J.U.L.I.A.: Among the Stars

Profitez-en, car c’est la première et la dernière fois que j’écris J.U.L.I.A. Among the Stars comme ça, en entier. Pour mon bien-être, je vais me permettre la familiarité d’en rester à un simple Julia, qui est accessoirement le petit nom d’une IA dont nous ferons la connaissance dans cette remastérisation de tous les recoins d’un jeu d’aventure sorti depuis quelques temps déjà.

Plus qu’un ravalement de façade ?

N’ayant point posé mes pieds sur le sol de sa version originale, il me faudra croire les développeurs quand ils disent que bon nombre de contenu a été rajouté dans cette version revisitée. Quelques heures de gameplay en plus par ci, un peu de ré-écriture par là. Ce qui choque le plus par contre, et de façon positive, c’est très clairement sa réalisation technique.

A la mesure de son budget sans doute modeste, Jan Kavan and Lukáš Medek, les deux développeurs du studio indépendant derrière ce relooking, se sont attelés à fournir un nouvel habillage du plus bel effet, toutes proportions gardées. Tandis que le premier s’occupait de la musique, le second peaufinait chaque tableau que compte le jeu. Finement détaillés, et bien qu’étant fixes, les décors de Julia dénotent en offrant un climat propice au mystère et à l’étrange, appuyée par une musique d’ambiance adéquate, mais pas forcément inoubliable.

Lors de mon entrevue avec Jan Kavan durant la Gamescom 2014 à Cologne, ce dernier m’évoqua son Mood Composer, un système qui adapte la musique, (ici de l’ambient), selon l’atmosphère voulue par le jeu. Dans les faits, j’ai eu du mal à voir quelles sont les différences avec une bande son standard, mais justement, c’est peut-être parce-que ça fonctionne. Quoiqu’il en soit, le procédural appliqué à la musique empêche malheureusement d’avoir des thèmes suffisamment marquants pour qu’ils aillent se planquer dans votre tête, mais remplit malgré tout assez bien son office quand il s’agit de souligner une émotion ou une sensation liée aux événements en cours.

Dans sa globalité, Julia repose sur des décors relativement inertes, où quelques animations de fumées, d’électricité volage et autres phénomènes animés, viennent par moment perturber la tranquillité séante des ces lieux austères, aidés en cela par la musique. Pourtant, même s’il a les allures d’un jeu dit hidden objects, le titre de CBE Software reste un véritable jeu d’aventure, un point and clickable, et relativement classique avec ça.

Lost in space

Toute aventure devant avoir un commencement, celui de Julia est dû à la traversée d’un troupeau de météorites. Comme il faut bien démarrer quelque part, ces gros rochers de l’espace en profitent pour abîmer le vaisseau-sonde qui abrite notre héroïne, Rachel Manners, biologiste de profession à la trentaine bien tassée. Et comme par hasard, Julia, l’intelligence artificielle qui régente habituellement le vaisseau en question, aura de façon tout à fait opportune, besoin de son aide pour régler les avaries en cours.

Et hop, un réveil de sommeil cryogénique et des incendies éteints plus tard, ayant au passage une amnésie sélective fort pratique, Rachel va devoir mener l’enquête sur la disparition inquiétante du reste de l’équipage de son ISS-ça-sent-les-embrouilles. Perdue dans ce système solaire très similaire au nôtre – qui était le but de leur expédition – elle se retrouve seule avec pour seule compagnie Julia, et un drône du nom de Mobot, qui prouvera très vite son utilité.

De planète en planète, notre trio ira de découverte en mystères à résoudre qui dessineront au final le destin parfois tragique d’une expédition scientifique qui a mal tourné. Quand on aime l’espace et son infinité, on ne peut que rester difficilement de marbre face à Julia. Le joueur amateur de science-fiction littéraire ou filmique aura peut-être du mal à être complètement surpris, tant ce jeu respire au travers de multiples influences. Néanmoins, sans pour autant verser dans l’obscurantisme d’un Myst, dont il a parfois les airs, Julia offre une intrigue tout à fait appréciable, intelligemment écrite, posant la question de subtils choix moraux à tenir.

Rachel étant également, et avant tout, une scientifique, le tout est enrobé dans une volonté de réalisme en appuyant fortement sur son envie de tout analyser. Cela mène à quelques tâches parfois inutiles pour l’avancée de l’histoire, mais essentielle pour donner du contexte et un minimum de profondeur aux personnages et à leur univers.

Mobot étant le seul à descendre sur les planètes que l’on visite, Rachel ne communiquera ainsi avec le monde extérieur qu’au travers de son écran (un peu comme une joueuse de jeu vidéo en somme ?!). Cela a pour effet de donner un côté froid au jeu, qui en se privant d’une représentation en chair et en os de son héroïne, risque de diminuer l’apport émotionnel d’une telle aventure. D’un autre côté, son originalité vient également de là, le joueur derrière son écran pouvant ainsi mieux subjuguer la place de Rachel pour éventuellement se sentir plus impliqué.

Mais je suppute bien des choses en veux-tu, en voilà, au final, reste à savoir si Julia est capable de tenir en haleine. Oui si on accepte ses choix narratifs et son gameplay. Il n’y aura pas vraiment de dialogues à choix multiples. Vous subissez l’histoire et rien d’autre. Il s’agit classiquement d’enchaîner les énigmes qui la plupart du temps prennent la forme de puzzles plus ou moins difficiles, et dans leur ensemble plus que satisfaisants, voire très amusants.

Sans être très insurmontable, Julia arrive quand même à nous faire réfléchir durement par moment, ces puzzles faisant énormément appel à votre logique, et rien d’autre, comme ces schémas à reproduire pour arriver à construire des améliorations pour votre vaisseau ou Mobot. Et si on vous laisse l’illusion du choix de la planète que vous voulez explorer en premier, il faudra pourtant passer par quelques étapes obligatoires pour découvrir ces fameuses améliorations nécessaires pour avancer à certains endroits.

Linéaire sans en avoir l’air et doté d’une intrigue classique, Julia forme un jeu d’aventure convaincant, qui ne révolutionnera pas grand chose, mais aura su rester captivant du début à la fin.

Conclusion

Julia est une intrigue policière dans un écrin de science-fiction, dans laquelle la science et le surnaturel se battent chacun pour avoir raison. Son choix de déconnecter ses héroïnes de toute forme d’action que celle de rester sur leur vaisseau, peut lui donner un aspect parfois impersonnel. Bien évidemment, Julia a quelques faiblesses en plus de celle-là. Si ses puzzles sont intéressants, ils constituent 99% du gameplay, reléguant les dialogues et la lecture de plusieurs textes à quelque chose de passif sur lesquels le joueur n’a pas de prise.

On pourra simplement lui reprocher de nous laisser si peu explorer les planètes qu’on nous fait visiter, se résumant souvent à seulement quelques décors. La recherche d’objets et d’indice est aussi relativement chiche. Heureusement, on ne ressent pas trop la linéarité, excepté sur la fin. Si vous aimez la science-fiction, les énigmes logiques et les jeux d’aventures, malgré ses imperfections, Julia devrait facilement vous convaincre.

 

Vasquaal

Vasquaal

On dit de lui qu'il jouerait sur un clavier sans pavé numérique. De l'Apple IIe au pc survitaminé en gigahertz, il subtiliserait tel un ninja numérique le loot de ses potes dans les jeux en ligne pour mieux s'enorgueillir d'un "Muhahahaha". Certains disent même qu'il va se tatouer un jour "Aladin Snes is the best" sur la fesse gauche. D'autres disent simplement qu'il est fou.
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