The Book of Unwritten Tales 2

J’imagine qu’il n’est plus un secret pour personne que j’aime les point and click. J’en ai fait la critique de beaucoup pour GSS. Parfois, ils sont moyens, par moment ils sont suffisamment amusants pour passer le temps et quelques fois ils sont très bons. Et puis il y a ceux qui vous touchent au point que vous ne pouvez les oublier. The Book of Unwritten Tales 2 est de ceux-là. Il n’est pourtant qu’un jeu d’aventure très bien fait dans un style proche de la recette Lucas Arts. Mais je dois avouer avoir eu pour lui un attachement rare, du genre qui vous rend impatient d’y retourner retrouver tout ce petit monde. Oui. On peut dire que je l’ai vraiment adoré.

The Book of Unwritten Riddles

A force d’écrire des tests sur des jeux d’aventure, surtout quand ils fonctionnent de façon aussi conventionnelle, j’ai perdu tout intérêt à en expliquer les mécaniques les plus intrinsèques. Sachez que là-dessus, The Book of Unwritten Tales 2 ne déroge en rien à la règle et vous fournira l’inventaire de base et l’occasion d’associer, de décortiquer, d’analyser et surtout de réfléchir pour résoudre tout un tas d’énigmes rondement menées. Par moment, elles seront un brin tordues, comme l’exige la tradition, mais dans leur ensemble elles demeurent logiques, dussiez-vous vous adapter à celle d’un monde régit par la fantaisie sur un fond un tantinet sarcastique et loufoque.

TBOUT 2 reprend donc les recettes du précédent épisode. C’est à dire que par moment, histoire de pimenter un peu plus la difficulté, il vous sera possible d’alterner entre plusieurs personnages quand le jeu vous en offrira l’opportunité. Il sera donc nécessaire d’essayer plusieurs combinaisons. Nos héros ont tous des compétences particulières, comme Critter (Créature) dont la flexibilité légendaire lui permettra d’atteindre des endroits inaccessibles pour d’autres. Il ne suffit donc plus d’associer le bon objet au bon endroit mais également de prendre en compte une combinaison avec le bon personnage pour accomplir la tâche, et résoudre l’énigme en cours par la même occasion.

Il n’y a pas à dire. En la matière, on s’en met une bonne tranche dans le gosier. Les puzzles sont réellement intéressants offrant parfois de véritables morceaux de réflexion. Un peu à l’image de ces mini-jeux qui vont faire appel à votre mémoire et votre jugeote. Je veux pour exemple cette partie de jeu de plateau contre un pharaon momifié, reposant sur un système de billes à ramasser sur plusieurs lignes, celui ramassant la dernière ayant perdu. Tout en sachant qu’il ne faut prendre qu’une seule bille à la fois ou toute la ligne d’un seul coup. Tout en sachant également que chaque ligne a moins de billes que la précédente.

Ou bien encore, il y a cet exercice d’observation où il vous faudra demander divers cocktails alcoolisés à un singe refusant de vous faire un remède pour la gueule de bois, car contraire à son éthique de barman. En observant son pas de danse chaloupé, il faudra ensuite reproduire les bons mouvements nécessaires pour remuer le breuvage salvateur dans le bon sens et espérer qu’il nous réveille un Nate à l’alcoolisation trop prononcée.

Précédemment dans The Book of Unwritten Tales…

Je dois reconnaitre que si je me suis bien amusé avec les énigmes de TBOUT 2 de par leur variété, leur difficulté équilibrée et l’humour qui leur fut souvent associé, le scénario a au moins autant, si ce n’est plus dans certains cas, d’importance. Et dans celui qui nous intéresse aujourd’hui, je suis resté scotché du début à la fin. Une fin qui est pourtant, malgré le bilan très positif que je retire de mon expérience, frustrante à en mourir. Je m’expliquerai par la suite, mais en attendant, pour celles et ceux qui n’ont pas joué au premier épisode des aventures de nos héros atypiques, je vous propose un rapide résumé.

The Book of Unwritten Tales premier du nom comme sa suite était un point and click on ne peut plus classique. Rien de neuf à l’horizon si ce n’était une histoire manichéenne au possible mais en fin de compte tellement drôle et incapable de se prendre au sérieux qu’elle fut attachante à l’image de ses héros. Ce qui pouvait pêcher par contre, c’était une modélisation de ces derniers loin de rendre justice à leur personnalité haute en couleurs. Leurs visages assez peu expressifs les rendaient en effet statiques et un tantinet robotiques. Au contraire de leurs dialogues et de leurs actions qui leurs donnaient vie.

Quoiqu’il en soit, leur histoire était celle de toutes les histoires depuis que le monde est monde. La lutte du bien contre le mal. Un gremlin archéologue avait mis la main sur un livre très ancien et une carte devant mener à une amulette capable de réaliser n’importe quel vœu. Un artefact d’une sacré puissance en perspective. Toute ressemblance avec l’Auryn de l’Histoire sans Fin étant tout sauf fortuite. Bref, cette puissante amulette était activement recherchée par Mortroga, une sorcière maléfique, et son traitre de fils, Munkus.

Ivo, une jeune elfe rêvant d’aventure et de liberté, Wilbur, un gnome qui voulait devenir un mage et non un ingénieur comme toute sa famille (ou les gnomes en général), ainsi que Nate, un pirate de l’air, qui accompagné de Critter, une créature improbable, se retrouveront embringué bon gré, mal gré dans tout ce méli-mélo. Tous les trois ensemble, ils sauveront le monde des griffes de la terrible sorcière et cætera, et cætera. Si vous désirez avoir plus de détails, jetez-vous immédiatement sur The Book of Unwritten Tales Sénior.

Deeper, Better, Funnier, Stronger

Faut-il avoir pour autant joué au premier volet de leurs aventures pour apprécier les nouvelles péripéties de nos héros ? Non, pas forcément. King Art Games a fait en sorte que l’intrigue qui vient animer ce second opus soit parfaitement accessible à tous. Un rapide résumé du précédent est par ailleurs fait au tout début du jeu. Pour autant, je ne saurai trop que vous conseiller de le faire. Ne serait-ce que pour comprendre les nombreuses allusions et clins d’œil que l’on retrouve dans ce nouveau volet.

The Book of Unwritten Tales 2 nous emmène cette fois-ci dans une épopée un brin plus compliquée que dans le un. Rien de tortueux non plus, mais avec suffisamment de retournements de situation pour donner l’épaisseur qui pouvait manquer jusque-là au monde d’Aventasia. Plus exactement, si l’on fait toujours face à un jeu qui multiplie les références tirées de l’heroic-fantasy, de la science-fiction et du jeu vidéo en général, on a cette fois-ci droit à un véritable épanouissement de la mythologie de ce royaume de fantaisie.

Par le voyage tout d’abord. On traverse un nombre de paysages plus variés qu’auparavant. On y retrouvera bien évidemment la ville de Seastone mais également tout un tas de lieux aussi exotiques que Elfburrow, le haut domaine des elfes et par conséquent de Ivo, qui est une princesse si je devais encore le rappeler, et de sa royale famille. Mais pas seulement puisque les péripéties de nos aventuriers les amèneront sur une île flottant dans les nuages, sorte de Tortuga (île de pirates) orientalisée, un désert à l’arrière gout d’Égypte ancienne ou bien encore un village aux allures de Transylvanie avec son château local et son vampire de circonstance.

Si forcément ce type de jeu nous pousse parfois à faire du surplace en raison d’énigmes pouvant nous coincer, je tiens à souligner que le rythme de l’action, par l’enchainement de rebondissements et l’effet de surprise, est tel qu’on ne s’ennuie pas une seule seconde. Dans cet épisode, nos héros iront sauver une fois de plus le monde d’Aventasia. D’anciennes menaces referont surface et de nouvelles y apparaitront. Wilbur sera injustement accusé d’un acte odieux que nous joueurs savons qu’il n’aurait jamais pu commettre. Cet évènement tragique le poussera à remettre en question ses aptitudes de mage qu’il pensait dues à son talent naturel mais finalement peut-être pas tant que cela. Il sombrera dans la déprime avant de se rendre compte que sa qualité principale est sa capacité à ne jamais se laisser abattre et surtout de ne jamais laisser tomber ses amis.

Nate devra lui choisir entre son gout du risque et de l’argent, ou ses responsabilités envers sa petite amie Ivo, ses amis et le monde en général. Tandis que notre elfe adorée devra faire face à sa mère qui veut l’obliger à remplir ses obligations de princesse au détriment de ce qu’elle désire réellement. Et l’amour ! Il en est question justement ou comment le couple chaotique de Nate et Ivo devra se poser les questions nécessaires pour se sortir de la crise dans laquelle il se trouve.

Le seul bémol de toute cette entreprise est sa fin. Oui, la fin du jeu qui n’apporte aucune réelle satisfaction. Non pas qu’elle soit médiocre, mais plutôt qu’elle est ouverte. Tranquillement, TBOUT 2 a mis en place toute une histoire tournant autour d’artéfacts très puissants qui auraient appartenu à des frères sorciers qui l’étaient tout autant. Pour résumer, il faudra sans doute attendre un plus que probable troisième épisode, sans quoi je risque de faire un malheur. Le suspens est intenable.

Du coup, ce n’est pas tellement dans son originalité que TBOUT 2 détonne, mais plutôt dans sa capacité à nous surprendre à chaque instant. Il est un peu comme un de ces bons gros films (et jeux !) qui ont bercé mon enfance et avec lesquels il est toujours bon d’y retourner. Les nombreuses références à des œuvres telles que Ghostbusters, Harry Potter, Star Wars et même Scrubs, pour n’en citer que quelques unes, n’y sont sans doute pas étrangères.

Cela n’empêche pourtant pas ce jeu d’aventure qui n’hésite pas à se moquer de la plupart des clichés de ces mêmes films et jeux au point d’en être irrévérencieux, et tout en cassant régulièrement du quatrième mur, d’avoir une vraie personnalité, aidé en cela par une plastique agréable.

Conclusion

Linéaire jusqu’au bout de ses clics, l’histoire de TBOUT 2 ne vous laissera pas vous écarter du droit chemin voulu par ses scénaristes. Pour autant, par une bonne maitrise de sa mise en scène, il est l’aboutissement d’une formule bien rodée. Grosso modo, mon aventure avec Ivo, Nate et Wilbur aura duré une bonne vingtaine d’heure que je n’aurai pas vu passer. Entre les multiples rebondissements, de nombreuses rencontres, des lignes de dialogues superbement interprétées, en anglais seulement malheureusement, et toujours autant d’humour, je n’ai pas eu une seule fois la sensation de perdre mon temps. De toute façon, on ne vous laisse pas le temps de vous y ennuyer.

Sans oublier le gros level up en terme de réalisation. Les personnages gagnent en épaisseur aussi par leur troisième dimension très soigneusement modélisée. Plus détaillés mais aussi dans un style comique plus appuyé, ils sont aussi bien plus expressifs et semblent tout droit sorti d’un dessin animé. Les décors eux aussi sont particulièrement réussis. Comme l’animation, sujette à des imperfections, mais ô combien plus abouties que celles du premier volet ou de bien d’autres point and click. Je mettrai une dernière mention spéciale à la musique, qui bien que dans des tonalités très proches de bon nombre de compositions hollywoodiennes, notamment comme si l’ombre d’un John Williams flottait au-dessus de celle-ci, arrive à nous transporter comme il faut quand il faut.

J’évite soigneusement de trop en dire que cela soit sur l’intrigue ou bien encore de simples moments de pure drôlerie. En effet, on va de surprise en surprise comme cette discussion entre Wilbur et un marchand sur l’utilité d’une armure féminine ressemblant plus à un bikini qu’une véritable protection contre les coups mortels. J’oserai un dernier parallèle, aussi étrange qu’il puisse paraitre, avec la Guerre des Étoiles, qui me semble opportun dans le cas présent. On retrouve en effet des similitudes dans ces deux œuvres, notamment dans la dynamique de groupe de leurs personnages. Nate peut être vu comme un Han Solo, Critter me fait penser à Chewie… je pense que vous avez compris le message. The Book of Unwritten Tales 2 est à The Book of Unwritten Tales 1 ce que L’Empire contre-attaque était à Un Nouvel Espoir. Une suite capable de supplanter l’original. Bref, un must have à ne surtout pas manquer.

*NDLR : Vous pouvez retrouver les tests de The Book of Unwritten Tales et de son prologue The Critter Chronicles via ces liens.

Vasquaal

Vasquaal

On dit de lui qu'il jouerait sur un clavier sans pavé numérique. De l'Apple IIe au pc survitaminé en gigahertz, il subtiliserait tel un ninja numérique le loot de ses potes dans les jeux en ligne pour mieux s'enorgueillir d'un "Muhahahaha". Certains disent même qu'il va se tatouer un jour "Aladin Snes is the best" sur la fesse gauche. D'autres disent simplement qu'il est fou.
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