Hatoful Boyfriend

Ha, les jeux de drague… On pensait avoir tout vu, tout expérimenté. Pourtant, l’expérience ultime ne nous avait pas encore été proposée. C’est bien joli de faire la cour à de beaux éphèbes ou de plantureuses jeunes femmes, mais on sentait bien que l’essentiel était ailleurs. PigeoNation Inc et Mediatonic l’ont bien compris. Car dans Hatoful Boyfriend, il s’agit de draguer des pigeons.

Welcome, everybirdie

Hatoful Boyfriend est un bel exemple de la folle créativité japonaise. On y incarne Hiyoko, une jeune fille presque normale, si on passe sur le fait qu’elle semble habiter dans une caverne et qu’elle fréquente l’institut Saint Pigeonation. Une école… pour pigeons. De vrais pigeons. Des oiseaux. Avec leur plumage exquis, leur petit bec tout mignon, leurs ailes magnifiques, et leurs yeux tellement expressifs. L’on comprend aisément, dès la première rencontre, pourquoi Hiyoko (pourtant une humaine) se sent irrésistiblement attirée par ces majestueux volatils. C’est vrai, après tout : qui n’a jamais rêvé de draguer un pigeon et de vivre une histoire d’amour avec ces fières boules de plumes chatoyantes ?

Le jeu reprend évidemment les poncifs du genre. Ainsi se présente-t-il sous la forme classique du dating sim/visual novel d’école, est découpé en journées que l’on passe à assister à des cours, puis à se livrer à une activité ou une autre afin de se rapprocher de tel ou tel pigeon avec lequel on brûle de roucouler. Quelques choix sont donc disponibles, qui permettent d’orienter l’histoire vers l’une des multiples fins, et l’on retrouve un système très rudimentaire de statistiques qui augmentent selon que l’on prend part aux cours de maths, de musique ou de gym. Surtout, Hatoful Boyfriend propose une jolie galerie de cœurs d’oiseaux à conquérir. De l’ami d’enfance (oui, Hiyoko est amie d’enfance avec un pigeon… mais comme tout le monde, si on y réfléchit bien) au noble hautain en passant par le prof narcoleptique ou le… pigeon bizarre qui aime le pudding. Au final, ce sont un peu moins de dix merveilleux volatils au caractère bien défini (et, bien sûr, éminemment caricatural) qui forment le harem potentiel du jeu. Que du bonheur.

Le ramage et le plumage

Hatoful Boyfriend possède une aura fortement réjouissante. Il est pourtant, à bien des égards, extrêmement classique dans sa construction et dans sa narration. Mais… et bien, remplacer les humains par des pigeons, les mots « everybody/anybody » par « everybirdie/anybirdie », cela suffit à jeter sur le genre tout entier un regard différent et décalé. Le jeu se présente finalement comme une sorte de substantifique moelle du dating sim, en réduisant volontairement les éléments essentiels du gameplay afin d’en faire mieux ressortir la force. Ainsi le gameplay s’avère rudimentaire : les choix sont limités et le système de statistiques tout autant, ce qui permet de facilement explorer les différentes voies possibles (même si, il faut l’avouer, il est toujours frustrant de n’avoir que peu de choix à effectuer). La représentation même des protagonistes se trouve être particulièrement sommaire : pour chaque personnage-pigeon, il n’y a en tout et pour tout qu’une seule image. Pas d’animation, pas de variation : le pigeon est un animal si merveilleux qu’il exprime en une illustration tout ce que l’on peut souhaiter illustrer.

On ne peut s’empêcher d’envisager un aspect méta dans la mise en forme de Hateful Boyfriend. Le côté caricatural assumé et le gameplay simplifié paraissent vouloir souligner de façon bienveillante une certaine forme d’absurdité du dating sim (ou peut-être de la relation amoureuse elle-même, ou du moins de son image naïve et fantasmée, telle qu’elle est véhiculée par le dating sim en général). C’est plus flagrant encore avec une étonnante option proposée par le jeu : il est en effet possible, et ce uniquement lors de la première rencontre avec un nouveau columbidé, de voir ce dernier sous une forme humaine (oui, c’est bizarre). Comme une sorte de rappel du classique, de l’habituelle quête de l’amour « normal ». Mais, dès l’écran suivant, c’est bien à nouveau un pigeon auquel on a à faire. Un pigeon à l’illustration unique et fixe, au destin tracé selon nos choix, quel que soit son comportement excentrique. Derrière tout prince charmant en puissance, il y a un pigeon qui sommeille (ou plutôt, dans le cas présent, qui veille). L’ensemble est évidemment ridicule, mais l’humour et l’originalité font parfois du ridicule une chose bien agréable.

Conclusion

Hatoful Boyfriend fait partie de ces jeux qui parviennent à déceler chez le joueur une envie (que dis-je, un besoin !) dont il n’était même pas conscient. Car oui, draguer des pigeons, c’est bien l’un de nos fantasmes cachés. Jouez-y, et vous vous en rendrez compte.

Mwarf

Mwarf est chef de projet (dans l'informatique) et travaille à Paris. Il s'intéresse beaucoup au cinéma et au jeu vidéo, adore Kubrick, Quentin Dupieux, le duo Iguchi/Nishimura (il est éclectique), et toute sorte de jeux indés innovants. ll aime aussi le metal (et l'indus en particulier), et peut écouter Nine Inch Nails, KMFDM ou encore Tool toute la journée. Ho, et il aime particulièrement écrire pour partager ses découvertes.

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