Tennis in the Face

Certains individus font des associations bizarres. Tenez, votre serviteur, par exemple, cherchait un titre indé sympa à tester pour son premier article sur GSS. Et c’est en voyant son nouveau rédac-chef préféré partager sur Facebook la vidéo d’un gars qui fait bouillir du Coca sur un réchaud à gaz (activité aussi respectable que le plumage d’escargot, le dallage de yorkshire ou l’écrémage d’alpaga, je ne juge pas) qu’il a eu l’idée d’évoquer le destin de Pete Pagassi, un tennisman sur le retour – de service – engagé dans une lutte acharnée contre un marchand de boisson énergisante sans scrupule, qui l’a rendu accro et précipité sa chute. C’est Tennis in the Face, connu des joueurs sur mobile depuis janvier 2013, récemment débarqué sur PS4 – bientôt sur PSVita – et c’est signé des Finlandais de 10tons.

Une balle qui a déjà fait bien des dégâts.
Une balle qui a déjà fait bien des dégâts.

Le bouncer est dans le pré

Les développeurs annoncent la couleur sur leur site : Tennis in the Face est un pur bouncer, comprenez un jeu dont le principe est de lancer un projectile dans un espace clos et de le regarder rebondir en priant Ludicus pour qu’il dégomme le plus d’ennemis possible. Quelque part entre Angry Birds et Arkanoid, TitF propose plus de cent niveaux où notre héros, coupe mulet au vent et short immaculé – genre Agassi (le vrai) featuring sa perruque à Wimbledon – doit anéantir dans la hargne et le bonheur clowns, gardes, savants fous ou marketeux, tous dévoués au fameux Explodz, sorte de nitroglycérine vendue comme un ersatz de Red Bull. Au comique des animations s’ajoute un humour détourné plus grinçant, chaque niveau étant introduit par une citation des lobbys ou des pseudo-scientifiques reprenant un discours-type à la gloire d’Explodz.

Une explosion bien placée.
Une explosion bien placée.

Une suite avec Tsonga, des Kinder Bueno et des agents du fisc ?

Dans sa lutte, le bon Pete peut compter sur sa fidèle raquette et deux types de munitions : des balles de tennis et des canettes d’Explodz. À l’écran, les ennemis à dégommer, ainsi que quelques éléments de décor sur lesquels agir : vitres, planches, ballons, rochers, caisses de boisson explosive, etc. On dispose de plusieurs tentatives pour chaque niveau, mais pour obtenir des couronnes bonus et progresser dans le jeu, il faut économiser des balles, par exemple réussir en deux coups un niveau prévu en trois. C’est là que le level design fait des miracles : les différents défis sont admirablement équilibrés, avec une difficulté bien dosée et des approches variées. On passe d’un niveau dont la résolution repose sur l’activation de mécanismes dans le bon ordre à un autre qui nécessite plutôt de réaliser une réaction en chaîne – chaque ennemi, en tombant, peut en neutraliser un autre, et ainsi de suite – puis à un autre encore où la précision du tir (et un soupçon de chance) est primordiale. L’équilibre satisfaction/frustration est vraiment maîtrisé, même si l’ensemble aurait pu être un peu plus difficile (avec des cibles mobiles, par exemple).

L'épreuve annexe dite "des pièces".
L’épreuve annexe dite “des pièces”.

Dans ta poire, Williams !

Par rapport aux versions nomades, ou à la version gratuite Clowns in the Face sur smartphones et navigateur, on aurait pu craindre que Tennis in the Face fasse tache sur une machine comme la PS4, mais les développeurs ont fait ce qu’il faut pour que les quelques euros supplémentaires que coûte cette nouvelle version soient justifiés. Le rendu graphique passe sans aucun problème sur grand écran, le design est toujours aussi barré et séduisant, avec de nouveaux adversaires. Les ennemis sont gérés en mode “ragdoll”, comme des poupées de chiffon, avec un effet de gravité bien rendu et une certaine richesse dans les détails : ils peuvent perdre par exemple l’accessoire qu’ils tiennent en main et, en cas de headshot, saigner des donuts. La musique est insupportable, mais les développeurs ont eu la bonne idée de la remplacer par des battements de cœur lors de la dernière balle. La physique des projectiles n’est pas ce qu’il y a de plus réaliste, mais elle reste cohérente dans son parti pris et se révèle pertinente pour ajouter au plaisir de jeu. Il faut apprendre à dompter les canettes d’Explodz et leurs faux-rebonds, et les petites balles jaunes finissent par se comporter de manière erratique à force de percuter les éléments du décor. Enfin, la map compte quelques épreuves annexes de scoring, avec classement en ligne, et propose une liste de trophées bien conçue ; c’est toujours bon à prendre. Loin de mériter un service-volée de bois vert, Tennis in the Face sur PS4 est amusant, son design est réussi, il présente un excellent niveau de finition et même si l’on peut formuler quelques griefs à son égard, il a de fortes chances de vous marquer le point.

3r1C

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Ancien gérant de magasin de jeux vidéo, ancien journaliste, ancien testeur localisation, ancien traducteur, ancien taulier du podcast Erikadi sur badgeek.fr. Du coup, pour résumer, on l'appelle « l'ancien », tout court.
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