Sherlock Holmes : Crimes & Punishments

C’est le septième Sherlock Holmes de Frogwares et le premier utilisant l’Unreal Engine 3. Les développeurs n’en démordent pas : ils aiment le détective anglais et les fans en redemandent. Tout va pour le mieux. Néanmoins, Frogwares semble clairement décidé à se montrer ouvert à un plus large public…

Crimes & Châtiments

Si le jeu possède le nom du livre éponyme de Dostoievski, c’est tout simplement parce qu’il est la lecture principale de Sherlock lors des chargements, entre les différents lieux que l’on visitera. Ces chargements sont symboliques de ce nouveau titre : ils sont mis en scène, on voit Sherlock et Watson dans leur voiture, patientant son arrêt pour continuer leur enquête. Comme pour le joueur qui découvre un moteur de jeu totalement nouveau, coupé par des chargements un peu trop fréquents pour ne pas être nommés comme un défaut à part entière. Mais ça vaut l’attente : Crimes & Punishments est magnifique, sans aucun doute le plus beau des jeux Sherlock à ce jour.

Effets de lumière, faciès, animations, tout est magnifique, bien modélisé, à l’ambiance folle. Cela sert à merveille les six enquêtes du jeu, ne possédant aucun lien et tirées, pour certaines, de véritables histoires écrites par Sir Conan Doyle. Jouables à la première personne ou à la troisième, ces aventures sont de véritables enquêtes mélangeant habilement le point & click (la recherche de zones à cliquer) avec l’interaction moderne à la The Walking Dead. Il simplifie cependant beaucoup les choses…

En effet, le jeu est simple, trop même. Sans aucun doute voulu sans Game Over possible, Crimes & Punishments est aussi extrêmement guidé et linéaire. Pourtant, il y a de belles idées venant rompre l’éventuelle monotonie des recherches de zones cliquables pour faire avancer l’enquête. Comme de la reconstruction mentale de souvenirs (ne demandant qu’à fait bouger plusieurs symboles pour reconstituer une scène), la possibilité d’interagir avec les objets trouvés pour fouiller des sacoches, en découvrir des inscriptions gravées ou autres éléments d’enquête. Des choses classiques, bien présentées, mais qui n’ont aucune difficulté notoire à proposer. Et puis il y a les nouveautés…

Morale & Déduction

Tout au long de la partie, tous les éléments de l’enquête seront ajoutés à un grand tableau “mental” auquel vous pouvez accéder quand bon vous semble. Ces éléments de l’enquête devront être liés, pour ensuite être combiné et former des points précis. Ces points se relieront, si vous faites les bons choix, pour vous mener à une résolution logique. C’est ainsi que vous allez devoir résoudre vos enquêtes : en choisissant, point par point, ce qui s’est passé et comment cela s’est terminé. Prenons ce train, ayant disparu sans laisser de trace : à vous de découvrir s’il a été enseveli dans une vielle mine ou noyé dans les marais alentours. Et qui était à l’intérieur ? Tout doit être logique, en fonction de tous les éléments d’enquête que vous possédez (dialogues, objets et déductions naturelles).

A la fin d’une enquête, le jeu vous demande alors de proposer votre plan, d’expliquer clairement comme cela s’est passé. A moins d’une grosse bourde (ou à de rares occasions ou il est possible d’inverser une ou deux possibilités), vous ne vous tromperez pas : votre déduction principale sera la bonne et l’énigme se terminera après l’arrestation du ou des coupables. Néanmoins, vous pouvez vous tromper sur quelques détails, ce qui donne un peu plus de durée de vie à l’aventure en cas de ratage (même si vous pouvez “tricher” avant de passer à l’enquête suivante et voir si oui ou non, vous avez tort, pour recommencer votre logique). Mieux encore : vous aurez un choix moral à faire. Défendre l’accusé qui avait de bonnes raisons de tuer cet individu mauvais et dangereux, ou laisser la justice faire son travail ?

Ces choix moraux sont amusants et au fil des six enquêtes, vous “construirez” un Sherlock plus ou moins diabolique. Le petit coté Telltale : deux pourcentages vous diront combien de joueurs ont fait la même déduction que vous et le même choix moral à la fin. Mais ne vous y trompez pas : à quelques dialogues prêts, les fins sont toujours les mêmes.

Facilité & Grand Public

Sherlock Holmes : Crimes & Punishments est magnifique, passionnant (surtout si vous lisez les vraies aventure de Sir Conan Doyle) et propose une mise en scène de grande qualité avec des décors incroyablement détaillés et une ambiance aux petits oignons. Seulement voilà : il est beaucoup trop accessible, ce qui le rend extrêmement facile. On ne peut pas perdre. Seuls quelques” mini-jeux” vous demandant de sécher un protagoniste en plein mensonge, en lui parlant d’un sujet spécifique pour lui faire comprendre que vous ne tomberez pas dans son panneau, peut être raté si vous faites le mauvais choix. Mais déjà, il est très difficile de se louper et ensuite, si vous vous ratez, un petit fondu au noir vous replacera quelques secondes plus tôt et vous proposeront de recommencer votre choix.

Crochetage simplifié, étude des personnages extrêmement facile (en cliquant sur les endroits importants, sans timing spécifique, dès que le curseur devient bleu), un carnet de notes extrêmement dirigiste et presque trop détaillé en objectifs à atteindre, des déguisements qui ne servent pas franchement à grand-chose (si ce n’est à s’habiller comme on le désire en pleine enquête)… Nul doute que Frogwares tente de convaincre un maximum de monde de jouer à son Sherlock intéressant et magnifique. Au risque de se mettre à dos les passionnés du genre qui aiment faire fonctionner leurs neurones sans se faire aider toutes les cinq secondes pour une indication à l’écran…

Reste que Crimes & Punishments est ce qui se fait de mieux en jeu d’aventure estampillé Sherlock Holmes et qu’il est aussi accompagné de musique totalement réussies, d’un petit générique de grande classe et surtout, d’une écriture complètement satisfaisante. On retrouve le Sherlock qu’on aime, avec son brin de folie original, quelques petits moments de Cumberbatch et de Robert Downey Jr. dans quelques scènes, sans qu’on soit jamais devant autre chose qu’une adaptation plutôt fidèle des romans. C’est un très bon jeu d’aventure, entièrement en VO sous-titrée pour faire honneur à l’univers, juste beaucoup trop grand public pour certains.

Skywilly

Skywilly

Rédacteur en chef collectionneur de Skylanders et qui passe beaucoup trop de temps sur ces briques Lego. Heureusement qu'il y a des petits jeux pour s'évader ! Auteur de Le jeu vidéo indépendant en 2015 : Portraits de créateurs
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