The Vanishing of Ethan Carter

Au bord des rives d’un lac, dans le coin de Red Creek Valley, un jeune garçon du nom d’Ethan Carter répond aux abonnés absents. Ce dernier a pourtant écrit à Paul Prospero, un célèbre détective un peu medium par moment, pour le retrouver et l’aider dans une histoire qui flirte bon avec l’occulte. Voilà ce qui vous attendra dans ce jeu de mystère à forte connotation narrative concocté par le jeune studio de The Astronauts.

La Disparition d’Ethan Carter

Ethan n’est pas un enfant tout à fait comme les autres. Sa principale qualité, qui semble être un défaut pour certains, est son extraordinaire imagination qui le pousse à écrire des histoires qui effraient les gens qui l’entourent. A commencer par sa famille. Tel un H.P. Lovecraft d’une petite dizaine d’année il réinterprète son monde, ou peut-être le décrit tel qu’il l’est réellement, aux travers de ses écrits parfois macabres… et surtout très sombres.

Mais peu importe, vous êtes Paul Prospero. Cela sera votre dernière affaire, alors que vous arrivez littéralement au milieu de nulle part, dans une verdoyante nature qui vous enveloppe intégralement de sa beauté calme. Trop calme peut-être. Vous entamez alors une balade avec pour seule probable indication d’un chemin à suivre, une ligne de chemin de fer visiblement abandonnée depuis longtemps. Ça et là, quelques pièges vous feront sans doute sursauter. Bienvenue à Red Creek Valley. Bienvenue dans The Vanishing of Ethan Carter, un jeu d’aventure peut-être, un titre à part, qui va se révéler difficilement cataloguable et qui prétend ne pas vouloir nous prendre par la main. Comme nous l’indique si bien le message d’accueil qui nous attend avant même que nous prenions pied dans cette forêt de l’inconnu.

Un peu comme Dear Esther, Ethan Carter met l’accent sur l’importance du texte, mais peut-être pas au point d’être aussi verbeux que ne pouvait l’être le titre de TheChineseRoom. Pourtant, si on a déjà lu un peu de littérature dans sa vie, notamment fantastique, il serait difficile de ne pas trouver en Red Creek Valley et ses environs un air de ressemblance, ou de déjà-vu avec d’autres lieux d’apparence tout aussi paisible. Mais au final, renfermant monstres et horreurs. Ce n’est pourtant pas un jeu d’horreur au sens strict du terme. Ni un jeu de monstres. Mais sur toute la distance que compte cette traversée automnale, on ne peut s’empêcher de ressentir un malaise permanent. Un peu comme dans les récits de certains auteurs dans lesquels la normalité ne peut s’empêcher de laisser l’arrière goût amer que quelque chose d’horrible va se passer, ou se serait déjà passé.

Il faut avouer qu’après une première énigme d’une grande simplicité au demeurant et quelques mètres parcourus le long de la voie ferrée, deux jambes sectionnées donnent tout de suite un ton bien moins champêtre. Paul Prospero était venu pour aider Ethan, mais peut-être que la situation est bien pire qu’il ne pouvait le penser ? Ces deux morceaux de chair morte, par la traînée de sang qui en suit nous amène au reste d’un cadavre. Et c’est à ce moment-là que Paul devra faire usage de ses dons pour résoudre cette ultime enquête.

Paul Prosepro, détective de l’occulte

Paul parle relativement peu et quand il le fait, c’est en voix off, d’une tonalité toujours grave et pesante. Il ne se berce jamais d’illusions et craint déjà le pire pour Ethan. Mais peu importe, il doit comprendre ce qui se passe ici. Bien que le jeu donne la vague impression de vous laisser libre de tout explorer, Red Creek Valley reste composé de couloirs bien définis. Excepté à de rares endroits. Néanmoins, pour avancer, vous n’êtes pas obligé de résoudre le moindre meurtre. Vous pouvez très bien les ignorer et continuer à avancer pour trouver Ethan. L’avertissement du début est toujours là. On ne vous prendra pas par la main, et le choix vous appartient ou non d’explorer ces meurtres sanglants en détail.

Si tel est cependant votre souhait, Paul dispose d’une capacité qui lui permet de lire le passé. Mais avant que cela ne marche, il sera nécessaire de remettre un peu d’ordre dans la scène de crime. Pour se faire, il faut que chaque chose soit à sa place. Le jeu ne dispose de quasiment aucune interface. Les rares fois où il y en aura, cela sera pour des actions contextuelles. Un objet avec lequel vous pourrez interagir ? Facile. Placez vous devant et un message adéquat apparaîtra. Une fois que chaque élément aura retrouvé sa place d’origine, le cadavre laissera sa mémoire parler pour lui. Là, plusieurs morceaux de cette dernière seront dispersés. Il nous appartiendra alors de définir l’ordre de chacun de ces événements pour en sortir le souvenir entier de ce qui a bien pu se passer. Et ce processus devra être répété sur chaque mort que vous croiserez.

Ainsi, les pièces du puzzle seront rassemblés alors que vous toucherez la fin de cette singulière aventure du bout des doigts. Et quand bien même le jeu vous permet de courir, je ne saurai que trop vous conseiller de parcourir ces lieux inquiétants et majestueux à la fois en marchant. La balade sera agréable, parfois dérangeante mais peu importe, l’expérience en sera plus forte. Car expérience est le bon mot passe-partout pour définir au mieux The Vanishing of Ethan Carter.

Conclusion

The Vanishing of Ethan Carter est d’une beauté à couper le souffle. Pour peu que la nature ne vous effraie pas, il sera difficile de rester de marbre devant la plastique incroyable de ces montagnes. L’atmosphère, admirablement servie par les musiques, le vent qui souffle dans les arbres, le bruit de l’eau et la brume, contribue à renforcer l’ambiance unique de ce qui n’est peut-être pas un simple jeu. Se trouvant plutôt dans une catégorie à part comme Dear Esther, il met l’accent sur l’importance d’une bonne narration, d’une bonne histoire et de personnages intéressants. Le sujet abordé est subtil et d’une sobriété appréciable, ne versant jamais dans le larmoyant facile. Au contraire. Avec son récit sur le fil entre la réalité et le surnaturel, il est parfois difficile de savoir où l’on va réellement. Il ne demeure finalement qu’un sentiment de malaise du début à la fin et ce d’autant plus que l’on est seul, avec pour unique compagnon quelques mémoires oubliées derrière eux par des personnes décédées. Quelle triste compagnie!

Le seul regret c’est que c’est un peu court, pour cinq à six heures de jeu dans la moyenne. C’est relativement peu, surtout que l’on aurait peut-être aimé rentrer un peu plus dans l’intimité de la famille Carter. Mais cela aurait sans doute alourdi le propos. Quoiqu’il en soit, je ne rentrerai pas dans la question de savoir s’il vaut son prix actuel ou pas. Ce genre d’expérience est difficilement évaluable sur une échelle financière. Mais peu importe, si un peu de puzzles et une grande emphase sur l’aspect narratif ne sont pas des choses qui vous repoussent, Ethan Carter devrait vous conquérir. En plus il est beau à en mourir, avec ses arbres et ses rochers qui semblent tous différents. Cela sent l’amour du détail et de la volonté de donner un look unique à un titre qui l’est déjà.

Vasquaal

Vasquaal

On dit de lui qu'il jouerait sur un clavier sans pavé numérique. De l'Apple IIe au pc survitaminé en gigahertz, il subtiliserait tel un ninja numérique le loot de ses potes dans les jeux en ligne pour mieux s'enorgueillir d'un "Muhahahaha". Certains disent même qu'il va se tatouer un jour "Aladin Snes is the best" sur la fesse gauche. D'autres disent simplement qu'il est fou.
Vasquaal

Une pensée sur “The Vanishing of Ethan Carter

  • 08/11/2014 à 00:55
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    Merci à toi pour ces lignes Vasquaal,

    Oz’

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