A Golden Wake

Après l’excellent et ultime épisode de sa série Blackwell, Wadjet Eye nous revient. Mais cette fois-ci avec la casquette d’éditeur pour A Golden Wake, par Grundislav Games. Une excursion plus que sympathique dans les marais bouillonnants de la Floride des années folles. Bienvenue à Coral Gables, The City Beautiful !

Coral Gables, The City Beautiful

C’est par ce slogan que notre héros Alfie Banks est accueilli en Floride, dans cette cité se trouvant non loin de Miami, alors qu’il fuyait New York après que son nom ne fut injustement traîné dans la boue. Car Alfie est le fils d’un grand de l’immobilier new yorkais. Donc comme papa, il avait envie de se faire une place au soleil tout en faisant honneur au nom de sa famille. Mais sa bonhomie naturelle et sa naïveté ont joué contre lui. Loin de tous, c’est sous un autre soleil, qu’il va devoir s’engager dans de nouvelles perspectives de carrière. Toujours dans l’immobilier, dans une jolie petite ville promise à de grandes choses.

Nos premiers pas nous amènent à faire le larbin de circonstance pour un certain Monsieur George Merrick, qui deviendra très vite notre nouvel employeur. Et l’espoir d’une ascension sociale fulgurante. L’histoire dans cette première partie tourne essentiellement autour du travail d’un agent immobilier, dans les années 20. Autant le dire de suite, c’est assez peu courant pour être souligné. Alfie fera donc la connaissance de toute une galerie de personnages, la plupart ayant réellement existé. A Golden Wake prenant le parti d’être le plus réaliste possible, jusqu’à faire appel à tout un tas de personnalités historiques de la ville de Coral Gables.

Le travail alors consiste en une multitude de tâches, allant de l’organisation d’un événement publicitaire pour son patron et sa compagnie, à la persuasion d’un individu pour qu’il vende sa propriété. Tout cela sous la forme de mini-jeux plus ou moins complexes. Si on remarquera qu’agent immobilier à cette époque peut parfois vouloir dire jouer au requin, dans son ensemble, cette activité sait rester sage. Surtout quand soudainement, frustré de ne pas avoir pu progresser assez vite, notre jeune héros (balloté entre une histoire familiale compliquée, de la jalousie pour un frère à qui tout semble réussir et une multitude de complexes) va s’embrigader avec la mafia locale au grand dam de tous ceux qui avaient de l’estime pour lui.

Ce retournement de situation inattendu vient, il est vrai, un peu comme un cheveu sur la soupe. Il semble être un changement de carrière un peu extrême, même pour un opportuniste comme Alfie Banks. Un passage sans doute obligé pour décrire la descente aux enfers d’un homme de talent qui avait tout pour lui, et qui trouvera une forme de rédemption dans une fin assez peu satisfaisante sur bien des niveaux.

L’insouciance d’une époque

Le parcours d’Alfie n’est pas inintéressant. La période pendant laquelle son histoire prend place est trop peu souvent exploitée pour ne pas nous accrocher à l’atmosphère très particulière de cette dernière et surtout y voir dans son évolution, un parallèle avec celle d’Alfie. Passant par un boom économique dans l’immobilier, bercée par la prohibition (stupide) de l’alcool, le Charleston endiablant les pistes de danse et l’optimisme d’un monde meilleur et plus moderne symbolisé par l’émergence du tram (cable cars), la fin des années 20 s’engouffre ensuite dans le marasme d’une crise économique sans précédent fait de mardi ou de jeudi noirs. Marquant d’un coup la fin de l’embellie d’une époque insouciante.

Il y a un charme indéniable dans A Golden Wake, qui parvient sans difficulté à nous faire goûter à cette période de notre histoire contemporaine sans équivalent. Un aperçu de l’Amérique comme on ne le voit que trop rarement dans le jeu vidéo. Malheureusement, le propos est parfois plombé par une naïveté réelle, qui rivalise difficilement avec les autres productions de Wadjet Eye. Le ton est sans doute plus léger, mais la fameuse descente aux enfers souffre d’une déficit de charisme, ne versant pas suffisamment dans la noirceur. The Shivah, bien que datant désormais, était dans un sens bien plus profond et intense de ce côté-là.

Ce n’est pas que A Golden Wake soit inconséquent sur toute la ligne, mais seulement que son aventure manque parfois d’un peu d’épaisseur. Son côté sombre parvient en effet difficilement à convaincre. Il manque très clairement un plus. Peut-être que certains passages auraient mérité un peu plus d’attention que d’expédients, qui en fin de compte empêchent l’histoire de se poser réellement. Il aurait fallu laisser le temps au temps, d’autant plus que la durée de vie n’est pas énorme. Comptez six à sept heures, peut-être un peu plus, sans trop vous forcer. La difficulté générale est en effet dans la moyenne. Rien d’insurmontable en somme.

Le reste est dans le classique de n’importe quel point and click, à l’exception de son mode de persuasion. Dans les faits, il s’agit juste d’une système de dialogue à choix multiples. Il faut simplement trouver les réponses adéquates selon la personnalité du personnage qui nous fait face. Le petit souci de ce système est qu’il est arbitraire, et que plutôt de réellement laisser le joueur faire appel à son instinct, il faut simplement trouver la réponse juste. C’est un peu décevant.

Dans les grandes lignes, A Golden Wake est un jeu d’aventure qui ne chamboulera pas énormément vos habitudes.

Conclusion

Voilà un jeu original qui l’est par son sujet, son époque et le lieu où il prend place. En encrant son histoire au milieu de personnages et de lieux ayant réellement existé (voire existants toujours), Grundislav a tenté d’offrir une certaine authenticité à son petit monde. L’excitation demeure pourtant de courte durée quand certains aspects de la personnalité d’Alfie restent sous-exploités.

Tout d’abord, la relation tendue qu’il entretient avec son frère, partagée entre l’amour et la colère, la jalousie et l’admiration, reste trop peu développée. L’intrigue prend de bout en bout quelques raccourcis malheureux qui expédient un peu trop vite les sentiments que notre héros a pu ressentir. Sa frustration et sa détresse en demeurent par conséquent comme anesthésiées, faute de pouvoir s’étaler dans un jeu qui se finit trop vite, sur une fin sous forme de rédemption, certes, mais qui ne résout pas grand chose.

Il ne reste qu’au joueur une légère sensation de vide, comme s’il manquait quelque chose de réellement satisfaisant. A Golden Wake est un sympathique point and click avec un point de départ très original, mais qui clôture avec difficulté bon nombre des problèmes qu’il soulève.

Vasquaal

Vasquaal

On dit de lui qu'il jouerait sur un clavier sans pavé numérique. De l'Apple IIe au pc survitaminé en gigahertz, il subtiliserait tel un ninja numérique le loot de ses potes dans les jeux en ligne pour mieux s'enorgueillir d'un "Muhahahaha". Certains disent même qu'il va se tatouer un jour "Aladin Snes is the best" sur la fesse gauche. D'autres disent simplement qu'il est fou.
Vasquaal

2 pensées sur “A Golden Wake

  • Crim
    15/10/2014 à 12:30
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    A noter que certaine phase de persuasion peuvent être ratée et offrant du coup une résolution alternative d’une situation.

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  • Vasquaal
    15/10/2014 à 18:47
    Permalink

    Mais l’impact est tellement anecdotique la plupart du temps que j’aurai préféré des personnages et une histoire un peu plus élaborée que ce gadget mal exploité.

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