Inquisitor

Je vous parle d’un temps bien violent où les jeux n’avaient pas de tutoriaux ni même un quelconque semblant de mise en situation avant de vous plonger dans l’aventure. Un temps où les modes d’emploi faisaient 400 pages et pesaient lourd dans votre grosse boite en carton. Bref, un temps révolu que les développeurs d’Inquisitor aiment nous rappeler…

L’Old-School excuse tout ?

Tout de suite, je joue sur la carte de la nostalgie et du contenu solide. Développé par Cinemax, un studio indépendant tchèque, Inquisitor met en place un monde furieusement violent et sombre ou les hommes ont du subir plusieurs cataclysmes. La famine d’abord, puis la peste. Enfin, des météores enflammés tombant des cieux. En clair, ce n’est pas trop la fête au village et l’époque augure du pire pour la suite. L’Inquisition se fait alors passer pour le sauveur de l’humanité, se mettant à chasser les hérétiques (quels qu’ils soient) et à les torturer avant de les tuer. En face : les paladins tentent de calmer la chose, sans grand succès malheureusement.

Le joueur commence dans une prison. Plutôt que de vous bruler en place publique, deux personnes vous demandent de vous repentir en effectuant une mission pour eux. Vous allez devoir enquêter sur un crime, avec un fond scénaristique bien plus ample et passionnant en fond. L’occasion de découvrir Inquisitor dans sa forme la plus brute : vous êtes pratiquement en slip, dans la nature et devez discuter avec tous les PNJ si vous voulez vraiment vous en sortir. Et puis vous battre, malheureusement.

Car avant de parler des qualités d’Inquisitor, il faut surtout mettre les défauts en évidence tant ils sont énormes. En plus d’être très Old-School mais surtout peu attirant et d’une lenteur incroyable, Inquisitor propose des affrontements réellement ratés. Vous vous battez dans une interface ressemblant à ce qui se faisait dans Baldur’s Gate, Icewind Dale ou Planescape Torment, sans jamais en avoir le bon rythme. En plus d’être excessivement dur (encore, ça, on peut l’apprécier) le jeu vous oblige à gérer une barre d’endurance vous permettant de frapper. Celle-ci descend trop rapidement, rendant chaque affrontement avec un loup de base complètement décisif. La barre remonte lentement, beaucoup trop d’ailleurs, et gâche tout l’aspect prétendu motivant des combats.

En parallèle, vous avez aussi un gros défaut : la réapparition d’ennemis au hasard, sur la carte et souvent près de vous histoire de vous empêcher de vous en sortir avec logique. C’est au petit bonheur la chance qu’on se balade dans les contrées proposées, pourtant plutôt jolies et elles, réellement inspirés de vieux jeu adorés. Inquisitor est, visuellement, un bel hommage.

Cinq bons milliers de pages de dialogues !

Inquisitor a toutefois une grosse qualité, mise en avant de façon évidente : son écriture. Colossale, ayant demandé dix années de développement, l’histoire qui nous est comptée est donnée au compte-goutte au fur et à mesure des quêtes annexes (pourtant très quelconques) et des nombreux dialogues. Rares sont les personnages à ne rien vous raconter de nouveau et sincèrement, c’est passionnant. Certes, la barrière de la langue est furieusement gênante, car même si vous connaissez l’Anglais, cela reste plus “massif” et donc plus éprouvant de se plonger dans l’univers. Mais vous en ressortirez tout heureux de participer à une aventure hors du commun, profonde, sombre, digne d’un The Witcher avec davantage de misère et d’auto-flagellation de la part d’un monde complètement voué à la disparition violente et sans aucun espoir.

Les dialogues permettent des interactions rarement vues jusqu’à présent dans ce style de jeu et ce, en fonction de la classe jouée. Avec un voleur permettant de délier les langues les plus complexes, un homme d’Église intimidant ou sinon, ce bon vieil argent qui soudoie n’importe quel protagoniste avec plus ou moins de réussite. L’originalité provient surtout de véritables phases d’enquêtes, de questionnements en tout genre, venant dynamiser les paroles. Le must reste cependant les possibilités de torture, un bon moyen d’en savoir plus sur les actes passés de certaines personnes au demeurant fort sympathiques (autant que ce peu dans ce style d’ambiance) qui cachent malgré tout quelques secrets bien utiles à la progression du scénario. Cinq types de torture sont disponibles, tous plus gores les uns que les autres. Qu’allez-vous choisir ? Vierge de Fer pour tout le monde ?

Au final, vous pourrez jouer vous même le chasseur d’hérétiques en herbe, puisque certaines de vos cibles se retrouveront au bucher, éxécutés en place publique. Il faudra alors faire attention à votre alignement qui aura tendance à dévier vers le “mauvais côté ” de la force, tout en se servant d’actions musclées et osées pour vous permettre d’arriver à vos fins. Le monde d’Inquisitor est particulièrement noir et sombre : ne jouez pas les Bisounours, cela ne vous ira absolument pas.

Pas pour les petits joueurs !

C’est une qualité comme un gros défaut : Inquisitor ne trouvera pas facilement son public. Aux combats assez brouillons, le jeu a beau proposer trois niveaux de difficulté il n’en est pas moins toujours très difficile à aborder. Extrêmement bavard, à un point rarement atteint dans ce style de jeu pourtant rarement bourrin, Inquisitor met en avant une écriture riche et un monde passionnant à défaut d’être beau et coloré. La Fantasy qui nous y est décrite évite les clichés du genre, les licornes, les dragons et autres créatures, préférant nous montrer toute la bassesse humaine et les pires atrocités que l’on peut commettre en torturant son prochain. Si vous êtes déprimé, c’est sans doute une mauvaise idée de vous plonger dans ce titre.

On ne peut que saluer l’effort de longue haleine (près de dix années de développement tout de même) et remercier les développeurs de penser aux amateurs du genre qui n’ont pratiquement plus rien à se mettre sous la dent, mais il ne faut pas pour autant oublier les plus gros défauts d’Inquisitor qui en font un jeu difficilement recommandable à tous. Vous aimez lire ? Vous êtes un Hardcore-Gamer ? Vous n’avez pas peur de vous énerver devant un style de combat d’une lenteur et d’un manque de profondeur certain ? Alors, Inquisitor va vous passionner. Les autres vont le maudire !

Skywilly

Rédacteur en chef collectionneur de Skylanders et qui passe beaucoup trop de temps sur ces briques Lego. Heureusement qu'il y a des petits jeux pour s'évader ! Auteur de Le jeu vidéo indépendant en 2015 : Portraits de créateurs

Skywilly

Skywilly

Rédacteur en chef collectionneur de Skylanders et qui passe beaucoup trop de temps sur ces briques Lego. Heureusement qu'il y a des petits jeux pour s'évader ! Auteur de Le jeu vidéo indépendant en 2015 : Portraits de créateurs

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