Crow

A quoi tiennent les choses ? Si Crow n’était pas sorti à une époque où nous devenons de plus en plus Steam-dépendant, twitter-dépendant voire net-dépendant tout court, sa critique sur cet éminent site se serait résumée à « Error loading map » ou si l’on avait voulu être plus précis.

Initializing…
Undeliverable event (no targets found): Id: (-1), Name: (xmas), Command: (show), Args: ()
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(Script):(File Not Found) FAILED to load Characters/Scarecrow_xmas.
(Script):Error ‘[string “Actor.lua”]:299: attempt to index field ‘model’ (a nil value)’ occured during coroutine
Failed to spawn ‘info_actor’
Error loading map!
VidReset…

Je vous passe pas mal de lignes, ça n’aurait pas été très intéressant. Sauf si j’étais payé à la ligne. Ce que je ne suis pas. Mais là n’est pas le sujet, le problème est que cette très regrettable erreur empêchait tout bonnement le jeu de charger le moindre niveau ce qui pour en faire la critique s’avérait un problème plutôt crucial. Il aura tout de même fallu un tweet aux dev de ma part et quelques râlages sur le forum Steam du jeu pour que, ô miracle, une mise à jour corrective apparaisse. La communication moderne est une chose merveilleuse. D’autant plus merveilleuse qu’après l’effort vint le réconfort. En effet, je ne vous cache pas que ça m’aurait beaucoup peiné d’avoir dû me coltiner ce rôle de sav pour au final découvrir un jeu moisi. Fort heureusement, il n’en est rien.

Comme un enfant aux yeux de lumière

Crow, mot anglais signifiant corneille, est un jeu étonnant. Oui, ici on ose et parce qu’on vient de loin, à la base Crow est un jeu prévu pour les smartphones, le principe de base est relativement simple. Vous y incarnez une corneille possédant un pouvoir magique d’attaque et un de défense qui se retrouve tiraillé entre une force noire (donc maléfique) qui lui demande d’envoyer une malédiction sur différents ennemis et une force blanche (donc pas maléfique) qui lui supplie d’épargner les ennemis précédemment désignés. Jusque là, on pète le scénario niveau shônen de base mais différents éléments d’ambiance viennent donner à cet affrontement primitif une touche de sérieux.

Signalons pour commencer les quelques musiques du jeu qui sont franchement magnifiques et au delà on peut élargir notre propos et saluer comme il se doit le travail effectué sur le son comme sur l’esthétique qui permet au jeu de rendre les émotions de façon très élégante. On ressent ainsi la peur, l’effroi, l’action comme le réconfort ou la bonté avec une intensité insoupçonné pour un jeu au contexte aussi simpliste. L’effort est d’autant plus appréciable que le jeu ne bénéficie pas de gros moyens technique pour cela.

Niveau gameplay, la bonne surprise continue puisque Crow, si il commence par se perdre dans une recherche ennuyeuses d’objet et d’objectifs sur des cartes de monde, se rattrape aussitôt qu’il passe en mode couloir façon Panzer Dragoon. Le gameplay garde alors sa simplicité mais ses mécaniques de déplacement pour éviter les objets comme la gestion de la disponibilité de la magie de la corneille couplé à un système simple mais efficace de progression des capacités de ce personnage font de Crow un jeu nerveux, au challenge bien dosé et au rythme efficace.

Le Cid errant

Crow a donc de bons atouts pour lui mais il subit le triste sort de ces jeux qui nous quittent trop tôt. En moins de 3 heures, hélas, nous en voyons le bout. Mais à l’évocation du vol criard de cette corneille en émoi, tous mes bons souvenirs s’abattent sur moi. Je me rappelle alors du beau de l’air car oui, au delà de séquences de gameplay nerveuses et prenantes, flotte dans tout cela un air de poésie. “Normal, il y a des oiseaux” diront alors sans recul, ceux qui naguère regardaient 3615 Usul. Mais non, nous ne parlons pas ici d’une poésie romanesque ou bucolique mais bel et bien d’un esprit légèrement décalé.

En effet, Crow m’a beaucoup plu non simplement en tant que jeu mais également en tant qu’objet narratif intriguant. Doté d’un background flou et d’une histoire indéfinie, il parvient pourtant à nous entraîner le temps de sa courte vie dans un gameplay un brin déroutant, dans une proposition ludique parfois bancale, souvent plaisante mais plus simplement déroutante pour qui enchaîne les grands jeux. C’est un petit coin de verdure qui n’a nul moyen de concurrencer les grands champs mais dans les petites choses parfois on aime à se nicher, juste pour ressentir ce léger frisson d’avoir eu le temps d’un repos le mérite d’avoir fait un pas de côté.

Crow n’inscrira pas son nom dans la grande histoire des jeux vidéo mais il demeure une petite œuvre précieuse qu’il serait dommage d’ignorer. En effet, doté de réelles qualités esthétiques et ludiques, on a affaire à un jeu travaillé et à une véritable proposition intéressante. Prenez une pause dans votre catalogue de grands jeux et n’hésitez pas à venir vous envoler pendant quelques dizaines de minutes, ça ne bouleversera pas votre vie mais vous serez content après d’avoir fait ce léger envol au dessus de la mêlée. Bref, donnez à Crow blanc-seing, il le mérite.20

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