Pretentious Game

Peut-on faire un jeu essentiellement narratif au sujet mature basé sur un gameplay de type puzzle-plateformer ? C’est en tout cas clairement la volonté de Keybol, qui désamorce l’ampleur de son ambition dès le titre de son jeu et persévère dans sa mise en forme minimaliste. Peut-on faire un jeu prétentieux sans prétention ?

Formalisme et game design

Pretentious Game entend donc nous raconter une histoire. Celle d’un homme et d’une femme qui se cherchent, celle d’un frère et d’une sœur qui doivent surmonter les obstacles de la vie, celle de l’amour. Oui, le titre du jeu ne paraît pas usurpé. Pretentious Game raconte l’histoire de carrés de couleur qui se déplacent dans un environnement de plateformes géométriques noires sur fond blanc. Graphiquement, on peine à imaginer plus simple, plus épuré, plus minimaliste. Mais c’est justement ce minimalisme qui finit par produire la magie du jeu. Car à mesure qu’on progresse dans les tableaux, ces carrés, ce qu’on en fait et, surtout, la manière dont on le fait, tout cela se mue en un véritable récit cohérent.

Le parti pris est simple : l’histoire est narrée sous forme de texte qui apparaît à chaque tableau. Mais ce texte porte une double signification : en plus de raconter, il explique ce que doit faire le joueur pour progresser vers le tableau suivant. Il s’agit, lors de chaque scène, de modifier ou d’enrichir le gameplay tout un donnant un sens à ce dernier, qui fasse corps avec le propos du récit. Le game design tout entier est alors lui-même le récit, faisant du gameplay un langage qui le raconte. On comprend mieux dès lors le formalisme minimalise, qui permet un symbolisme sans fioritures qu’aurait peut-être gâché une abondance de détails. L’imaginaire se charge donc de faire le lien entre le jeu et l’histoire, entre les concepts et leur image.

Narration et puzzle

Comme la plupart des jeux narratifs, Pretentious Game n’est pas difficile. Les « épreuves » proposées par chaque tableau sont des étapes plus que de véritables obstacles à franchir, et il s’agit en réalité la plupart du temps de simplement illustrer l’histoire. Le chapitre 4, toutefois, bascule un peu plus dans le jeu pur, en offrant des puzzles qui demanderont tout de même un peu de réflexion et de dextérité : on y dirige simultanément deux carrés aux propriétés différentes (le petit frère, fort mais peu agile, et la grande sœur, plus faible mais plus agile), ce qui nécessitera un minimum de coordination. Cet aspect puzzle plus appuyé ne porte pourtant pas préjudice au côté narratif, chaque petite énigme étant elle-même l’illustration d’un élément du récit.

Conclusion

Pretentious Game est réellement une excellente expérience de jeu, tant son game design est pertinent. Chaque tableau parvient à allier le gameplay à la narration, les deux s’imbriquant totalement pour que les actions à mener par le joueur aient un véritable sens. La construction esthétique minimaliste elle-même est cohérente par rapport à l’ensemble, et il n’y a vraiment pas grand-chose à redire sur le jeu… si ce n’est son mode de distribution. En effet, Pretentious Game est au départ un jeu gratuit sur internet (Armor Games propose les 3 premiers chapitres, le 4è peut être trouvé sur AddictingGames) et sur appareils mobiles (iOS et Android), qui est soudainement devenu payant en passant sur Steam (la version Steam regroupant les différents chapitres disponibles séparément mais gratuitement sur la toile). Un choix étrange, d’autant qu’il faut alors débourser 5€ pour se le procurer.

Mwarf

Mwarf est chef de projet (dans l'informatique) et travaille à Paris. Il s'intéresse beaucoup au cinéma et au jeu vidéo, adore Kubrick, Quentin Dupieux, le duo Iguchi/Nishimura (il est éclectique), et toute sorte de jeux indés innovants. ll aime aussi le metal (et l'indus en particulier), et peut écouter Nine Inch Nails, KMFDM ou encore Tool toute la journée. Ho, et il aime particulièrement écrire pour partager ses découvertes.

Mwarf

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Mwarf est chef de projet (dans l'informatique) et travaille à Paris. Il s'intéresse beaucoup au cinéma et au jeu vidéo, adore Kubrick, Quentin Dupieux, le duo Iguchi/Nishimura (il est éclectique), et toute sorte de jeux indés innovants. ll aime aussi le metal (et l'indus en particulier), et peut écouter Nine Inch Nails, KMFDM ou encore Tool toute la journée. Ho, et il aime particulièrement écrire pour partager ses découvertes.

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