Kholat

2 février 1959, Nord de l’Oural. Neuf étudiants russes, tous des alpinistes aguerris, partent à la conquête du Kholat Syakhl une montagne stérile et isolée que le peuple tribal Mansi de Sibérie baptisa “Montagne Morte”. Aucun d’entre eux ne revint vivant de cette expédition. Mais ce n’est pas le manque d’oxygène ou le froid qui ont eu raison des neufs. Encore aujourd’hui les causes de leurs morts restent un mystère. Le studio IMGN.PRO vous propose de tenter d’enquêter sur l’incident du col de Diatlov renommé ainsi en l’honneur du chef d’expédition.

Une marche blanche et silencieuse.

Sean Bean vous racontera avec talent et en détail les faits, ce que l’ont sait de source sur. Pas de théorie juste les découvertes qui feront courir un frisson le long de votre colonne vertébrale. Puis votre périple débutera, vous débarquerez du train dans un petit village curieusement désert, votre enquête commence. Une fois quitté le village, vous serez livré à vous même sur le versant Est du Kholat Syakhl, vous y trouverez une tente contenant un journal vierge, une carte, une boussole et enfin une torche.

Aucune armes, pas même un couteau, vous savez déjà que si vous croisez quelque chose d’hostile seule la fuite vous sauvera et c’est lors de ce constat inquiétant que se fera entendre le sinistre hurlement d’un loup.

Il fait trente degrés au dessous de zéro, autant vous le dire tout de suite : sauter des obstacles dans le blizzard nocturne quasi-permanent de Sibérie est impossible et courir est un effort que vous ne pourrez surmonter qu’en de rares occasions. Ici l’oxygène est peu présent, vous marcherez donc, lentement jusqu’à faire partie de cet océan de blanc immaculé, silencieusement.

Vous apprendrez à vous faire discret, à observer et à ne vous servir de votre torche que lorsque l’absolue nécessité s’en fera sentir. Ainsi vous voyagerez de découvertes en surprises ramassant des pages de journal de l’expédition, des rapports d’enquêtes emportés par le vent et des coupure de presse ainsi que des témoignages écrits. Bientôt vous traverserez les paysages tel une ombre silencieuse dans le noir avec curiosité, sans cesse à la recherche d’un bivouac pour vous reposer, d’un œil, entouré par le craquement du bois des conifères mis à mal par les vents mugissants.

Notre narrateur nous guide au gré de l’histoire dans la conscience des âmes qui errent en ces lieux. Sean Bean est véritablement investi et joue avec brio leur rôle, sa voix est une main douce et vibrante d’émotion qui vous plongera la tête dans l’eau glacée de cette aventure ou l’empathie fleurte doucement avec la folie au fil de ses monologues qui jalonnerons vos découvertes.

Le salut dans la fuite.

Il ne vous faudra pas longtemps pour comprendre que vous n’êtes pas seul en ces lieux et combien l’affrontement serais vain. C’est dans l’humilité et l’angoisse que vous enquêterez minutieusement en prêtant attention a votre environnement où l’empressement et le manque de discrétion signifie la mort, de maintes façon.

Vous tenterez de comprendre le pourquoi, le comment et vous trouverez toujours plus de questions à ajouter a vos interrogations déjà nombreuses. Ce récit vivant vous fera découvrir non pas une histoire, mais des lieux, des raisons, des faits et parfois même des rumeurs alors c’est à vous qui reviendra d’assembler toutes ces pièces avant la fin et de les interpréter.

Il va de soit qu’une immersion totale est plus que recommandée, éteignez les lumières, mettez votre casque sur vos oreilles, installez vous confortablement et coupez votre téléphone. Alors l’expérience unique de ce jeu vous fera tressaillir et frissonner, dans le cas contraire, si vous êtes réfractaire à la lecture et à l’écoute ou que vous refusez l’immersion, ce jeu vous semblera vide et injuste.

Votre mort est toujours un “game over” qui vous ramènera à votre plus récente découverte, ce qui ne m’est arrivé que rarement car l’orientation avec la carte est efficace et vous trouverez même des coordonnés inscrites dans certains lieux qui vous aiderons à vous repérer et trouver des pages de journal. Si vous avancez de pages en pages sur la carte, il est presque impossible de vous perdre. Quand au pièges, si vous ne courrez pas comme un imbécile partout avec votre torche allumée vous les trouverez, en observant.

Dans les ténèbres, la beauté.

L’Unreal engine se prête à merveille à ce genre d’exercices, le jeu est sublime et inquiétant, les lumières sont superbe et la lueur blafarde de la lune est extraordinaire, couverte de nuances par les nuages, ou brillante comme un phare au milieu de la nuit. Elle fera danser les ombres autour de vous avec fluidité et le balancement des arbres ainsi que la danse de la neige portée par le vent donnent réellement lieu à des moments d’émerveillement. Malgré le thème hivernal omniprésent vous ne vous ennuierez pas, les lieux sont si varié que l’on tombe sur des endroits très différents allant de la rivière gelée aux forets sombres en passant par des vestiges de constructions humaines et des cols aux paysages qui laissent rêveur.

La profondeur de la bande son, sa mélancolie angoissante, vous plonge vraiment dans l’histoire. Un peu comme une berceuse qui vous donnera par moment envie de vous arrêter et de vous endormir dans le froid pour rejoindre les esprits de la montagne paisible, puis soudainement elle vous sortira de votre confort douillet d’un coup de stalactite gelé et tranchant, lacérant votre joue, vous rappelant où vous êtes et ce que vous devez craindre. J’ai eu beaucoup de plaisir a l’écouter, même hors jeu.

Il m’est impossible de vous parler du contenue narratif de ce titre, personne ne le devrais d’ailleurs, vivez le ! KHOLAT est un jeu qui ne s’adresse qu’aux fan de thriller ainsi qu’aux joueurs aimant à mon sens la poésie, car ce titre est bâti comme un poème vivant bien trop court et subtile. Il serait dommage de le gâcher par des attentes inadéquates.

Une aventure ou la simplicité d’une jouabilité subjective s’emboîte parfaitement avec la créativité de la musique et des effets sonores, le tout accueilli par de magnifiques graphismes vivants et harmonieux. La toile ainsi peinte par IMGN.PRO est vivante, par l’interprétation puissante et sincère de Sean Bean qui nous immerge avec talent dans une expérience unique, emprunts de faits réels, suppositions et doutes. L’histoire de ce conte froid et angoissant ne vous laissera pas de marbre. Plongez, les yeux fermés dans cette oeuvre d’art.

MarcheMort

Rock ’n’Rôliste sadique d’alignement loyal mauvais, il aime la littérature anglaise et faire rouler les dés et les têtes. Il déteste les arcs en ciel, les poneys et les escaliers en colimaçon. Joueur de jeux vidéo compulsif depuis le règne de Justinien, il a joué en LAN avec Abdul Al Hazred. Il pratique la nécromancie au quotidien et voue un culte à Cthulhu lorsqu’il est en robe de chambre. Pour lui le jeu de rôle est un style de vie et il parle de lui à la troisième personne pour faire croire à ses lecteurs qu’il n’a pas écrit sa bio’ lui-même à quatre heures du matin. Twitter : @Marchemort.

Une pensée sur “Kholat

  • Vasquaal
    17/07/2015 à 09:45
    Permalink

    Bon va falloir que je me le procure maintenant.

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