Blackguards

Das Schwarez Auge ou “L’Oeil Noir” de façon plus polie, est le nom de l’univers rôliste que Daedalic adore adapter en point & click. Cette fois ils sortent des sentiers battus pour nous proposer un jeu de stratégie/tactique au tour par tour ce qui est clairement étonnant. Pour ce nouveau genre, comment s’en sort le studio allemand ?

Des hexagones en pagaille

Un loup a dévoré la princesse. Vous êtes devant le cadavre et évidemment, personne ne vous croit. Emmené par des soldats, vous êtes accusé du pire crime et devez rester au cachot. C’est sans compter sur ce nain un peu barbare malgré tout qui vient vous libérer et vous aider à vous enfuir. Désormais, il va falloir retrouver le cadavre, ayant disparu entre-temps mais surtout, tenter de lever le voile sur tout ce qui se trame dans ce monde civilisé mais peu enclin aux papillons et aux arcs-en-ciel. Le monde est dur, impitoyable et vous êtes en plein dedans.
Ne spoilons pas, mais clairement : le scénario prend énormément de temps à démarrer tout au long de la demi-dizaine de chapitre, Blackguards souffre de sempiternels allers et retours pour des quêtes aux scénarios sans trop d’intérêt. Heureusement, un fil conducteur se met en place de temps en temps pour nous rappeler et nous promettre que oui, au bout d’un moment, on va se sentir intéressé par ce qui se passe. Mais pas pendant les cinq premières heures et surtout pas tout au long du premier chapitre tellement quelconque qu’il en est navrant.
Point de vue jeu de rôle, Blackguards fait dans le classique. Vous possédez des points à placer dans des compétences (si vous trouvez quelqu’un pour vous entraîner en ville) ou dans des sorts, des caractéristiques de combat et d’armes, que vous pouvez améliorer par contre totalement librement et quand bon vous semble (hors combat). Vous possédez un inventaire, de l’argent, il y a l’évident principe d’achat et de revente de tout jeu de rôle qui se respecte et vous enchaînez les quêtes dans votre journal. Ensuite, vous vous déplacez sur une carte du monde en 2D un peu confuse et peu précise, mais jolie.

Un scénario qui prend son temps…

Blackguards a une véritable aura visuelle, il sort de l’ordinaire. Pourtant pas toujours très réussi en terme d’animations, de fonds, de modélisation, le jeu propose malgré tout de très bons environnements et un style 2D/3D assez inimitable. On accroche ou pas, mais clairement cela sort du lot et est à féliciter. Reste que le jeu est extrêmement sombre et qu’il est très rare que même en plein jour, vous puissiez voir grand-chose. Les filtres sont flous, assez vomitifs, on se croirait dans un film d’un Zack Snyder au rabais. C’est dire !
Pour tout ce qui est ville et dialogues, cela se passe un peu comme un point & click en plans fixes et à la première personne. En ville, vous cliquez sur des personnages pour discuter avec eux, vous passez d’un plan à un autre pour sortir du quartier et tout se fait à l’ancienne. Notons d’ailleurs que si les dialogues sont peut-être trop nombreux pour ne pas être ennuyeux, le jeu se permet de proposer à tous vos personnages d’interagir avec le protagoniste. Ainsi, certains vous proposeront des options de dialogue plus directes ou même des questions très personnelles. Certains personnages seront connus de vos héros ou non et des quêtes annexes se débloqueront en conséquence. Un très bon point qui donne davantage d’intérêt au scénario en attendant qu’il décolle.
Les personnages ont ainsi le temps d’être mis en place et ce n’est pas un mal. Arrivé au chapitre trois, après un second chapitre destiné à vous faire mourir d’ennui dans une arène aux nombreux combats (juste pour voir si votre entraînement du premier chapitre a porté ses fruits), tout décolle réellement. Mais il faut attendre au moins six ou sept heures pour cela. A ce niveau, il vous reste quand même vingt bonnes heures de jeu sans même terminer toutes les quêtes, ont peut donc dire sans mal que le jeu ne se moque pas du monde vu son prix.

La beauté de la tactique

Malheureusement, les combats ne font rien pour dynamiser l’action. Tactiques, en hexagones, avec une caméra en 3D, ceux-ci manquent clairement de visibilité et ce malgré la molette de la souris permettant de voir l’action en vue aérienne façon “jeu de plateau”. Les couleurs sont encore une fois très floutées avec des filtres assez immondes et par conséquent, on ne voit rien. On ne s’y fait jamais : on s’adapte seulement au jeu, ont tente de tourner la caméra sur quelques plans, on essaie de cliquer au bon endroit pour donner les bonnes directives à nos personnages qui, une fois sur deux, tombent sur la mauvaise case en début de jeu. Bref, on tâtonne, on fait avec.
C’est davantage embêtant dans le sens ou le jeu était plein de promesses à ce niveau. La tactique c’est amusant surtout si c’est bien fait et là, c’est assez bancal, donc un peu ennuyant. Les combats sont portés par la chance à tous les niveaux et il arrive bien trop fréquemment que nos personnages ratent leur coup (même avec une chance de toucher à 100%). Les premiers pas dans le jeu sont horriblement longs et heureusement, il est possible de recommencer un combat à la volée (en plus de posséder une sauvegarde automatique à chaque nouveau combat et juste avant, au cas ou vous n’auriez pas le niveau). Si les puristes pourraient crier au scandale devant cette aide, ceux qui n’aiment pas perdre leur temps devant un combat perdu d’avance diront merci. Même si on aurait surtout aimé pouvoir se battre dans un système bien réglé.
Ce n’est pas non plus dramatique, mais c’est très déroutant. Il y a même plusieurs bonnes idées, comme l’interaction avec des objets du décor pendant les affrontements (des sources de vie, des tonneaux, des torches qui enflamment le sol gorgé d’huile, etc.) mais l’utiliser est plus ennuyant que de bourriner, au final. Sauf en mode Difficile, certes, mais cela reste plus qu’optionnel.

Il promettait davantage, mais on s’en contentera

Ce titre de paragraphe est la parfaite conclusion. Blackguards, qui se loupe sur la plupart de ses promesses, est davantage quelconque que prévu, beaucoup trop linéaire, peu équilibré en combats et possède un tutoriel de huit heures particulièrement ennuyant… Mais il est impossible de se résoudre à en dire du mal malgré tout. Blackguards est un jeu correct, parfait pour les amateurs de l’Oeil Noir, de tactique facile d’accès et d’épopée à base de héros à évoluer et de mondes médiévaux torturés. Il passe juste très loin à coté de ce qu’il annonçait, se rendant bien plus quelconque que voulu.
On le recommande malgré tout à tous ceux que les screenshots enchantent, qui ne seront pas repoussé par les défauts cités ci-dessus et qui sauront profiter de combats malgré tout stimulants et d’une aventure qui sait se rendre intéressante (à défaut d’être palpitante et originale) le moment venu. Il faut juste savoir être patient pour en profiter au mieux.

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