The Escapists

Même si personne n’a vraiment envie de finir sa vie derrière les barreaux, le milieu carcéral fascine. Pour certains, c’est sa portée sociale qui importe et ce qu’il peut dire sur notre société. Pour d’autres, il peut être purement divertissant quand il est romancé dans un univers de fiction. The Escapists, petite production indépendante venue tout droit de chez nos voisins buveurs de thé, ne prendra pas le parti du pathos et de la critique sociale. Il préfère se concentrer sur ce jeu du chat et de la souris moderne laissant le joueur trouver la faille dans un système rôdé et cyclique.

Savonnette en option

Il vous est proposé en tout et pour tout six prisons dont il faudra déjouer les pièges. Cela peut paraître peu, mais dans les faits, chacune d’entre elles et surtout les dernières vous prendront suffisamment de votre temps avant que vous ne puissiez revoir la lumière du jour. Cette difficulté élevée n’est en soit pas vraiment un problème. Comme beaucoup d’autres jeux ouverts du même genre, il appelle le joueur à expérimenter quitte à répéter inlassablement les mêmes tâches journalières jusqu’à en vomir. Il s’agit là du premier mur devant lequel nos évadés vont devoir faire face. La répétitivité. Si toute la partie planification de notre évasion et l’évasion elle-même constituent le point d’orgue de nos pérégrinations carcérales, il ne faudra pas oublier de compter sur une multitudes de corvées à remplir avant. Et il s’agit véritablement de corvées.

Si le joueur est du genre passif, il se contentera de suivre le programme instigué par la prison. Dormir, manger, travailler, faire du sport, aller à la douche – gare aux savonnettes – le métro-boulot-dodo de nos compagnons de cellules en somme. Ce quotidien qui ne change jamais n’est pour autant pas inintéressant pour ce qui est de notre réussite future. Il nous en apprend beaucoup par exemple sur le fonctionnement de notre environnement, notamment quand il s’agira d’en explorer les lieux, découvrir les sorties potentielles, observer la ronde des gardes et glaner de quoi se confectionner les outils nécessaires à notre échappée belle.

Break the prison

Car The Escapists est fondamentalement un jeu de survie qui ne dit pas son nom. Il repose sur la même idée de rigueur et de gestion minutieuse de divers paramètres. Sauf qu’ici, il ne s’agit plus de ne pas mourir de faim, de maladie ou de fuir la mort sous toutes ses formes, mais plutôt l’inverse. On essaye de fuir un lieu en apparence sécurisant. D’une certaine façon, chaque prison peut-être vue comme une énigme dont il faut découvrir la solution. Solution qui s’avère bien souvent être multiple tant The Escapists vous laisse seul maître de votre destin.

Mais avant de vous en sortir, il faudra planifier chaque action avec attention. La gestion du temps, des matériaux et des facultés physiques et intellectuelles de notre héros en tenue orange sera essentielle. Le temps tout d’abord est extrêmement régulé. En dehors du temps libre, ce dernier sera sous haute surveillance, tout en sachant que vos actes de nature suspicieuse augmenteront peu à peu l’alerte des gardes à votre encontre. Trop élevée, cette dernière les mettra à votre poursuite et votre plan à nu signifiant le retour à la case départ. C’est ainsi à chaque fois. Vérifiez donc que avez bien camouflé le trou creusé dans votre cellule, que personne ne vous voit alors que vous fouillez la cellule d’un co-détenu. En bref, ne vous faites pas prendre la main dans le sac.

Le champ des possibilités est assez large pour cela. L’inévitable système de crafting qui reprend très intelligemment, et de façon parfois drôle, les codes de la prison quand il s’agit de se construire un arme de fortune par exemple, est assez complet. Si ce dernier vous prête à confusion, il existe d’ores et déjà de multiples guides sur internet pour vous aider. Sinon, expérimentez, testez des combinaisons. Vous êtes libres au moins sur un point et c’est la façon dont vous voulez prendre à bras le corps votre évasion.

Alcatraz-strophe

Mais vivre la vie de détenu a un coût. Celui de la lassitude. Répéter constamment les mêmes tâches de façon journalière peut s’avérer usant à force. Vous pouvez faire un job ingrat dans la prison pour gagner de l’argent et essayer de chopper des matériaux rares voire un costume de garde si vous bossez à la laverie. Avec cet argent vous pourrez marchander avec vos co-détenus toujours pour plus d’objets de contrebande. Ou leur rendre service contre quelques petits billets de plus. Vous pourrez faire du sport pour augmenter votre force et votre endurance nécessaires respectivement pour la baston et enchaîner le maximum d’actions possibles. Vous ne voudriez pas être en manque d’endurance quand il s’agira de creuser le trou qui vous mènera vers votre liberté chérie, non ?

Le monde de The Escapists est frustrant par moment. Mais même les limitations de son gameplay, parfois rébarbatives, font sens et s’intègrent parfaitement dans la logique carcérale qui est la sienne. Rien ne semble pas à sa place si ce n’est la superficialité de nos relations avec les autres. Ils ne sont que des pions dans un jeu d’échec que l’on essaye tant bien que mal de gagner.

Conclusion

The Escapists est un jeu sincère, peut-être trop, qui manque de peu le coche en oubliant de rendre même les tâches les plus basiques véritablement intéressantes. On aurait pu imaginer par exemple une séance d’haltères plus excitantes que de fracasser vigoureusement deux boutons. Il en découle une forme de lassitude à force de répéter inlassablement les mêmes tâches sans grand intérêt. Il reste tout de même au final un jeu original qui offre un vrai challenge, un éditeur de niveaux à venir et la liberté offerte de choisir la façon de s’évader. Si on est prêt à lui pardonner ses lourdeurs de gameplay.

Vasquaal

On dit de lui qu'il jouerait sur un clavier sans pavé numérique. De l'Apple IIe au pc survitaminé en gigahertz, il subtiliserait tel un ninja numérique le loot de ses potes dans les jeux en ligne pour mieux s'enorgueillir d'un "Muhahahaha". Certains disent même qu'il va se tatouer un jour "Aladin Snes is the best" sur la fesse gauche. D'autres disent simplement qu'il est fou.

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