Mordheim : City of The Damned

Mordheim est à l’origine un jeu de plateau de plus, qui à l’époque se multipliaient par centaine dans les sous-sols où se réunissaient de gros barbus fortement alcoolisés à la bière et autres spiritueux. Ce jeu à figurines reste pourtant un particularisme dans l’univers de Games Workshop. Et une rareté de nos jours. Ce qui explique sans doute pourquoi Rogue Factor y a vu l’opportunité de l’adapter dans un jeu vidéo.

Il n’y a pas Mordheim

L’ami Druss ayant décidé de faire mon éducation en la matière, me conta les origines de Mordheim. L’univers, c’est  du Warhammer. De l’archi-connu en perspective, mais peut-être pas tant que cela. Mordheim est un peu le rejeton bâtard de Warhammer Battle.

Plutôt que de verser dans la bataille à grande échelle sur grands plateaux bien plats, Mordheim proposait une alternative séduisante à base de niveaux à parcourir aussi bien dans leur verticalité que leur horizontalité. Et à la place d’une armée, les joueurs s’affronteraient avec une escouade réduite de seulement quelques individus.

La stratégie de masse était alors reléguée au second plan pour laisser la place au micro-management d’un petit groupe d’individus. Bienvenue dans le Swat version Warhammer en quelque sorte. Après avoir choisi votre faction – les mercenaires humains, les skavens, les soeurs de Sigmar, le culte des possédés – vous voilà paré pour une campagne des plus arides. Pour le reste de son histoire, allez jeter un œil à l’excellente preview que notre testeur à barbe nous a déjà pondu.

La mort vous va si bien

Mordheim n’est pas à mettre dans toutes les mains tant il se trouve impardonnable avec le moindre écart dans la mauvaise direction, et puis surtout le hasard. Il fait ici rarement bien les choses se jouant de nous comme un maître marionnettiste s’amuserait à faire s’emmêler les fils de ses poupées de chiffon. Bien qu’ils n’apparaissent jamais à l’écran, des dés tiennent en vérité le rôle de maître de cérémonie en arrière plan d’un jeu intransigeant.

Du coup, plutôt que de paraphraser mon comparse de Gamesidestory et sa preview plus alimentée en connaissances que je ne pourrai en avoir sur le sujet, je vais plutôt vous conter mes quelques foulées de débutant dans cet univers qui ne se laisse pas facilement apprivoisé.

Quelques principes de bases pour commencer. La mort y est permanente, tout comme les blessures dont souffriront les mercenaires que vous engagerez qui les porteront comme autant de handicaps sur la mission suivante. Vos soldats d’un temps ne vous seront pas d’une fidélité exemplaire. Comme jamais, l’argent sera le nerf de votre guerre, et il vous incombera de récolter moults ressources lors de vos expéditions armées.

Derrière un jeu de stratégie se trouve celui d’une gestion relativement poussée de votre escadrille et de vos moyens financiers. Une gestion qui n’est pas sans rappeler les ténors du genre comme Xcom et cie. Le résultat est d’apparence le même, excepté que la mort de vos troupes ne vous empêchera pas d’obtenir de nombreuses améliorations qui se porteront sur une nouvelle partie. Voilà un semblant de progression qui rend la tâche un minimum moins éreintante que de repartir complètement à zéro.

Dice will roll

Une fois que l’on a compris sa nature intrinsèque de roguelike, Mordheim est capable de s’ouvrir à nous plus librement. On y avance honnêtement la plupart du temps à l’aveugle étant donné que nos adversaires ne seront visibles que s’ils croisent le champ de vision de l’un des nôtres. Le système de jeu repose donc sur deux aspects : l’un hérité du jeu de plateau d’origine dans sa nature hasardeuse, et l’autre construit dans les limites d’un monde digital se voulant cohérent avec ce que le joueur a sous les yeux.

C’est ainsi que l’on y déplace nos troupes avec un nombre de points d’action restreint en ayant la possibilité de grimper à de nombreux endroits, tout en faisant attention, car en plus de la faction adverse, les niveaux traversés regorgent de pièges en tout genre. L’environnement joue alors autant un rôle d’ennemi à prendre très sérieusement en compte en plus de vos adversaires, eux, correctement identifiés dès le départ. Bien que nous ne sachions pas leur position.

Seulement voilà, il y a un mais de taille. Les dés dont j’ai parlé tantôt n’ont pas disparu. Et bien qu’ils ne soient pas visibles, ils se rappellent régulièrement à nous. Ainsi, chaque action que cela soit de simplement sauter d’un plan en hauteur ou une attaque sur l’ennemi, ce n’est pas uniquement les compétences de vos soldats et leur taux de réussite, mais réellement le petit bonheur la chance qui va décider de l’issue de vos choix. Rater un coup de poignard dans le dos sous prétexte que les dés en ont décidé autrement peut devenir lassant à la longue. Surtout quand la malchance s’abat sur vous de façon répétée et arbitraire.

Un mode en ligne plus intéressant

Sur le plan technique, Mordheim tient principalement la route de par sa direction artistique respectueuse de la licence, malheureusement contrebalancée par des textures pas toujours glorieuses en comparaison de son ambiance plutôt réussie. Mais le principal souci que j’en retire vient plutôt du côté de l’interface surchargée et pas toujours très claire quand on commence seulement à jouer. La jouabilité reste quant à elle fonctionnelle, mais entâchée par le choix de nous faire jouer en vue à la troisième personne plutôt qu’une vue du dessus plus classique pour n’importe quel rts.

Cette dernière est forcément plus immersive mais perd d’un autre côté en clarté. L’environnement reste alors limité à la vue de vos soldats, avec pour seul moyen d’en avoir une vision d’ensemble de passer par une carte qui n’offre pas le même confort d’appréciation qu’une vue du dessus classique de jeu de stratégie.

Ainsi, quand on y joue pour la première fois, on galère un peu au placement de nos troupes ainsi que dans le choix de nos actions. Avec l’habitude, on finit par prendre le coup, mais la pente reste un peu raide et ne fera pas de Mordheim un jeu terriblement accessible au tout venant. Il ne le cherche peut-être pas si l’on se fie à la difficulté élevée de sa campagne en solitaire.

Pour ce qui est du jeu en ligne, il se passe sans trop de soucis, chaque joueur avançant ses pions sur la carte comme dans un jeu d’échec d’un genre un peu différent. Seule la composante aléatoire de son gameplay empêche, comme chez beaucoup d’autres jeux du même acabit, de réellement se reposer sur de la stratégie pure. Quoiqu’il en soit, hormis le facteur chance difficile à prévoir, jouer contre d’autres joueurs se révèle plus intéressant et moins frustrant que contre une IA pouvant se révéler injuste et totalement surpuissante par moment.

Mordheim est un jeu complexe et riche. Il offre une excellente base pour en faire un jeu de stratégie addictif. Il n’est pas le plus beau dans son genre, mais se maintient admirablement par une direction artistique cohérente et plutôt fidèle au style Warhammer. Il reste cependant deux petites choses vraiment énervantes, voire trois. L’interface aurait gagné à être plus claire et intuitive, même si la richesse des mécaniques du jeu y est pour quelque chose. Il est aussi très dur, l’IA pouvant se réveiller d’un coup et nous mettre la fessée. En ligne, le jeu avec un autre être humain est soudainement beaucoup plus plaisant même si on ne pourra pas s’empêcher de pester contre ce lancé de dés permanent en arrière-plan provoquant quelques situations absurdes. Pour les mordus du jeu original, s’il reste une agréable transition numérique, il n’est pas certain qu’il le soit suffisamment pour remplacer les pions et le plateau, ainsi que la convivialité qui va de pair avec une partie entre amis.

Vasquaal

Vasquaal

On dit de lui qu'il jouerait sur un clavier sans pavé numérique. De l'Apple IIe au pc survitaminé en gigahertz, il subtiliserait tel un ninja numérique le loot de ses potes dans les jeux en ligne pour mieux s'enorgueillir d'un "Muhahahaha". Certains disent même qu'il va se tatouer un jour "Aladin Snes is the best" sur la fesse gauche. D'autres disent simplement qu'il est fou.
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