Papo & Yo

Parler de sujets violents dans le jeu vidéo, ce n’est pas nouveau, mais pas non plus à la portée de tous. Ici, le développeur de Papo & Yo se sert de ce médium pour exorciser un passé dur et torturé. Les joueurs seront-ils réceptifs à cette thérapie vidéoludique ?

Quico l’enfant
C’est l’histoire d’un jeune homme, Quico, qui fuit sa réalité pour un monde enchanté au beau milieu de favelas désordonnées et où il se passe mille et une merveilles. Pourquoi fuit-il et quoi ou qui est à l’origine de cette course vers l’imaginaire ? Les nombreux trailers du jeu ont déjà annoncé la couleur, ce qui est bien dommage d’ailleurs, mais une chose est sure : derrière ces graphismes enjoués et colorés se cache un univers sombre, celui d’un enfant dévasté par son quotidien. Le joueur contrôle Quico qui fait alors connaissance de ce nouveau monde…
On progresse très simplement à la troisième personne, dans un monde très linéaire où se suivent plusieurs puzzles. Il va falloir jouer avec la réalité si l’on veut s’échapper : Quico n’ayant qu’un simple saut pour s’aider dans les nombreuses situations d’escalade qui lui sont proposées, il vaudra mieux réfléchir avant d’agir. Ici, nous ne sommes aucunement le prince de Perse et au-delà de sauts de toit en toit, impossible de s’agripper et d’enchainer les cabrioles. Tout est très terre-à-terre dans cet imaginaire débordant de folie. C’est pourquoi on s’aide des nombreux interrupteurs dessinés à la craie et tous utiles dans la progression. L’un fait se séparer de petites maisons, d’autres leur font apparaitre des ailes pour leur permettre de s’envoler vers un autre endroit, tout cela dans le but de “construire” son propre chemin vers la suite de l’aventure.
Plusieurs étapes sont alors nécessaires une fois arrivés dans une nouvelle zone : on étudie l’endroit, on active tous les interrupteurs pour savoir a quoi ils servent puis enfin, on résout l’énigme. Bien que classique dans sa construction (et très répétitif), le jeu propose toutefois son lot de puzzles originaux et visuellement très sympathiques : on peut certaines fois “plier” le monde comme on le désire, s’amuser avec les différentes parcelles de terrains proposées, empiler des maisons pour en faire une “route” vers un endroit trop élevé, bref… On joue avec la réalité purement comme le fait un enfant dans son imaginaire.
Monstre le parent
Au bout d’un certain temps, on fait la connaissance de Monstre. Ce drôle d’être gigantesque semble très pacifique et aime vous suivre dans votre périple du moment que vous le nourrissez de bons fruits. Malheureusement, il est aussi fortement dépendant à de drôles de grenouilles colorées qui, une fois dévorées, le rend fou furieux. L’écran change alors de couleur, tout est plus violent, plus nerveux, la musique s’emballe et votre ancien allié devient votre pire ennemi. Cette rage est sans limites et il vous faudra vous battre pour passer outre et tenter de calmer Monstre. Souvent au péril de votre vie.
Un petit robot et une fillette feront bientôt partie de l’aventure. Si la jeune fille vous sert de guide, votre robot vous permettra surtout d’utiliser un jetpack sur de courtes distances et d’activer des interrupteurs éloignés. Ces deux personnages sont aussi fortement symboliques dans l’histoire de ce jeune enfant dramatiquement perdu dans son imaginaire et il ne vous faudra pas beaucoup de temps avant de comprendre qui ils sont et quels rôles ils jouent dans cette épopée. Plutôt courte, l’histoire que vous vivrez ne dépassera pas les deux heures de jeu. En soi, c’est très peu, mais dans le fond, plus long, le récit aurait été très lassant. Déjà en l’état, Papo & Yo souffre d’un léger problème de rythme et ne parvient pas à enchainer très habilement les puzzles, sans parler de l’absence totale de difficulté progressive. Cela ne vaut que pour ceux qui en veulent pour leur argent (autour de 15 €) puisque les plus avides d’expériences originales n’en auront que faire.
Jolie bouteille, sacrée bouteille…
Visuellement correct sans être incroyable techniquement, proposant des panoramas de Favelas assez répétitifs et quelconques mine de rien, Papo & Yo possède une direction artistique sympathique aux premiers abords, mais qui se répète vite. Musicalement aussi, bien que très jolies, les compositions s’enchainent et se ressemblent. L’histoire par contre est touchante, de bout en bout, et les analogies entre le monde réel et l’imaginaire sont plus que réussies.
Le problème principal de Papo & Yo c’est qu’il se repose sur une idée déjà mise en place dès le lancement de la partie : on sait ce qu’il en est de la réalité de ce jeune garçon, on connait l’identité réelle de Monstre et du coup, la surprise n’est pas franchement au rendez-vous. Au moins, le syndrome Braid (ou la plupart des gens n’avaient rien compris au scénario du jeu) n’est pas au rendez-vous et il est impossible de passer à côté du récit pour peu qu’on s’y intéresse un minimum. Reste que même manette à la main, ce n’est pas excessivement concluant : bugs de collisions, manque de souplesse dans les sauts… Rien n’est parfait dans le monde de Quico.
Papo & Yo vaut surement son prix pour l’expérience proposée, surtout si on est passé outre toutes les informations le concernant. Il n’est cependant pas long, ne révolutionne rien, propose certes des puzzles originaux, mais un peu gâchés par un gameplay en dent de scie et ne vaut finalement que pour son récit, sa manière de mettre en place la cruauté d’un homme et la faiblesse d’un enfant dans une oeuvre vidéoludique sincère, mais maladroite. Reste que pour les plus sensibles, comme moi, des larmes sont à prévoir à la toute fin du jeu, quand on sait que tout ce qui nous est narré et l’histoire “vraie” du Creative Director, Vander Caballero.

0 réflexion au sujet de « Papo & Yo »

  1. Personnellement, je n’ai pas du tout accroché à la démo. “Casse-têtes” trop simples, assez répétitif, un peu trop naïf dans l’ensemble. C’est mignon bien que vide et il se dégage un certain charme mais malheureusement cela n’a pas été suffisant pour me happer dedans.

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