Jotun

La mythologie des pays du Nord, du froid, de ceux qui vous volent Leenuyth pendant 6 mois soi-disant pour un stage étudiant (en vrai, c’était juste pour pouvoir goûter à la viande de baleine et de puffin, on s’en doute !) n’en finit plus d’être au coeur des scénarios et univers de jeux-vidéo indépendant. Il faut dire aussi que c’est une mythologie souvent très mal adaptée par les américains, qui n’y voient que Thor, Odin et autres clichés. Cela va plus loin et Jotun tente d’apporter un peu de profondeur à un univers qui mérite qu’on s’y intéresse…

Thora, Thora pas ?

Surnommée ainsi par son père, qui était furieusement en manque d’originalité il faut croire, notre héroïne est au centre du “rien”, prête à en découdre à travers cinq contrées représentant toute un morceau de la mythologie nordique. Que fait-elle ici ? Elle aura un bout de récit à vous raconter après chaque Boss affronté. Disons qu’elle s’est battue, qu’elle a perdu et qu’elle désire avoir sa place au Vahlalla. Au paradis. Point de vue scénario, vous allez être servi sans pour autant être inondé (loin de là) de textes. Tout est doublé en version originale, en Islandais semble-t-il. Une langue elle aussi méconnue et qui a pourtant bien des charmes. La langue de ceux qui parviennent à dire des mots de plus de 35 lettres contenant 80% de consonnes.

Jotun est un jeu d’exploration et de Boss Fight. Chacun des cinq mondes à parcourir, via le hub principal qu’est le néant, vous propose deux niveaux d’exploration/puzzle où l’action est très rare, où les combats sont peu présents. En même temps, avec votre grosse hache, vous n’allez pas enchaîner les combos et les sauts périlleux ! L’arme est lourde, les mouvements sont lents : vous êtes une guerrière de force brute qui ne fait pas dans la dentelle et qui sait aussi réfléchir. Ainsi, votre hache vous servira à découper des arbres qui vous bloquent le passage, par exemple. En fait, vous vous servirez davantage de votre hache comme d’un outil que comme une arme dans ces niveaux d’exploration.

Le calme avant la tempête

Deux niveaux par monde, donc. C’est ce que le jeu vous proposera de parcourir pour en apprendre plus sur l’histoire, débloquer la route vers le Boss du monde et surtout, tenter d’obtenir quelques bonus au passage. Des pouvoirs tout d’abord, à trouver dans la carte et chacun représenté par une divinité. Ces pouvoirs peuvent être ratés et vous pouvez très bien finir le jeu sans, mais ils vous seront d’une grande aide contre les Boss ! Vous pourrez vous soigner, mais aussi puiser la force de Thor et de ses éclairs, créer des leurres, augmenter temporairement votre vitesse… Tout cela au nombre limité de deux utilisations par pouvoir.

Une autre divinité que vous trouverez pendant votre périple vous permettra de restaurer vos points de vie et de pouvoirs. Aussi, des pommes d’or sont bien cachées dans les niveaux, vous permettant une fois ramassées d’augmenter légèrement votre barre de vie. Là aussi, cela a une forte histoire mythologique que je laisse le jeu vous narrer un minimum. Mais clairement, après Jotun, vous aurez envie de faire le point sur tout cet univers formidable qu’est la mythologie nordique.

Des Boss au centre du jeu

Tout ce périple n’a qu’un seul but : vous préparer aux Boss que vous allez devoir affronter. Six Boss très différents, gigantesques, que l’écran affiche pleinement à l’écran en dézoomant et en vous plaçant tel un moucheron dans l’action. Il faut regarder ce que fait l’ennemi, apprendre de ses erreurs et de ses failles, savoir se poser et esquiver les coups pour bien comprendre comment le vaincre. Une sorte de Shadow of Colossus en plus fermé, en 2D… et tellement magnifique.

Car oui, ce que je n’ai pas dit c’est que le jeu est terriblement beau. Visuellement digne d’un très beau dessin-animé à l’ancienne, entièrement dessiné “à la main”, proposant des animations raffinées et des arrières-plans magnifiques, Jotun est aussi servi par une ambiance musicale à tomber par terre d’enchantement et de délicatesse. C’est simplement beau, en tous points.

Et les Boss ne sont pas en reste : colossaux, animés à la perfection, mis en scène avec talent grâce à une caméra qui ne cesse de se mettre à l’échelle… Les combats sont incroyables de tension et de réalisme, mine de rien. Malheureusement tous les Boss ne sont pas très intéressants à affronter, mais la majorité vous font passer de très bons moments transpirants et tendus devant votre écran.

Poésie nordique

Il faut voir ce monstre marin montrer son ombre sous cette glace avant de la fendre pour vous faire un coucou meurtrier, cette horde de nains vous assaillir pendant que vous tentez d’éviter les flammes de la forge, tous ces événements certes scriptés mais magnifiques qui ornent les différents niveaux d’exploration/puzzle pas franchement compliqués par ailleurs, pour comprendre à quel point Jotun est un beau jeu. Une petite perle.

Il a ses défauts. Il est souvent un peu lent, il manque de punch par moments, ces niveaux ne sont pas tous aussi passionnants les uns que les autres. Mais il nous raconte quelque chose de puissant et simple à la fois, en y mettant des formes dont on tombe facilement amoureux. Jotun, c’est une belle histoire d’environ 5 heures parfaitement pensée et terminée et qui mérite d’être jouée par tous. Un des jeux indépendants de l’année, incontestablement.

Skywilly

Skywilly

Rédacteur en chef collectionneur de Skylanders et qui passe beaucoup trop de temps sur ces briques Lego. Heureusement qu'il y a des petits jeux pour s'évader ! Auteur de Le jeu vidéo indépendant en 2015 : Portraits de créateurs
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