Rock of Ages

Pierre qui roule n’amasse ma mousse, certes, mais en profite pour affronter les âges et leurs représentants dans un jeu complètement dingue, signé par les fous furieux de Ace Team déja responsable du très original Zeno Clash. Prêts pour un petit cours d’Histoire très original ?

Le mythe de Sisyphe

Il a insulté un dieu et la punition est sans appel : Sisyphe devra pousser un rocher du bas d’une colline jusqu’à son sommet, les yeux bandés. A chaque fois, le rocher dévie et se retrouve en bas en quelques secondes. Sisyphe recommence, encore, puis encore et plutôt que de faire comme Albert Camus et d’imaginer Sisyphe heureux, les développeurs de Rock of Ages l’imaginent surtout en pétard. C’est alors que l’idée d’écraser ses bourreaux avec son gros rocher lui traverse l’esprit. Cela vous amuserait de l’aider dans sa tâche ? Qu’à cela ne tienne : que ce soit en combo Souris + Clavier ou à la manette (principalement pour les versions consoles), Rock of Ages joue les parcs d’attractions avec un soupçon de stratégie et beaucoup d’humour complètement dingue.

Bon, on s’explique : chaque niveau du mode solo (jouables aussi en multijoueur, mais sans contexte humoristique véritable) se joue contre l’I.A. Sur une carte divisée en deux parties totalement symétriques, la boule de chaque camp va pouvoir rouler sur le terrain de l’autre. On dévale les pentes, saute de plateforme en plateforme pour tenter d’atteindre son but : le château adverse. Il faut foncer dans la porte pour l’abimer, jusqu’à utiliser assez de boules pour l’exploser et écraser le personnage adverse qui se trouve au milieu de la forteresse. Là où cela se complique, c’est qu’en chemin, vous trouverez plusieurs obstacles tels que des maisons (qui vous rapporteront de l’argent une fois détruites) ou des armes que l’adversaire aura placé de façon stratégique pour abimer votre engin de destruction massive. Plus votre boule est abimée, moins fort elle tapera la porte de l’adversaire une fois que vous l’atteindrez. Vous pouvez même la détériorer au point de la perdre totalement et de devoir tout recommencer.

Chaque boulet à contrôler doit être construit par vos “villageois” et pendant ce temps de construction, vous pouvez bouger sur la carte du jeu en vue aérienne. C’est alors l’heure de dépenser vos quelques sous gagnés via les destructions en construisant des catapultes, des tours de garde et autres sympathiques hélicoptères lance-pierres pour ralentir le boulet ennemi. Si votre arme sphérique n’est toujours pas construite, vous pourrez même viser directement votre cible “gratuitement” avec de simples pierres ou de façon plus chère en lâchant des éléphants ou des vaches de guerre. Enfin, les boulets peuvent posséder des propriétés spécifiques, moyennant encore pas mal d’argent : être en feu (plus de dégâts), posséder une armure (plus de résistance), de petites ailes et une auréole (pour voler pendant quelques secondes) et ressembler à une boule de pétrole (pour supprimer de la carte adverse les espaces où celui-ci a la possibilité de construire des unités).

Un Sisyphe, décisif ?

La stratégie est donc là : jouer les Tower Defense, tout en ayant un gros stress en plein contrôle du boulet puisqu’une petite caméra vous montre ou se trouve celui de l’adversaire en temps réel. Tout est une question de rythme : se précipiter avec talent ou prendre son temps pour détruire l’adversaire, afin d’avoir quelques salvatrices minutes de plus à consacrer à des phases de course plus calmes et bien dosées dans leur vitesse ? Chacun trouvera sa façon idéale de jouer avec, pour principale motivation, une ambiance visuelle hors du commun et des cinématiques à mourir de rire.

Le boulet semble tout droit venu du Voyage de la Lune de Georges Méliès. Les personnages historiques ont été capturés de leurs estampes d’époque. Tout ce beau monde s’agite d’ailleurs façon marionnettes, avec une nette tendance aux cris aigus et au ridicule. Chaque niveau met en scène sa figure historique, l’adversaire du joueur, avec une cinématique toujours très drôle et très référencée. Ainsi, on aura une parodie de Castlevania pour l’affrontement contre Vlad Tepes (le prince de Valachie ayant mené au mythe de Dracula de Bram Stocker) ou bien encore une Marie-Antoinette qui étouffe ses rivaux des d’énormes bouquets de fleurs. Que penser aussi de Platon et Aristote qui nous reviennent en Zombies ? Je m’arrête ici, vous laissant intact le plaisir de découverte de la vingtaine de niveaux que comportent le mode Histoire du jeu.

Très répétitif dans sa construction, c’est d’ailleurs l’un de ses plus grands défauts, Rock of Ages tente de proposer des expériences originales au joueur à l’aide de Boss à affronter. Nous sommes alors en arène face à un ennemi énorme, avec une très simple manoeuvre à effectuer trois fois sans que ce ne soit jamais bien compliqué. Clairement, ces phases ne sont pas les plus réussies ni les plus amusantes. Elles rompent le rythme très répétitif du jeu avec une expérience finalement moins intéressante et ce n’est donc pas avec un grand entrain qu’on s’y prépare. On passe vite à autre chose, aux niveaux suivants, dans un jeu qui s’apprécie donc grandement à petite dose. Deux ou trois niveaux par jour, cela suffit : même si les plus curieux se forceront à continuer pour découvrir quelles seront les figures historiques qui viendront se faire complètement ridiculiser par la suite.

Multiball

En multijoueur le jeu est forcément moins passionnant, mais reste tout de même très sympathique. Principalement parce qu‘en plus de proposer les mêmes duels qu’en solo, avec deux joueurs réels en face à face, il offre aussi la possibilité d’effectuer quelques défis et d’entrer dans des classements mondiaux vite addictifs.

On retrouve le Ski-boulet : des drapeaux à pulvériser sur un circuit se finissant par une grande pente qui permet de prendre de la vitesse, pour retomber dans quelques cibles multiplicatrices de points en hauteur. Du grand n’importe quoi. Aussi, quelques courses contre la montre reprenant les niveaux du mode solo sont débloquées tout au long de la progression, avec des médailles à acquérir en fonction des temps effectués.

Mais le plus gros plaisir du jeu, même si cela reste excessivement répétitif, c’est de pouvoir s’affronter en Local à deux joueurs. Au jeu original, mais aussi au Ski-boulet. C’est plutôt bien pensé, pas forcément idéal pour de longues soirées d’hiver mais impeccable pour une petite détente rapide et surtout, cela a le mérite d’être proposé. C’est assez rare pour être signalé même si cela n’est jouable qu’avec deux manettes sur PC. Ajoutez à cela la possibilité de changer la “face” de votre boulet et vous aurez un jeu bien complet, certes rébarbatif, mais tout de même visuellement assez original et humoristique pour constituer une très bonne expérience. Après… Il reste le concept, très simple au demeurant en phases de Tower Defense et presque trop compliqué pour certain une fois la boule contrôlée, qui ne plaira pas forcément à tous. Enfin, les malchanceux découvriront que rien ne sert d’être un vrai génie du pad ou du clavier : si l’I.A est chanceuse, rien ne se mettra au travers de sa route. Enervant !

Skywilly

Skywilly

Rédacteur en chef collectionneur de Skylanders et qui passe beaucoup trop de temps sur ces briques Lego. Heureusement qu'il y a des petits jeux pour s'évader ! Auteur de Le jeu vidéo indépendant en 2015 : Portraits de créateurs
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