Dungeon Twister

Edité pour la première fois en 2004, Dungeon Twister est un jeu d’opposition tactique où deux joueurs s’affrontent dans un labyrinthe aux propriétés particulières. Au menu : une ambiance médiévale-fantastique, des mécaniques variées et originales, et beaucoup de réflexion.


Nombre de joueurs : 2
Durée d’une partie : 45 minutes

Dans les jeux de stratégie, le hasard se révèle souvent être un élément frustrant : un plan bien préparé peut tomber à l’eau à cause d’un jet de dés, d’un tirage de carte, de l’action improbable d’un joueur tiers… Bien évidemment, la gestion de ce hasard fait partie intégrante du jeu, et donc de la stratégie elle-même : il s’agit pour le jeu de ménager des rebondissements, et pour le joueur de s’adapter afin de les anticiper. Mais alors la stratégie dont il est question peut être qualifiée de probabiliste : il faut trouver celle qui est gagnante la plupart du temps… tout en sachant qu’elle ne peut pas l’être toujours.


Hasard minimum

Dungeon Twister entend diminuer l’influence du hasard au maximum, afin de laisser la part belle à la réflexion et la stratégie pures. Si l’on ne se trouve pas pour autant face à un jeu abstrait (je vous renvoie à la vidéo du Pionfesseur sur le sujet), force est de constater que le jeu de Christophe Boelinger s’en approche un peu (les phases de combat sont toutefois jouées en simultané, mais nous y reviendrons).

Le plateau de jeu est constitué de 8 tuiles disposées en un rectangle 2*4. Chaque joueur démarre à un bout du plateau, et a pour objectif de marquer des points en éliminant les personnages adverses ou en amenant les siens dans la zone de départ de l’autre joueur. Pour y parvenir, tout est question de réflexion : il n’y a ici ni dés, ni événements aléatoires, ni pioche de cartes (des cartes sont tout de même utilisées, mais elles sont toutes disponibles en début de partie). Le jeu consiste avant tout à déplacer ses personnages tout en anticipant les déplacements adverses, comme dans une partie d’échecs. Le jeu étant symétrique (chaque joueur dispose des mêmes personnages, se déplaçant selon les mêmes modalités et possédant les mêmes caractéristiques), c’est donc à qui maîtrisera le mieux les subtilités du jeu et les possibilités d’embuscade ou de fuite.

Au départ, Dungeon Twister introduit tout de même de l’information incomplète : chaque tuile du plateau est placée face non visible, et les joueurs choisissent secrètement comment répartir dessus 4 de leurs personnages (sur un total de 8, les 4 autres démarrant le jeu en bout de plateau) ainsi que les objets qu’ils pourront équiper. Cela permet de générer une tension liée à la découverte de ces tuiles et des éléments adverses s’y trouvant. Le plateau est ainsi révélé petit à petit, et l’information devient complète lorsque la dernière tuile est retournée face visible : à ce moment il n’y a plus d’incertitude. Le jeu n’en devient pas pour autant abstrait, car les combats entre personnages font intervenir des actions simultanées de la part des joueurs : ces derniers disposent de 9 cartes de combat, et doivent en choisir une simultanément lorsqu’un affrontement a lieu. La carte est ensuite défaussée, ce qui permet de toujours connaître les options possibles restant pour l’adversaire. Là encore, c’est la stratégie qui prime, sans hasard, même si la simultanéité du choix de carte amène une part d’incertitude.



Un jeu aux multiples facettes

Concrètement, Dungeon Twister emprunte aux échecs : le joueur doit éliminer les personnages/pions adverses et tenter d’arriver à l’autre bout du plateau en faisant particulièrement attention à ses déplacements. Chaque personnage possède ses propres caractéristiques : un nombre de case de déplacement, une valeur de combat, et une aptitude spéciale. Le jeu s’ancre dans un thème médiéval fantastique, aussi les personnages joués sont-ils des archétypes du genre : le Clerc peut soigner un blessé, le Magicien peut jeter des sorts et léviter au-dessus des fosses, le Guerrier peut défoncer une herse… Chaque personnage a sa propre utilité, son propre rôle à jouer dans la stratégie déployée par le joueur. Sachant que l’on peut de plus équiper un personnage d’un objet (par exemple une armure conférant un point de défense, ou une potion de vitesse permettant d’effectuer plus de mouvements), la variété des coups possibles est réellement étendue, et le tout donne à Dungeon Twister un côté jeu de figurines. De plus, le joueur doit parfois choisir s’il est prudent de faire sortir un personnage du donjon (ce qui octroie un point de victoire, mais en contrepartie le personnage quitte le jeu), ou s’il vaut mieux le garder pour soutenir les autres.

Oh, et comme si tout cela n’était pas assez, il est temps d’en venir au fameux « Twister » du titre. Placé sur la case idoine, un personnage peut faire pivoter l’une des 8 tuiles du plateau de jeu, modifiant purement et simplement la configuration du donjon. S’il n’est déjà pas évident d’anticiper les coups adverses avec un plateau fixe, cette particularité complexifie encore plus le champ des possibles, et exacerbe d’autant la stratégie et la réflexion. Avec tant de combinaisons, Les parties ne se ressemblent pas, et la rejouabilité n’en est qu’accrue.


Une gamme plutôt vaste

Dans sa version de base, Dungeon Twister oppose donc 2 joueurs, qui contrôlent chacun 8 personnages et leurs 6 équipements. Pour autant, pas moins de 8 extensions ont vu le jour depuis 2004, ajoutant de nouveaux éléments pour varier les plaisirs (plus de personnages, plus d’objets, de nouvelles tuiles de donjon avec de nouvelles cases aux effets particuliers…). L’une de ces extensions permet même de jouer à 3 ou 4 joueurs, ce qui amène un peu plus de convivialité mais apporte nécessairement plus de chaos à l’aspect stratégique. A l’inverse, la seconde édition du jeu, intitulée Dungeon Twister Prison (sortie en 2009), propose également un mode solo, les personnages adverses étant gérés par un algorithme de priorités.

Si toutes ces versions ne semblent plus éditées aujourd’hui (mais on les trouve facilement d’occasion), il est toujours possible de se rabattre sur la version Jeu de Cartes sortie en 2013. Cette mouture reprend globalement les mêmes règles, mais tout se joue avec des cartes… ce qui s’avère en réalité très peu pratique : la lisibilité des situations n’est pas évidente, et on peine à savoir en un coup d’œil où se trouvent les personnages, ce qui détériore vraiment l’expérience de jeu. A ne recommander qu’en plan B.


Dungeon Twister est vraiment un excellent jeu de stratégie, idéal pour des affrontements mettant en valeur la réflexion, dans un cadre plutôt fun grâce au thème médiéval fantastique presque parodique. La particularité du jeu tient à son absence de hasard, même s’il se ménage tout de même quelques plages d’incertitude (information incomplète sur la disposition initiale et action simultanée des joueurs lors des combats). En attendant une réédition en bonne et due forme, je ne saurais trop vous conseiller de vous procurer une version d’occasion.

Mwarf

Mwarf

Mwarf est chef de projet (dans l'informatique) et travaille à Paris. Il s'intéresse beaucoup au cinéma et au jeu vidéo, adore Kubrick, Quentin Dupieux, le duo Iguchi/Nishimura (il est éclectique), et toute sorte de jeux indés innovants. ll aime aussi le metal (et l'indus en particulier), et peut écouter Nine Inch Nails, KMFDM ou encore Tool toute la journée. Ho, et il aime particulièrement écrire pour partager ses découvertes.
Mwarf

Les derniers articles par Mwarf (tout voir)

Laisser un commentaire