Enemy Front

La Résistance n’a jamais trop été au cœur des jeux de guerre et si on peut citer les excellents Medal of Honor sortis sur PsOne, Jean Moulin et les autres n’ont pas la cote quand il s’agit de parler de la Seconde Guerre mondiale en jeu vidéo. Pourtant, une équipe de développeurs tente de nous plonger en pleine guerre coté civils. Avec succès ?

Résiste à ça !

Seconde Guerre. Les forces nazis tentent d’envahir les pays alliés et vous êtes un des résistants qui tente d’y faire face. Armes à la main, avec des compétences hors normes (ce qui pose déjà un problème de logique ou en tous les cas, d’intérêt scénaristique) vous tentez de repousser les forces allemandes d’une église stratégiquement impliquée dans votre regroupement de fiers hommes et femmes combattants. L’occasion de découvrir le gameplay assez brouillon du jeu : scripté mais pas trop, le level-design ne se veut pas linéaire et propose de larges espaces ou se perdre. Et c’est le premier problème d’Enemy Front : créer de grandes cartes et une bonne idée, mais pas quand il s’agit d’y errer sans âme à tuer juste parce que le jeu n’en a pas décidé ainsi.

Effectivement, les niveaux ne sont pas de couloirs (encore qu’on en vient toujours au même point final permettant une transition entre le niveau actuel et le prochain), mais les ennemis, les situations, tout est scripté comme un bon vieux FPS du moment. Du coup, a quoi cela sert de sortir des clous ? On ne fait, au final, que suivre ses coéquipiers et le bruit des ennemis qui vous tirent dessus, pour oublier totalement la promesse de liberté proposée par les développeurs. Dommage.

Le reste se joue plus ou moins comme n’importe quel FPS, à la différence prêt que les armes se manient avec pas mal de lourdeurs. La visée est d’abord très aléatoire et vous demande d’apprendre à gérer les faiblesses du jeu en termes de précision. On s’y fait, mais c’est plus que perturbant pour des joueurs ayant déjà tâté du Sniper Elite et autres “petits FPS” du genre. Surtout que là aussi, on nous impose une “killcam” (une caméra suivant votre balle de sniper jusqu’à son point d’impact dans le corps ennemi) pas du tout intéressante, voir même carrément ennuyante.

Scénario décousu, gameplay incongru

Vous allez défendre une église et en un chargement, vous retrouver en pleine campagne française pour sauver des résistants. Puis vous revenez en ville bombardée pour retourner… En campagne, encore, sans réel fil rouge logique. La narration est telle qu’on ne s’intéresse absolument pas à l’histoire racontée, qui manque cruellement d’intérêt. Les niveaux se suivent et se ressemblent beaucoup trop, à intervalles régulières. Les environnements sont toujours les mêmes et il arrive même qu’on ait l’impression de retrouver le même niveau qu’il y a quelques heures, avec seulement des forces allemandes positionnées différemment. Du coup, on s’ennuie…

Il faut dire qu’Enemy Front fait fort dans le manque de punch et d’intérêt global. FPS générique au possible, il tente de nouvelles idées sans qu’elles ne soient jamais très utiles. Vous pouvez par exemple tirer sur un ennemi pendant une explosion ou autre bruit environnant, pour cacher votre propre bruit d’arme et jouer la carte de l’infiltration. Malheureusement, les ennemis sont très bêtes… Ils sont du genre à ne pas vous voir accroupi derrière un simple tronc d’arbre (c’est ridicule) mais au moindre faux pas faisant monter la jauge de bruit, ils vous tirent tous dessus (même ceux du fond de la carte). Insupportable.

L’intelligence artificielle est telle que même les phases d’infiltration se transforment en capharnaüm. Au final, on se posera sur une colline, on sortira le fusil sniper et d’une simple pression permettant de couper la respiration du joueur, améliorer la visée et passer au ralenti, on nettoiera la zone de toute présence ennemie. Et clairement, c’est ce qui sera fait la majeure partie du temps pour ceux qui auraient le courage d’aller jusqu’au bout de l’aventure.

Entends-tu le bruit de la déception ?

Dire qu’on est déçus est un euphémisme, tant Enemy Front avait la volonté évidente de bien faire et ce, de façon originale. Il est pire qu’un FPS de plus, il est un mauvais FPS de plus. Pas du tout intéressant à jouer, scénaristiquement des plus ennuyants, possédant une intelligence artificielle totalement ratée et un gameplay frustrant sur bien des points, Enemy Front se paye même le luxe d’avoir l’un des plus mauvais doublages français de cette année, avec des intonations à mourir de rire et des accents étrangers complètement racistes et ridicules.

A qui conseiller ce jeu finalement ? Si vous le trouvez dans un bac à promotions, à moins de 5 € et que vous aimez la période historique, alors vous aurez de quoi vous amuser une heure ou deux. Finir le jeu ? Inutile. Enemy Front est raté et rien ne viendra le sauver de l’oubli. C’est triste, mais c’est comme ça !

Skywilly

Rédacteur en chef collectionneur de Skylanders et qui passe beaucoup trop de temps sur ces briques Lego. Heureusement qu'il y a des petits jeux pour s'évader ! Auteur de Le jeu vidéo indépendant en 2015 : Portraits de créateurs

Skywilly

Skywilly

Rédacteur en chef collectionneur de Skylanders et qui passe beaucoup trop de temps sur ces briques Lego. Heureusement qu'il y a des petits jeux pour s'évader ! Auteur de Le jeu vidéo indépendant en 2015 : Portraits de créateurs

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