Horizon Zero Dawn
PlayStation 4

Horizon Zero Dawn s’était peu à peu imposée ces derniers mois comme l’exclusivité incontournable de la PS4. Elle a depuis fait ses armes sur la machine de Sony et visiblement même fait ses preuves si on en croit les critiques généralement positives à son encontre et ses bonnes ventes. Si indéniablement, je peux d’ores et déjà vous confirmer qu’il s’agit d’une valeur sûre, il lui reste néanmoins encore du chemin à parcourir, si à terme Horizon veut s’imposer comme une franchise à suivre.



Alliage d’histoires

Parce-qu’il y a toujours une histoire à raconter, Horizon: Zero Dawn se chargera de nous mettre assez vite dans le bain. Celle qui deviendra notre héroïne pour plusieurs dizaines d’heures va se voir dès sa naissance rejetée par ce qui aurait du devenir sa tribu. Les Nora nous sont alors présentés sous le jour d’une société matriarcale, puisque dirigée par trois anciennes matriarches visiblement plus que partagées sur son destin, certaine voulant lui donner un nom et une existence, d’autres la bannir pour des raisons qui nous sont encore inconnues. Il faut savoir que les Nora vivent selon des règles particulièrement strictes, et que les bannis n’y sont pas une exception. Par ailleurs, celui qui sera chargée de l’éducation de cette nouvelle-née est Rost, un autre banni mais à vie. Il la baptisera Alloy, de l’anglais pour alliage. Un nom qui lui ira comme un gant, car quelque part dans sa quête, comme un alliage de métaux permet d’en créer un nouveau plus résistant, Alloy jouera un rôle essentiel dans l’unification des nombreuses tribus qui peuplent les terres de ce monde ouvert qu’on nous invite à parcourir.

Car c’est aussi leur histoire que cet horizon va nous conter. Pour être tout à fait exact, non sans quelques ratés, il réussira à entremêler trois lignes narratives qui vont tour à tour se croiser. Il y a tout d’abord notre héroïne dont le but premier sera de partir à la recherche de son identité en tentant de découvrir ses origines. Pour que cela puisse se faire, elle devra tout d’abord se confronter à sa tribu et les défis qui l’y attendront avant qu’elle ne puisse commencer à être acceptée. Alloy cherche à savoir d’où elle vient, et cela ne lui serait alors possible qu’en sachant qui peut bien être sa mère. Elle ne semble cependant pas trop se poser la question de savoir qui serait son père, mais Rost ayant tenu un rôle de figure paternelle à ses yeux, peut-être que son vide affectif de ce côté-là ne se fait pas trop ressentir. Maintenant que nous comprenons ses motivations, c’est une suite d’événements qui vont la pousser et justifier son départ pour des terres plus sauvages et jusque-là interdites aux siens. De par son nouveau statut octroyé par les matriarches, elle sera autorisée à aller là où les autres ne peuvent, que ce soit sur les terres des autres tribus que les ruines de ceux qu’ils appellent les anciens, c’est à dire nous pauvres humains avant l’apocalypse supposée.

Dans ce monde, on imagine assez vite que l’humanité a une fois de plus trouvé le moyen de courir à sa perte. Sinon comment expliquer son retour à l’état d’une civilisation pré-industrielle faite de tribus primitives, parfois nomades, parfois sédentaires, au milieu desquelles se trouvent des troupeaux de machines robotiques singeant une faune moins pacifique qu’elle ne l’était pourtant encore quelques années auparavant. Il n’est alors pas très difficile de se dire qu’Alloy y découvrira des secrets allant bien au-delà de son désir personnel de connaître ses propres origines. Il ne faudra pas non plus être un génie pour saisir assez vite que son histoire ira s’entrechoquer par moments avec celle de ces autres tribus et le mystère se cachant derrière ces machines animales. Ainsi vont s’établir trois lignes narratives regardant dans trois directions temporelles, que ce soit vers le passé, le présent et le futur possible d’Alloy et de ceux qui l’entourent.



Uncanny horizon

Horizon s’essaye alors tant bien que mal de construire un monde en lui donnant du sens, du contexte et un passé suffisamment élaboré pour qu’il repose sur des bases solides. Le contrat semble bien rempli la majeure partie du temps, même si en terme de construction d’univers, nous ne sommes pas vraiment encore au niveau d’un The Witcher 3 par exemple. La faute pourrait revenir, en partie tout du moins, à des expressions faciales encore un peu trop figées pour insuffler la vie nécessaire aux protagonistes de son histoire. Le côté poupée de cire empêche quelque part de réellement se sentir connecté aux souffrances et aux joies de ces individus se trouvant de l’autre côté de l’écran. Il lui manque aussi l’épaisseur d’un scénario qui aurait pu oser en dire plus. Après tout, il parle entre autres de génocides, de guerres et de multiples rivalités entre tribus qui sont malheureusement traités un peu trop à la légère pour que l’on puisse se sentir impliqué émotionnellement, à l’image de notre Alloy, semblant parfois restée froide aux atermoiements d’autrui. Le doublage est pourtant agréablement servi même s’il manque encore un peu de passion dès qu’on s’éloigne de l’intrigue principale. Il en ressort une inégalité dans le traitement de ses sous-intrigues qui vont du bon au moins bon, rendant parfois trop difficile toute forme d’empathie pour ce qui pourrait nous être dit.

Et c’est sans doute là que va se trouver son plus gros défaut. Horizon reste encore beaucoup trop en surface, alors que paradoxalement, en s’appuyant sur de multiples références culturelles et historiques réelles, il nous présente des tribus affichant des attributs vestimentaires, spirituels et culturels cohérents, riches d’apparence et ne demandant qu’à être exploités plus en profondeur. Il n’y arrive pourtant pas complètement. Dès qu’il s’agira par exemple de se frotter aux Banuks et à leur philosophie très particulière vis à vis des machines, malheureusement jamais plus on y retournera après un court et premier contact. Quand au passé, une bonne partie de notre apprentissage de celui-ci devra passer par des textes et des fichiers audio à consulter, alors qu’objectivement, potasser n’est pas vraiment ce qu’on a envie de faire dans un jeu vidéo. Il y a donc là, visuellement tout du moins, l’expression à défaut d’une culture empruntant aux Natifs Américains, aux Vikings, peut-être aux Aztèques ou aux Incas, et sans aucun doute à beaucoup d’autres encore. Tout en ayant assimilé à leur style une influence venue tout droit des machines, qui ont visiblement imprégnés ce monde à plusieurs niveaux, qu’ils fussent matériels ou spirituels.

Pourtant, Horizon : Zero Dawn est un monde original sorti de l’imaginaire de Guerilla. Il lui manque juste un peu plus d’audace. Il est vrai que le studio vient de passer d’une série de jeu de tir à la première personne et linéaire, à un monde ouvert. Le travail n’a pas du être le même. Ce qu’il est néanmoins important de souligner, c’est qu’il offre malgré tout une bonne base. Il y a là de quoi exploiter plus longuement dans une suite qui à n’en pas douter, devrait assez vite arriver. Sa fin semble en tout cas le présumer. Il faut dire que ses apparats furent séduisants. Le jeu est beau, il faut le reconnaître, surtout en ayant l’œil tourné vers le détail exquis de ses vêtures ou bijoux. Et quand bien même ils manqueraient d’expressivité, ses protagonistes principaux affichent de belles gueules. Meridian, la cité principale nous montre aussi de jolies architectures, autant que certaines ruines de l’ancien temps avec leurs formes géométriquement modernes. Si Horizon reste une réussite autant esthétique que technique, il lui manque pourtant à terme une présence réellement physique. L’eau comme la neige réagissent peu ou pas du tout à nos mouvements, tandis que malgré sa souplesse de déplacement, Alloy se retrouve bien souvent pataude face à des rochers ou autres qu’elle ne peut escalader même si elle devrait le pouvoir. Son monde est encore un peu trop figé comme une beauté sous botox. C’est magnifique, mais je n’aurai pas été contre quelques dorures en moins si cela voulait dire qu’on me rendrait un peu plus mes coups. Son moteur physique reste limité, et c’est bien dommage. Mais c’est beau, et j’ai déjà passé trop de temps sur son mode photo très addictif. Donc la faute sera à moitié pardonnée.



Chasse, pêche, robotique appliquée

Heureusement, Horizon n’est pas qu’exploration culturelle, narration et admiration de landes aussi magnifiques que sauvages. Derrière se trouve des mécaniques de jeu d’action. L’aventure d’un côté, et l’action de l’autre, s’entrecroisant pour faire ce mélange bien connu de balades champêtres en monde ouvert tout en se battant à tour de bras avec l’ennemi. Je passerai assez vite sur les tâches ménagères habituelles propre au genre. Un monde ouvert, c’est quelque chose de grand, et au lieu d’utiliser cet espace comme un protagoniste à part de l’histoire, faisant partie intégrante de l’expérience parfois simplement en l’explorant et en y faisant quelques rencontres marquantes, il a visiblement été pensé nécessaire de le remplir de choses inutiles. Dans le fond, c’est un peu moins le cas ici que dans beaucoup d’autres jeux qui parfois ne font même pas l’effort de rendre ce genre de courses à la collectionnite aiguë intéressant. Honnêtement, sur l’échelle de la fatigue du monde ouvert, Zero Dawn n’est pas un zéro pointé et évite cet écueil la majeure partie du temps. Cela ne l’empêchera pourtant pas de souffrir des mêmes travers qui passeront comme une lettre à la poste les trente à quarante premières heures, avant de lasser les trente à quarante suivantes. Le perfectionniste que je suis à tendance à souffrir d’un tel ramassage d’objets plus ou moins inutiles qui n’apportent en général pas grand-chose à l’histoire ou à notre personnage. Ce n’est pas non plus comme si ces travaux d’intérêt général devaient se solder en laissant notre marque dans cet univers de façon significative. Il s’agit simplement d’une liste de courses à faire, qui parfois vous apporteront un bonus significatif comme de nouvelles armes.

Hélas, si les premiers pas sont impressionnants par l’exigence que l’on attend de nous en terme de difficulté, pour un jeu grand public s’entend, à la fin, c’est les bras et les besaces chargés de cadeaux dangereux avec lesquels on se baladera. Cela ne voudra pourtant pas dire qu’on sera une machine à tuer. Le cœur de son système de combat repose sur une idée toute bête. Alloy est une chasseuse et en tant que telle, ses outils pour ne pas dire ses armes et ses pièges, influenceront la manière dont nous combattrons. Bien évidemment, il est toujours possible d’y aller comme un sauvageon en balançant toute la sauce sans aucune finesse. Sauf que dans les difficultés les plus élevées, Horizon vous rappellera assez vite à sa réalité d’un jeu plus exigeant qu’il n’en a l’air demandant des tirs étonnamment précis alors qu’il se joue à la manette (même s’il vous offre quelques aides comme des effets de ralentissements du temps – merci Matrix), et surtout de réfléchir plus que dans la moyenne des jeux d’action à la troisième personne. Même si j’aurai aimé parfois que le terrain offre des configurations plus variées que la simple présence d’herbes hautes où se cacher, le combat dans Horizon repose sur une bonne appréciation des environs, de la menace ou de nos proies, et de notre préparation.

Ainsi, certaines potions aideront dans notre résistance à certains dégâts d’éléments sous quatre formes, que sont le froid, le feu, l’électricité et la corruption. Ce dernier état perturbe les machines touchées les rendant hostiles aux autres qui ne l’ont pas été. Les machines corrompues sont également fortement sensibles aux attaques à base de feu. Je pense qu’à partir de là, le fonctionnement stratégique du jeu devient un peu plus compréhensible. Effet égale cause. Même s’il dispose encore d’un boulevard pour s’améliorer dans une éventuelle suite, le système de combat de Horizon est l’une des premières satisfactions à en tirer. Il repose sur une bonne appréciation de la situation et un minimum de réflexion. D’autant plus que le bestiaire ira en se complexifiant, de par ses points faibles plus difficiles à atteindre, ou tout simplement la taille des bêtes et leur agressivité, allant des Stalkers pouvant devenir invisibles, aux Stormbird, oiseaux géants et électrisants, en passant par une espèce de T-Rex mécanique aussi effrayant qu’impressionnant. Chaque nouvelle bête implique un nouvel apprentissage à faire pour l’abattre. Le seul bémol reste à mon sens les soucis rencontrés avec la gestion de la caméra. Il n’y a pas seulement le champ de vision assez réduit de base qui gêne, mais également une caméra parfois manquant de souplesse autant que de largeur. On se retrouve alors souvent à perdre de vue l’adversaire, surtout quand celui est large, ou sachant voler, comme le Stormbird ou les Glinthawks. La visée précise à l’arc ou avec nos frondes peut alors devenir d’une pénibilité incroyable pour un simple desiderata technique. Il s’agit peut-être là de ma seule doléance dans un jeu qui aura pourtant su me ménager quelques affrontements parfois dignes d’anthologies. Les machines animales sont belles et parfois effrayantes. Selon l’arme utilisée, il est possible de les affliger de glace, de feu ou d’électricité. On peu avec les bonnes flèches percer leur sac contenant un produit inflammable, ou encore leur arracher des morceaux de leur cuirasse.

Les combats demandent de la précision et offrent une excitation inédite. Sur la longueur, la nouveauté sera peut-être passée de fraîcheur, et puis certaines capacités à débloquer autant que certaines armes ou armures paraîtront superficielles, voire inutiles peut-être. Pourtant ce fut amusant de chasser ces animaux mécaniques. Ils sont sans aucun doute les véritables hors d’oeuvre de cet Horizon Zero Dawn, et volent en fin de compte assez facilement la vedette à sa star. Une suite – on l’espère – viendra se charger d’en corriger le modeste cahier de doléances pour amener à maturité une saga que l’on souhaite malgré tout prospère.


Horizon : Zero Dawn est une agréable surprise. Il est beau et doté d’un univers qui en surface sait être intéressant. Excepté que une fois rentré dedans en profondeur, on se rend compte qu’il est encore timide alors qu’on lui demande de se lâcher, pour nous en dire un peu plus sur ses cultures qui pourraient s’avérer fascinantes. Seule le grand mystère entourant la déchéance des anciens humains et la présence de ces machines animales y bénéficiera d’un traitement approprié. On sent dès lors qu’il y a encore pas mal de choses à dire auxquelles seule une très probable suite saura répondre. En attendant, la balade fut parfois passionnante, parfois redondante, mais la chasse bonne et généreuse, et les créatures de métal rencontrées fascinantes à souhait.

Vasquaal

Vasquaal

On dit de lui qu'il jouerait sur un clavier sans pavé numérique. De l'Apple IIe au pc survitaminé en gigahertz, il subtiliserait tel un ninja numérique le loot de ses potes dans les jeux en ligne pour mieux s'enorgueillir d'un "Muhahahaha". Certains disent même qu'il va se tatouer un jour "Aladin Snes is the best" sur la fesse gauche. D'autres disent simplement qu'il est fou.
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