Stories Untold
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Stories Untold est un jeu d’aventure qui à première vue irait nous plonger dans l’angoisse de l’horreur sous hautes influences des années 80. Il est par conséquent un jeu très narratif et souvent énigmatique, tout en étant ultra-référencé par une époque fascinant toujours les nostalgiques que nous sommes. Le studio No Code, avec l’aide de son développeur Devolver Digital, nous livre ainsi une expérience peu commune en la matière, qui essaye avec un certain talent à renouveler certains codes du genre.

Le texte ayant en ce qui le concerne une importance de première ordre, il faut savoir qu’une solide connaissance de l’anglais sera requise, la langue de Molière étant aux abonnés absents. Bien qu’ayant fait mon maximum pour éviter d’en révéler le moins possible sur son scénario, je vous conseillerai d’écarter la lecture de ma troisième partie, y abordant entre autres certains points importants dans le fonctionnement de celui-ci, et notamment la manière dont No Code semble avoir construit son jeu pour nous amener à sa conclusion.



The show must go on

Il y avait quelque chose de l’ordre du familier dans le premier visionnage que j’ai pu faire de la simple bande-annonce de Stories Untold. Ces rythmes lents de synthétiseurs numériques et la police de son titre toute droit sortie d’un film d’horreur des années 80, en rouge sur ombre noire, avait ce quelque chose se rappelant au bon souvenir du trentenaire que je suis. Comme le tout récent Stranger Things, la sortie d’un jeu aussi référencé par une époque désormais lointaine n’apparaît pourtant pas anormale. La jeunesse de cette époque a grandi et a emmené dans ses cartons tout ce qu’elle aura pu assimiler durant son enfance. Des œuvres artistiques ou de divertissement étaient appelées à apparaître pour satisfaire ce besoin de nostalgie tout autant que celui de raconter de nouvelles histoires. Ici comme ailleurs, Stories Untold n’est pas vraiment une critique de son époque, une période en proie à la peur d’un possible conflit nucléaire entre les deux puissances militaires de l’époque, de naissantes maladies encore mal comprises et destructrices, tandis que les jeunes esprits avaient le regard pointé vers un horizon formé de fantastique, de science-fiction et d’aventure soulignés par une culture populaire faite de films, de télévision, de bandes-dessinées, de livres voire même de jeux vidéo, bien que ce dernier média était encore balbutiant.

Stories Untold fait un clin d’œil à tout cela, mais en retour se sert de ses influences pour nous conter quelque chose qui à terme, de manière ingénieuse servira à nous manipuler pour mieux nous rendre impuissant. Mais nous y reviendrons. Dans l’immédiat, c’est de ses quatre chapitres dont il faudra parler. Chacun d’entre eux est élaboré comme l’épisode d’une série télévisée ou d’un film à sketches imprégnés d’une patte différente pour une approche esthétique similaire, à la manière d’une Quatrième Dimension (The Twilight Zone) de Miller, Dante, Landis et Spielberg, ou encore Les Histoires Fantastiques (Amazing Stories) de ce dernier. Tout cela ayant un côté volontairement un peu bas de gamme avec ses sujets de niche lorgnant du côté du film de genre comme l’horreur et la science-fiction, qui n’ont réellement gagné leurs lettres de noblesse que très récemment, fallait-il le souligner. Et encore. Stories Untold c’est un peu tout cela à la fois, une sorte de best of de l’audiovisuel de cette époque, mais également du jeu vidéo. Il suffira du premier épisode pour s’en convaincre. The House Abandon met très vite le ton. Nous nous y retrouvons face à un mur à la tapisserie au goût discutable. Une lampe de bureau, un téléphone mural, un écran cathodique et un ordinateur-clavier et lecteur de cassette intégré singeant sans aucun doute l’Amstrad CPC, viendront compléter ce tableau.



Comme dans un miroir

Un peu comme dans un Five Nights at Freddy’s, nous y sommes face de manière statique. Ici on ne se déplacera pas. L’action se résumera à cet écran fixe en vue à la première personne. C’est alors que démarre l’histoire sous la forme d’un jeu d’aventure textuel s’affichant sur la télévision reliée à l’ordinateur. Après l’écran titré The House Abandon, un texte apparaît y décrivant un homme dans une voiture à l’arrêt. En dehors, lui faisant face, une maison. Rien de bien suspect en apparence. Sous le cliquetis des touches du clavier, la mise en abîme du joueur, dans un principe complètement méta, peut commencer. Il suffit alors de taper une série de commandes pour indiquer à ce jeu dans le jeu les actions à entreprendre, de façon à ce que l’histoire dans l’histoire puisse progresser. SEARCH GLOVEBOX fera chercher notre personnage dans la boîte à gant de sa voiture pour y trouver une clé. EXIT CAR le fera sortir de son véhicule. L’idée est là. Point d’explications supplémentaires seront nécessaires pour en comprendre la suite. C’est alors que l’intrigue peut poursuivre son cours. Et là, l’étrange et l’angoisse prennent alors peu à peu le pas quand nos actions dans ce jeu textuel opèrent une réaction dans l’environnement dans lequel on y joue. J’aimerai ne pas vous en dire plus, pour éviter tout gâchis possible de ses effets de surprise. Mais sachez que tout y est lié et que rien n’y est anodin.

Ainsi, The House Abandon basculera à terme dans une réalité alternative plus sombre et agressive pour se terminer sur une fin sans réelle explication. Une fin abrupte à la fois frustrante car ne répondant à aucune des questions que nous aurions pu avoir, d’autant plus que cet épisode, comme les autres d’ailleurs, n’aura duré qu’une petite heure. Mais elle est également d’un autre côté satisfaisante en nous laissant le soin de réfléchir à ce que l’on vient de vivre, et ainsi de construire nos propres réponses. Pourtant, le quatrième et dernier épisode n’en sera pas de même.

En attendant, le second The Lab Conduct vous fera le cobaye d’une expérience menée sur un organisme dit extra-terrestre. L’ambiance y est une fois de plus oppressante tandis que toujours à la première personne, face à un lieu fixe permettant peu ou pas de mouvement, nous serons amené à exécuter des ordres dictés par un autre individu que l’on ne pourra qu’entendre au travers d’une enceinte. Le troisième The Station Process, prenant place dans une station de communication bloquée dans la neige du grand nord, fonctionnera sur le même modèle récurent, avec un peu plus de puzzles sophistiqués cette fois-ci cependant. Stories Untold est construit comme beaucoup d’autres jeux avant lui et plus spécialement les jeux d’aventures. Le contrôle et la linéarité sont des choses communes à ce type d’expérience vidéo-ludique, et il n’en réchappe pas. Sauf qu’il arrive tant bien que mal à faire en sorte que nos attentes se voient trahies pour mieux nous choquer en retour.



Le dernier mensonge

Sa dernière session au nom bien choisi (The Last Session), se chargera de lever le voile sur le mystère entourant les fins abruptes des précédents épisodes qui étaient en vérité les chapitres d’une histoire complète et entière faisant sens. Déjà avant, quelques indices pouvaient laisser deviner qu’il y avait du lien entre eux. Ce dernier moment est là pour tout connecter et nous offrir un whodunnit. De ce dénouement tragique, on en ressortira impuissant. Chaque passage du jeu sera revisité comme pour nous faire comprendre de quoi il en retourne et qu’en définitive, tout était là depuis le début. Nous avons été joué, avec un brio certain. Ce final est peut-être un peu trop clair dans ses intentions, mais il se révèle en définitif essentiel pour la façon dont la narration a été approchée par No Code. Ses nombreux passages de mystère étaient en vérité les pièces d’un plus grand puzzle, où le joueur dans un ultime revirement va être obligé d’avouer à contrecœur une vérité atroce qui n’est pourtant pas la sienne. Le jeu révèle alors toute son intelligence en faisant de nous sa marionnette. La souffrance d’une horrible réalité est devenue la nôtre. Parce-que ce jeu, nous l’avons vécu au travers du principe de projection, c’est-à-dire qu’on s’identifie immédiatement à ce personnage invisible à l’écran que l’on incarne et dont les actions vont s’exprimer au travers des nôtres.

La vue à la première personne aidant, ainsi que l’absence d’informations sur cet individu que nous étions censé incarner, ne pouvait nous laisser penser qu’en réalité il n’était pas qu’une simple page blanche, mais un être ayant un passé et un présent. Par ce choix délibéré de mise en abîme et de jeu dans le jeu, ses développeurs tendent un piège au joueur, en l’incitant à progresser avant de le mettre devant le fait accompli pour lui faire subir une dernière émotion de dégoût, ou comment la véritable horreur est celle faite de la lâcheté des hommes face à leurs propres imperfections. Stories Untold n’est sans doute pas parfait. Il y aurait à redire sur sa manière presque précipitée dans la façon dont certains de ses derniers passages ont été gérés, notamment au niveau des contrôles. Mais de par sa narration inventive et son économie des effets, surtout quand il s’agit dans l’utilisation du son, il parvient à procurer une expérience courte, mais par endroit mémorable.


Stories Untold démarre comme un jeu d’horreur plus psychologique que démonstratif et versant dans le gore. Au final, par un retournement de situation et une manipulation du joueur fine et inventive, il arrive, malgré le choix délibéré de nous laisser face à un environnement quasiment tout le temps fixe, à passionner durant les quelques heures assez courtes qu’il durera. Au final, il arrive à nous rendre impuissant et à nous faire vivre des émotions assez rares dans le jeu vidéo en sachant avec talent nous ôter tout contrôle. Mais pour réellement s’en faire une idée, il faudra que vous lui laissiez sa chance.

Vasquaal

Vasquaal

On dit de lui qu'il jouerait sur un clavier sans pavé numérique. De l'Apple IIe au pc survitaminé en gigahertz, il subtiliserait tel un ninja numérique le loot de ses potes dans les jeux en ligne pour mieux s'enorgueillir d'un "Muhahahaha". Certains disent même qu'il va se tatouer un jour "Aladin Snes is the best" sur la fesse gauche. D'autres disent simplement qu'il est fou.
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