Catherine

Annoncé comme un peu érotique, très attendu en occident depuis sa sortie japonaise, Catherine a franchement attiré autant de vrais joueurs que de pervers en mal de jeu coquins à se mettre sous la dent (pour utiliser une expression plus soft que prévu). Finalement de sortie, est-ce que Catherine n’aurait pas davantage à offrir que ce que son buzz le laisse suggérer ?

Catherine ou Katherine

Notre héros se nomme Vincent. Il est nonchalant, vraiment peu enthousiaste, vit sa vie au jour le jour sans vraiment en profiter. Il sort avec son amie d’enfance Katherine et, sans qu’il ne s’en rende vraiment compte par ailleurs, on peut considérer cette liaison comme de plus en plus sérieuse. Soudain, il va faire la rencontre d’une jeune femme sublime, coquine, qui va le draguer à outrance et le faire craquer. Son nom ? Catherine. Ou comment une simple lettre d’un prénom peut tout faire basculer. Suite à cette rencontre, Vincent filer un bien mauvais coton, va commettre l’irréparable et suite à cela, va commencer à faire des cauchemars bien étranges…

Passée la longue introduction du jeu, vous commencez votre premier cauchemar. Vous vous retrouvez en caleçon, dans un étrange endroit assez effrayant, avec des cornes de boucs sur la tête. Vous serrez fort votre oreiller, sans raison apparente en début de jeu. Autour de vous : des moutons, une dizaine, qui semblent aller dans la même direction que vous. Comme tous les rêves, celui-ci n’a aucun sens : malheureusement pour Vincent, il va devoir aller jusqu’à le comprendre de bout en bout pour espérer se sortir vivant de son aventure. Car voyez-vous, une étrange histoire fait la une des médias : des jeunes hommes sont retrouvés morts dans leur lit, au bon matin, dans de bien étranges circonstances et dans un état de décomposition plus avancé que prévu. Cela aurait-il un lien avec ces cauchemars ? Vincent serait la prochaine victime ?

Catherine est clairement un film d’animation entrecoupé de séquences de gameplay à la fois intéressantes et immersives. Vous avez d’un coté le récit, narré en animation 2D ou avec le moteur du jeu (qui s’en sort à merveille), dans une ambiance très américaine et aux relents de polar ou les quiproquos s’enchainent à une vitesse folle. La réalisation, les musiques, les personnages, tout est très occidentalisé sans que les origines japonaises du titre ne soient pour autant reniées. Celles-ci apparaissent principalement dans les phases de gameplay, bien plus folles et originales.

Q-Bert revisité !

Une tour de blocs apparait devant vous et votre but principal et de la gravir. Vous pouvez sauter d’un bloc à l’autre et devez donc les tirer ou les pousser, pour les disposer en escaliers et atteindre le sommet. En dessous de vous, des lignes de blocs sont dévorées par le néant, vous indiquant clairement que vous n’avez pas tout votre temps. Quelquefois, des moutons vous barreront la route : d’un simple contact, vous leur mettrez un coup d’oreiller qui les fera tomber. Attention cependant aux remords que vous pourriez avoir en découvrant qui se cache derrière nos amis laineux. Et si vous aussi, vous étiez un mouton dans toute cette drôle d’histoire ?

Quelques blocs viennent aussi changer la donne : certains vous font rebondir, d’autres sont gelés et vous feront glisser sur la tour, quelques un s’effritent et cassent au bout de plusieurs passages sans parler de ceux qui explosent ou font jaillir des piques vous réduisant à l’état de squelette ensanglanté en quelques violentes secondes. Il y a d’autres dérivés que je vous laisse découvrir, mais n’espérez pas tout découvrir avant le dernier niveau : il y a une tonne de surprise et d’inventivité dans cette montée de tour. Évidemment, ce gameplay ne plaira pas à tous, surtout que contrairement aux apparences, il est au centre du jeu.

Quels seront vos choix ?

L’histoire du jeu se divise en une dizaine de jours et chaque jour est divisé de la même façon. Vous avez une longue cinématique pour commencer. Ensuite vient le passage au bar avec vos amis, de longues discussions avec eux et les clients (a qui vous devez remonter le moral en quêtes annexes), la possibilité de boire un peu d’alcool pour gonfler votre rapidité lors de votre prochain cauchemar (et pour entendre une anecdote toujours très intéressante sur votre boisson), d’écouter de la musique au jukebox (des sonorités de Persona et Shin Megami Tensei y sont cachées, pour les connaisseurs), de lire et répondre à vos SMS et de jouer à un drôle de jeu d’arcade nommé Rapunzel (Raiponce) qui reprend exactement le même principe de gameplay que les cauchemars, mais cette fois-ci en 2D. Il y a de la quête annexe dans ce bar, à n’en pas douter ! Enfin, Vincent rentre chez lui et cauchemarde, enchainant alors les tours à gravir, toujours plus difficiles les unes que les autres

Chaque cauchemar est composé de plusieurs niveaux, puis d’un boss terrifiant (toujours symbolique dans l’histoire de notre pauvre Vincent torturé). Mention spéciale pour les niveaux des bébés gigantesques et déformés, qui crient “papa” lors de notre périple. À vous glacer le sang ! Entre chaque niveau, vous avez le droit de sauvegarder votre progression puis de parler aux moutons alentours. La bonne compréhension de l’histoire passe aussi par ces courts échanges. Vous y apprendrez par la même occasion quelques techniques pour mieux vous servir des blocs, lors de vos ascensions. Enfin, vous rentrerez dans un confessionnal menant au niveau suivant, ou vous est posée une question.

Selon ce que vous répondez (qui servira ensuite à préciser un sondage réel, dont les résultats sont affichés lors du prochain écran de chargement), vous augmentez une jauge de couleur bleu ou rose dans un sens ou dans l’autre. Jusqu’à la fin du jeu, vous ne saurez pas exactement à quoi correspond cette jauge, mais elle a un sens clairement défini par l’histoire. C’est grâce à elle que vous aurez le droit à une histoire fluide qui, en fonction de votre caractère (et pas seulement de celui de Vincent), évoluera d’une certaine façon. Vous définirez entre autres la fin de l’histoire, parmi la petite dizaine de conclusions disponibles et toutes très différentes.

Ne pas se fier aux apparences…

Où se trouve le jeu coquin que la presse nous vendait depuis des mois ? Qu’en est-il des scènes érotiques que laisse suggérer le PEGI 18 ? Tout cela est effacé, inexistant, pour proposer une histoire intelligente et passionnante, qui vire forcément vers quelques croyances japonaises classiques, mais qui s’explique avec brio. On est loin des trips trop “démoniaques” des habituels jeux d’Atlus : ici, il s’agit de raconter l’histoire d’un homme qui commet l’erreur de tromper sa copine et qui va devoir prendre en main sa vie pour espérer lui donner un sens et se sortir de ce marasme. C’est beau, très poétique, malgré toutes les scènes gores et décalées que le jeu aime proposer aux joueurs. Les valeurs y sont honnêtes, la moralité du joueur est mise à l’épreuve et les différentes conclusions sont toutes très sensées et humaines.

Voir un tel jeu débarquer du Japon alors que le pays est désormais un peu en panne artistique prononcée depuis quelque temps, c’est tout simplement une véritable aubaine. C’est pourquoi il serait fortement dommage de passer à côté, même sous prétexte que le gameplay est complexe et que la difficulté est relevée. Heureusement, un mode Facile est proposé dans les versions occidentales, sans que cela ne soit très accessible pour autant. Il y a du défi, du challenge et il faut bien avouer qu’on accroche forcément grâce à une histoire dont on veut absolument voir la fin.

Un beau récit, un gameplay amusant et difficile, plusieurs fins différentes, une rejouabilité incroyable (comptez une dizaine d’heures pour finir l’histoire une première fois, sur la dizaine nécessaire à l’obtention de tous les secrets du jeu)… Rendons-nous à l’évidence : Catherine est sans aucun doute, à la surprise générale, l’un des meilleurs jeux de ce début d’année sur consoles de salon. Il a su se servir d’un marketing aguicheur pour proposer de force une histoire adulte et intelligente et pour le coup, j’avoue sans mal avoir adoré me faire avoir. Catherine restera un jeu culte, assurément.

Skywilly

Skywilly

Rédacteur en chef collectionneur de Skylanders et qui passe beaucoup trop de temps sur ces briques Lego. Heureusement qu'il y a des petits jeux pour s'évader ! Auteur de Le jeu vidéo indépendant en 2015 : Portraits de créateurs
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Une pensée sur “Catherine

  • 17/02/2012 à 11:06
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    Un des rares jeux qui me donne envie d’avoir une console de salon…

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