Eidolon

Si vous vous sentez d’humeur pour une petite balade au fond des bois, ramasser des champignons et taquiner la mouche (de pêche), genre dans 400 ans à peu près, et, dans le comté de Washington, alors Eidolon est peut-être fait pour vous.

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C’est au milieu de la forêt, pour ne pas dire nulle part pour l’homme civilisé que je suis, que je me suis réveillé. Le ventre vide, très vite les champignons alentours sont devenus ma seule planche de salut. Et puis j’avance, perpétuellement, sans que le décor ne semble trouver de fin. Toujours plus de verdure, des mares, des rivières, des montagnes, la nature est de partout et s’impose comme une évidence incontournable d’Eidolon. Il va vous falloir aimer les grandes randonnées pour pouvoir apprivoiser ce jeu-là.

Le seul élément d’interface entre lui et le joueur prend l’aspect d’un journal. Il compile les informations récoltées en cours de route, une carte, et il est même possible d’y prendre des notes. De temps à autre, on vous rappellera que vous avez faim ou froid, afin que vous compreniez bien que la mort n’est jamais très loin, si vous ne subvenez pas à ces besoins essentiels pour votre survie en ce bas monde. Pourtant, la mort dans Eidolon peut venir très lentement. Notre corps peut mettre du temps avant de nous lâcher une bonne fois pour toute, et dépérir en toute quiétude. Le rythme est en effet dans son ensemble particulièrement lent, même si quelques exceptions vous ramèneront très vite les deux pieds sur terre.

Progresser se résume bien souvent à avancer, à se sustenter par la cueillette, la pêche ou la chasse à l’arc comme n’importe quel homo sapiens, mais sans couteau suisse et téléphone portable. Et ensuite on continue d’avancer, toujours plus loin, parfois sur des centaines de mètres, ou des kilomètres, sans ne rien voir d’autre que des arbres, des montagnes, des vallées et la faune locale, comme des cerfs ou des ours, qui n’aiment pas des masses qu’on leur perce le cuir avec une flèche. Eidolon ne vous impose aucun objectif. Si aventure ou histoire il doit y avoir, c’est à vous de la créer au travers de l’expérience que vous aurez décider de vivre.

Le libre arbitre, d’accord, mais à quel prix ?

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Un passé presque imparfait

Quelques restes d’une civilisation humaine persistent ça et là, parsemés dans l’immensité de ces terres, comme ces squelettes de building, réminiscence d’une cité depuis oubliée de tous. Eidolon n’est pas très sociable comme jeu. On n’y parle pas et on n’y tue presque rien. Les seuls moments où un semblant d’histoire, au sens classique du terme, parvient à se dessiner, c’est lors de la découverte de documents décrivant une société humaine appartenant désormais au passé.

L’exploration étant de toute façon le seul et unique moyen de faire réellement quelque chose, en l’absence d’une mission claire et définie, celle-ci nous amènera, de façon sporadique et souvent inattendue, à croiser le chemin de ces morceaux de vies passées, qu’ils soient des documents ou les traces d’une très ancienne urbanisation galopante. Au final, l’intérêt d’Eidolon va se mesurer à celui du joueur pour ce dernier. Pris dans cette ambiance d’une fin du monde déjà consommée depuis longtemps, le survivant que nous sommes devra construire par sa curiosité d’archéologue, sa propre aventure.

En étant totalement libre d’aller où l’on veut, le contrôle est très nettement redonné au joueur/acteur de cette singulière expérience. Pour autant, en faisant ainsi, il risque de nous perdre en ne nous mettant pas de temps à autre de petits cailloux blancs au sol, c’est à dire un but, ou plutôt une véritable raison d’avancer. L’absence d’activités est aussi un problème en soi, car excepté la chasse et la pêche, Eidolon ne s’impose pas pour le dynamisme de son gameplay ou sa variété.

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Conclusion

Eidolon se prend en main très facilement. Il joue sur une représentation abstraite de la nature, qui à la manière d’un Proteus, lorgne du côté d’une 3d simplifiée à l’extrême, limite jouant plus dans la signification que dans la représentation. Parfois, il distille – surtout la nuit – une atmosphère fascinante, voire inquiétante, ou toute la beauté de sa nature devient enivrante. A d’autres, il apparaît faible graphiquement parlant, presque enfantin, faisant regretter que ses effets n’aient pas été poussés plus loin, afin de ravir nos yeux, et surtout pour nous surprendre. A terme, la lassitude peut gagner sur cet aspect-là, la lisière des bois se renouvelant assez peu pour continuer à nous charmer ou nous étonner, les kilomètres de marche une fois accumulés.

Il demeure donc parfois un peu fade, et à d’autres, il est fabuleux. La manque d’action est reposant, mais le sentiment du danger en devient par contre difficilement palpable, et du coup mourir ne semble pas forcément avoir sa place ici. Pour autant, les amateurs d’étrangetés célesto-cosmiques devraient y trouver leur bonheur, car par moment, Eidolon est véritablement capable de nous happer pour de bon.

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