Road Not Taken

Il fallait bien que ça arrive. Après avoir passé des après-midi entières sur mon téléphone à essorer Triple Town, on me refile le dernier jeu de ses créateurs. Ici à GSS on aime pulvériser ma vie sociale. Par contre je ne m’attendais pas du tout à être autant happé par l’univers de Road Not Taken. Vraiment pas.

Promenons-nous dans les bois…

Dans Road Not Taken on incarne un forestier. Une sorte de petit homme encapuchonné portant une torche et cherchant des enfants… Hum… C’est vrai que dit comme ça, ça passe pas. On la refait. Un hiver rude se prépare, et le petit village où nous débarquons en tant que parfait étranger est en proie à la panique. Ici, les gens ont l’habitude d’envoyer les enfants dans la forêt afin d’y cueillir des baies hivernales sensées ralentir le vieillissement. Du coup en tant que forestier il nous appartient de retrouver ce petit monde et de les ramener à leurs parents. Toutefois, il s’avère qu’il ne nous reste que 15 ans à vivre (une année = un niveau dans le jeu). Démarre alors une course contre la montre pour aider tout le monde.

Si vous avez joué à Triple Town des mêmes développeurs, alors vous savez de quoi on parle. Road Not Taken en est l’évolution logique. Dans le premier jeu de Spry Fox il fallait grouper des éléments par trois sur une grille pour faire un élément plus gros (trois arbres font une maison, trois maisons une villa…). Ici on retrouve le même concept poussé à l’extrême. Chaque année du jeu il faudra aller en forêt. Celle-ci est générée aléatoirement et disposée grosso modo comme la carte du premier Zelda. On retrouve donc plusieurs tableaux eux-mêmes composés de plusieurs éléments. On retrouvera par exemple des arbres, des rochers, des animaux et les fameux enfants.

Sauf que voilà, Road Not Taken est un puzzle-game et tout le gameplay se base sur les déplacements desdits éléments. Lorsque notre forestier se trouve sur une case adjacente à un objet, il peut le soulever. Une autre pression sur la touche et l’objet sera propulsé tout droit. En revanche, si l’on soulève un élément et qu’on se déplace avec, on perdra de la précieuse énergie (conservée à la fin du niveau en cours, il faut donc l’économiser !). Le but vous l’aurez compris, sera de récupérer les enfants en prenant garde aux nombreux dangers qui nous guettent dans les bois. Ce sera chose difficile car le jeu ne fait pas de cadeaux. Il faudra parfois envoyer des objets du tableau en cours vers un autre plus loin pour débloquer une situation difficile. A côté de ça, il faudra aussi gérer au maximum les combinaisons d’objets. Certaines sont positives, d’autres pas. Par exemple si à l’aide d’une hache on découpe trois arbres, on obtient des bûches. Si l’on rassemble les bûches, on obtient un feu. Le feu est important car il évite de perdre de l’énergie sur le tableau en cours et peut aussi permettre de faire griller des animaux pour récupérer de l’énergie. Toutefois, il faudra faire attention car les objets utilisés pour des combinaisons sont perdus, et chaque niveau n’en contient qu’un nombre limité. Surtout qu’en plus de ça, certains tableaux sont bloqués et nécessitent de faire une certaine combinaison pour libérer le passage. Il faut quand même garder à l’esprit qu’un journal recense toutes les recettes découvertes jusque là. Si vous avez à peu près suivi vous devinez qu’il en résulte un puzzle-game des plus complet qui donne envie de s’arracher les cheveux sur certains passages… mais qui donne toujours envie d’aller plus loin.

Dis moi ce que tu veux, je te dirais qui tu es

Cela dit, Road Not Taken ce n’est pas qu’un puzzle-game abouti… Ça va bien au-delà. Déjà l’aspect graphique est léché et on est en face de quelque chose de vraiment joli (ça change du pixel-art !). Les musiques sont elles aussi une franche réussite et accompagnent avec élégance nos pérégrinations dans ce monde où nous ne sommes rien d’autre qu’un étranger. Sauf qu’un inconnu, ça cherche aussi à se faire des amis. Là, on touche à ce qui fait le génie de Road Not Taken. Entre chaque niveau/année, nous pourrons évoluer librement dans le village où l’on a débarqué. Ce village a ses habitants et on fera connaissance avec chacun. Il y aura par exemple une femme souhaitant absolument fonder une famille, une rebelle haïssant l’argent mais aimant manger… Au fur et à mesure de nos aventures, on pourra récupérer différentes ressources : des baies, des lapins (si si), de l’or et du riz. Ces ressources, il sera possible de les offrir aux villageois afin de s’en faire des amis (ou mieux) et d’en découvrir un peu plus sur eux. Attention, nous sommes à des années lumières d’un Sims-like. Se faire des amis permettra surtout d’avoir des réflexions intéressantes sur la vie, le temps qui passe et ils pourront accessoirement nous faire des cadeaux. Ces cadeaux sont pour la plupart des reliques qui faciliteront (ou pas) le jeu. Il s’agira par exemple d’avoir plus d’un certain type d’objet dans les niveaux. Enfin vous avez saisi le truc. Ces relations avec les villageois m’ont particulièrement touché car sous airs mignons, Road Not Taken a un message sérieux à faire passer.

Enfin, je me dois de parler de l’aspect vaguement rogue-like du jeu. En effet s’il nous arrive de mourir (et on mourra), alors il faudra reprendre la partie à zéro. Malgré tout, l’expérience acquise pour ne pas gaspiller l’énergie ou les ressources sera d’une grande aide pour avancer toujours plus loin dans le soft. On apprendra à utiliser judicieusement les différentes combinaisons d’objets, les reliques, et tout ce qui peut nous aider dans notre périple. Road Not Taken propose certains moments extrêmement difficiles voire frustrant car il faut toujours avoir en tête au moins 10 coups d’avance pour ne pas trop galérer. Après tout dépend de comment le joueur appréhendera les situations. Une pure réussite et un régal pour les aficionados.

Conclusion

Sous ses airs “trop choupichou” Road Not Taken fait tout comme un grand jeu. Pose des vraies questions sur la vie et toute sa complexité, il aborde aussi des thèmes assez lourds et inhabituels. A côté de ça, c’est un jeu qui sait ce qu’il est dans son gameplay à savoir un vrai puzzle-game difficile et exigeant. En ce sens il est tout à fait possible d’en profiter à petites doses comme lorsque l’on se lançait une partie de Tetris autrefois. Graphiquement le travail abattu est vraiment classe et on pourra profiter d’une ambiance hivernale assez unique en son genre, le tout soupoudré d’une certaine ambiance mélancolique. En plus de ça, le jeu de Spry Fox se paye le luxe d’être très rejouable de par son côté “rogue-like” (au sens très large). Une expérience à vivre pour peu que l’on apprécie le genre du puzzle-game : Road Not Taken se doit de figurer dans votre collection.

FrereT0c

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Moine scribe Chaotique bon. Toujours là pour causer Blade Runner. Sait jongler avec des bananes.
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