horizontales et les verticales avec une certaine maitrise, au point de se poser la question de l’intérêt de ce gameplay sur le long terme. Et c’est là qu’OIO montre sa première grande qualité : il ne se repose excessivement sur aucune de ces idées, mais les exposent toutes à la même cadence.

Certes, vous pouvez faire pousser des troncs. Ce n’est cependant pas une raison pour que les développeurs d’Uncanny Games en abusent allègrement. Cela s’ajoutera rapidement à plusieurs autres idées venant compliquer les niveaux “casse-tête” du jeu. Il sera par exemple necessaire de jouer avec le feu, en pouvant d’ailleurs entrer en contact avec lui pendant un faible moment, en tentant de le mener ou bon nous semble à l’aide de nos pousses d’arbres inflammables. Ceci dans le but évident d’ouvrir des interrupteurs et autres passages menant ensuite à bon port.

Plateformes et poésie

Autre piège évite par Uncanny Games : celui de l’enchainement de niveaux typés “Puzzle”. Le rythme est plutôt bon au travers de cette douzaine de niveaux qui alternent très bien entre de longues et passionnantes phases de plateforme (surtout grace à une physique du personnage très bien réalisée) et des phases de reflexion plus intenses mais aussi plus courtes, jamais trop ennuyantes. A vrai dire, impossible de trouver le temps long dans OIO tant ce rythme est réellement gérée d’une main de maitre.

On s’ennuie tellement peu que fatalement, la durée de vie très faible du titre nous revient en pleine face alors même que l’on s’amuse comme rarement. Le jeu se termine en trois petites heures, sans trop de difficulté qui-plus-est. Un temps bien géré, sans aucune longueur, mais court malgrès tout. Il faut dire aussi que les checkpoints sont partout, à pratiquement toutes les plateformes : un Game Over n’est jamais très punitif et permet même quelquefois de recommencer le dernier saut d’une bien meilleure façon, pour tenter d’en dénicher les quelques secrets.

OIO est porté par un level-design peu complexe à jouer, mais dont on saluera les graphismes absolument somptueux. Passant d’un univers boisé à une obscurité effrayante, pour finir dans des niveaux très métalliques et une ravissante sortie en plein-air, le jeu propose un dépaysement total et là aussi jamais redondant. Plusieurs croquis, trois par niveaux, sont à déceler parmis tous ces décors ravissants, ceux-ci permettant au passage d’augmenter quelque peu la durée de vie en essayant de dévoiler toute la fresque du menu principal. Elle vient raconter l’histoire passée de cette civilisation d’êtres de bois, endormie depuis des lustres sans que l’on sache pourquoi en début de jeu.

Cette narration, mise en place par une très simple cinématique d’introduction, est d’une poésie fine et pleine de solitude lors des phases de jeu. L’histoire de notre héros lui est constemment rappelée, à lui et au joueur, via la présence de ces semblables qui ornent les décors, figés dans le temps, en pleine dernière action souvent banale avant un sommeil mystérieux. Les charmantes musiques viennent donner la touche finale à cette ambiance triste et touchante remarquablement mise en scène en plein coeur du jeu.

Peace & Love

Reste un final attendu, très joli mais dont on esperait beaucoup plus. C’est surtout l’occasion d’une rencontre avec un adversaire, le seul qui soit réellement vivant finalement, sans que ce ne soit non plus le temps d’un affrontement direct. OIO évite toute violence, si ce n’est lors de la destruction de notre héros lorsqu’il tombe sur des pièges piquants, brulants ou écrasants. Voilà qui fini de le rendre totalement accessible à tous les joueurs et qui explique davantage sa facilité globale, n’octroyant que très rarement des passages réellement compliqués à terminer à ceux qui aiment ce genre de Plateformer souvent destinés aux Hardcore-Gamers.

OIO est magnifique, tout en 2D soignée et bien mise en scène tout au long de la partie. On lui ajoute une ambiance très poétique, un level-design sympathique, des idées de gameplay très amusantes et on obtient evidemment un titre de très grande qualité. Plombé certes pas une durée de vie très courte et une facilité assez persistante, mais cela n’entache en rien le génie artistique du jeu. Uncanny Games vient clairement de gagner sa place dans la très courte listes des studios indépendants à surveiller désormais avec beaucoup de vigilance. Donnez leur les moyens de leurs ambitions et nul doute qu’ils seraont capable de faire des miracles.

Skywilly

Skywilly

Rédacteur en chef collectionneur de Skylanders et qui passe beaucoup trop de temps sur ces briques Lego. Heureusement qu'il y a des petits jeux pour s'évader ! Auteur de Le jeu vidéo indépendant en 2015 : Portraits de créateurs
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