How to shoot a criminal
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Pandorica est un tout jeune studio parisien, créé spécialement pour le développement de How to shoot a criminal. Une ambiance de film noir, une enquête et du Full Motion Video, bienvenue dans ce Her Story à la française…


Ambiance années 30

How to shoot a criminal place le joueur dans la peau de Scarlett, membre de la rédaction d’un célèbre journal new yorkais des années 30 : le Revenge. Son succès s’est fondé sur un principe de vérité absolue due aux lecteurs, mais l’ambition dévorante de Aaron, le rédacteur en chef, a peu à peu détourné le journal de son dessein initial. Aaron en est venu à prendre des positions morales indéfendables, et il est à présent nécessaire de l’arrêter. L’objectif de Scarlett, et de l’équipe rédactionnelle au complet, est donc de fouiller dans les notes et archives afin de trouver de quoi faire tomber Aaron, devenu à leurs yeux un criminel. Il s’agit alors de parcourir les nombreux documents (essentiellement des vidéos tournées avec de vrais acteurs – Full Motion Video oblige -, mais aussi quelques enregistrements audio et notes écrites), afin de trouver de quoi discréditer l’ambitieux rédacteur en chef et son journal…



Un clone…

C’est bien sûr la première chose qui frappe le joueur, s’il a déjà joué à ce petit bijou qu’est Her Story : How to shoot a criminal en reprend le gamedesign et gameplay, sans en changer grand-chose. On peut d’ailleurs en être un peu déçu, tant l’on a l’impression de jouer à un simple clone. On retrouve ainsi le choix d’utiliser le Full Motion Video et le principe de recherche par le biais de mots-clés, quatre documents au maximum pouvant être affichés à la fois, ce qui oblige parfois à affiné sa recherche. Il s’agit ensuite de reconstituer le puzzle du scénario en recollant petit à petit les informations que l’on glane selon un schéma non linéaire, puisqu’il dépend des mots-clés que l’on renseigne. Cette absolue similitude avec Her Story laisse d’abord un sentiment de frustration : on aurait aimé que How to shoot a criminal se distingue par une idée forte qui, s’ajoutant au gamedesign de Her Story, permette de s’en émanciper un peu.



… et pourquoi pas ?

Mais… ok, soyons d’abord un peu honnête : Her Story ne possède pas (encore) une armée de clones, même si l’on ressent déjà son influence chez un certain nombre de jeux sortis ces derniers temps. Dans le paysage videoludique, un clone du jeu de Sam Barlow reste une originalité bienvenue. La construction narrative, éclatée et laissée entre les mains du joueur, produit son effet et est remarquablement adaptée au jeu d’enquête. Et puis il n’est pas tout à fait juste de dire que How to shoot a criminal n’apporte aucune idée par rapport à son aîné. La plus importante est d’ailleurs d’ordre narratif : le jeu de Pandorica inscrit le joueur au cœur du scénario, et découpe sa progression en chapitres ; toutes les sources ne sont pas immédiatement accessibles, et certaines ne peuvent être trouvées qu’une fois parvenu au bon chapitre (ceci étant scénaristiquement justifié par l’apport de nouvelles archives). Une façon de ramener un minimum d’ordre dans la narration, pour mieux la contrôler sans pour autant la contraindre ; le résultat fonctionne très bien, et on se prend rapidement au jeu, cherchant ce qui peut bien se cacher derrière les affaires couvertes par le journal, ou si des relations entre personnages ne masqueraient pas quelque chose. L’enquête est passionnante, à la fois grâce à son sujet (l’intégrité de la presse, pas vraiment le genre de thème qu’on croise fréquemment dans le jeu vidéo), son ambiance travaillée (le noir et blanc ambiance film noir, même si l’épure globale est un peu cheap) et ses acteurs qui se révèlent attachants. Il faut toutefois souligner que malgré les balises posées par les chapitres, on ne comprend pas toujours quelle piste il faut suivre, quels mots-clés vont nous permettre de débloquer la situation – alors même qu’on a saisi le gros de l’histoire. On tâtonne donc un peu plus que nécessaire, ce qui est un peu dommage, d’autant que Scarlett tente régulièrement de nous rappeler en voix off qu’il nous faut croiser nos sources… sans que l’on comprenne bien ce qui nous échappe.


How to shoot a criminal s’appuie sur le brillant Her Story pour proposer une enquête sur un thème plus engagé, dans une ambiance soignée et globalement réussie malgré une interface simpliste. Le principe de narration éclatée fonctionne à merveille, et l’on prend plaisir à découvrir petit à petit les différents secrets du Revenge. A conseiller à ceux qui ont adoré Her Story, ceux qui aiment les enquêtes et ceux qui apprécient les expériences narratives originales.

Mwarf

Mwarf

Mwarf est chef de projet (dans l'informatique) et travaille à Paris. Il s'intéresse beaucoup au cinéma et au jeu vidéo, adore Kubrick, Quentin Dupieux, le duo Iguchi/Nishimura (il est éclectique), et toute sorte de jeux indés innovants. ll aime aussi le metal (et l'indus en particulier), et peut écouter Nine Inch Nails, KMFDM ou encore Tool toute la journée. Ho, et il aime particulièrement écrire pour partager ses découvertes.
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