Critique

F1 2020

Développeur : Codemasters – Éditeur : Codemasters – Date de Sortie : 7 juillet 2020 – Prix : 60 €

F1 2020

Cette année 2020 restera très longtemps dans la mémoire collective comme étant, excusez-moi l’expression, une grosse année de merde. La pandémie mondiale fait des ravages aussi bien sanitaires que financiers. De son côté, le monde sportif professionnel et amateur s’est également arrêté le temps de prendre les mesures nécessaires pour que chacun et chacune puisse exercer sa passion ou son métier en toute sécurité. Alors que le championnat de Formule 1 devait redémarrer en mars 2020, celui-ci a été bouleversé à cause du virus. Pour la première fois dans l’histoire de Codemasters, sa dernière création de F1 ressemble plus à une œuvre de science-fiction qu’à une simulation.

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Le confinement a repoussé la F1, mais m’a poussé vers la F1

La Formule 1 est une discipline réservée à l’élite. À ceux qui n’ont pas le froid aux yeux, qui n’ont peur de rien. À bord d’un morceau de plastique lancé à plus de 300 kilomètres par heure, avec quelques protections, il faut carrément être fou pour oser se lancer à bord d’une F1. Heureusement, un studio anglais officie depuis une dizaine d’années à nous retranscrire les sensations d’une monoplace sur nos consoles. Malgré sa position de monopole, Codemasters s’est rarement égaré sur le bas-côté et nous a presque toujours offert un jeu vidéo accessible et ardu pour celles et ceux qui voudraient tenter l’aventure.

Bien que j’adore les jeux de bagnoles, je n’ai que très peu laissé de place aux titres F1 malgré leur réputation. Je m’intéresse plus à des licences comme Dirt, Dirt Rally, Grid, Need for Speed ou Forza Horizon (mon chouchou) pour ne citer qu’eux. J’aimais beaucoup regarder les Grands Prix sur TF1, mais après que la licence soit passée du côté obscur de la télévision payante, mon intérêt avait totalement disparu. Ce n’est que durant le confinement et l’apparition d’une longue démo de F1 2019 que j’ai redécouvert cette série. Ses grandes qualités associées à l’excellente série Formula 1 : Pilotes de leur destin sur Netflix (j’ai tout regardé durant le confinement) m’a redonné des envies de F1. Cela tombait bien avec la sortie imminente de la cuvée 2020

Baby F1 avec petites roues en option

F1 2020 fait partie de ce que j’appelle les simulations abordables. C’est-à-dire que si vous êtes un as de la conduite avec tout l’attirail adéquat chez vous (volant, pédales et siège) ou que vous soyez affalé dans votre canapé comme la larve que je suis, ce jeu saura parfaitement s’adapter à vos besoins. Envie de fun ? C’est possible. Envie de tout régler au millimètre près ? C’est possible. Il existe de nombreux paramètres permettant de vous assister au pilotage (aide au freinage, ligne de trajectoire idéale, vitesses automatiques, difficulté de l’IA, préréglages du véhicule, pénalités moins sévères, nombre de tours, etc.). Le studio a même implémenté des styles (exemple : décontracté ou standard) modifiant facilement tous les taquets de complexité du jeu. Vous trouverez aisément le style qui vous convient pour profiter pleinement du jeu.

À titre d’exemple, j’aime démarrer avec beaucoup d’assistances afin de bien appréhender la physique des véhicules et tous les aspects alentour. Généralement, je fais cela pendant une carrière solo — ce qui s’apparente à de la triche, mais je suis là pour m’amuser en premier lieu — puis j’augmente la difficulté en fonction de mes résultats. Certains titres s’adaptent ou proposent un nivellement, mais ici c’est à vous de tout gérer. Pour ma part, après avoir roulé sur le championnat sur deux circuits, j’ai monté le niveau de l’IA à 40 % (cela équivaut à un niveau intermédiaire, il est à 20 % de base). À partir là, les courses étaient beaucoup plus serrées et intéressantes. Ensuite, j’ai diminué les aides pour trouver le point où je galère pour gagner, mais où je m’amuse encore.

Un garage bien rempli

La frustration est l’ennemi des joueurs et joueuses. Codemasters l’a bien compris. Tourner en rond pendant des heures est rébarbatif, il faut donc trouver quelque chose pour tromper l’ennui. Tout d’abord, le mode carrière vous place dans la peau d’un avatar construit de toutes pièces (l’éditeur est assez rudimentaire) qui peut décider de débuter dans une écurie de Formule 2 (la deuxième division, l’équivalent de la Ligue 2 pour le football ou la Pro B pour le basketball). Contrairement à l’édition 2019, la 2020 introduit un championnat complet de F2. Cette option permet de se faire la main sur une vingtaine de courses avec une réglementation proche de la F1. La grosse différence est que tous les pilotes sont sur un point d’égalité, car toutes les voitures sont identiques. Seuls les réglages et votre talent détermineront vos résultats. Une fois la saison terminée — vous pouvez choisir entre une saison complète, une moitié ou un mini scénario de quelques courses clés — vous aurez l’opportunité d’être recruté pour l’épreuve reine. En fonction de votre classement, vous pourrez aller dans une écurie plus ou moins prestigieuse.

En F1, vous enchaînez les week-ends aux quatre coins du globe où le samedi est réservé aux essais et à la qualification. Selon vos paramètres de jeu, les sessions d’essais peuvent se réaliser sur trois périodes de trente minutes où votre équipe impose différents objectifs comme réaliser le meilleur temps, tester l’économie de carburant ou déterminer la stratégie de course selon vos performances. Ces moments sont très importants afin d’accumuler de l’expérience sur la piste, mais aussi des données pour améliorer la voiture pour la suite. On parle bien sûr de l’épreuve de qualification qui détermine votre position sur la grille de départ. Ici aussi, il est possible de faire comme en vrai ou de simplifier le tout : vous pouvez ne faire qu’un seul tour pour faire un chrono (ce que je fais) ou faire les trois phases Q1, Q2 et Q3 selon le règlement FIA. Le dimanche est bien sûr dédié à la course dont le nombre de tours est également réglable (je fais 25 % par rapport à la réalité). Ce cycle s’enchaîne le long des 22 circuits de la saison et il est possible de faire carrière pendant dix ans.

Bien entendu, en plus de votre carrière, vous pouvez courir contre d’autres pilotes à travers le multijoueur (je ne l’ai pas essayé faute de non-abonnement au PS+). Il y a aussi un mode d’écran séparé pour vous éclater avec quelqu’un. Enfin, de nombreuses courses rétro avec les caisses d’époques ou tout simplement les circuits d’aujourd’hui sont en accès libre pour lancer une épreuve comme bon vous semble.

Game Side Story Racing

Pour contrer une certaine monotonie qui peut malgré tout s’installer, le studio britannique a introduit un nouveau mode de carrière où vous dirigez une écurie. Vous êtes un nouveau riche qui ne sait pas quoi faire de son argent. Avec des millions en poche, vous ouvrez une nouvelle équipe de F1 que vous allez gérer de bout en bout. Vous débutez par choisir les couleurs, le nom et le moteur. Déjà ici, une notion d’économie montre son museau. Un moteur Ferrari sera bien sûr plus onéreux que celui de Renault, mais sera meilleur. Celui de Honda sera très abordable, mais aura quelques crans de retard face à Mercedes. Ce premier choix établira votre futur, car il vous mettra soit dans le rouge dès le début, soit vous placera virtuellement bien en piste. Pour plus de réalité, je vous conseille de choisir Honda ou Renault pour ne pas être trop fort trop tôt.

Après avoir choisi un second pilote parmi les stars montantes de la F2 (j’ai choisi Anthoine Hubert en l’honneur de ce pilote décédé en 2019), on découvre que le premier pilote n’est nul autre que vous. Vous devenez alors propriétaire et pilote de F1, une première depuis bien longtemps.

Dans ce mode, les compétitions sont espacées d’une dimension stratégique bienvenue où il faut donner ses prérogatives aux divers départements de recherche et développement. Avec l’argent gagné des sponsors, choisis par vos soins, et de vos accomplissements, vous pourrez dépenser de quoi perfectionner vos F1 afin d’espérer concurrencer Ferrari ou Mercedes dans les années suivantes. N’espérez pas être en tête du championnat avec votre bolide dès le début, cela signifierait simplement que vous avez mal réglé la difficulté.

Le volet gestion est bien prenant, car il faut faire plaisir aux sponsors malgré le retard technologique évident et les millions qui ne coulent pas à flots. Avec un budget serré comme un étudiant boursier, vous ne pourrez ni rechercher simultanément des pistes pour rendre vos voitures plus efficientes ni embaucher un second pilote de la trempe de Lewis Hamilton. Ce jonglage continu et quotidien apporte un second souffle salvateur à une licence qui en avait bien besoin.

Crash test

Marronnier depuis 10 ans, la saga F1 par Codemasters était en roue libre à cause d’une non-concurrence. Fort heureusement, le studio ne s’est jamais trop éloigné de sa voie initiale, à savoir la création d’un chouette titre de Formula One avec la possibilité d’avoir une simulation proche du réel (beaucoup de pilotes y jouent). Mais pour contenter les fans et expliquer la raison d’une sortie annuelle (regardez PES qui fait l’impasse cette année par exemple), il faut réussir à proposer quelque chose de neuf. C’est chose faite avec le nouveau mode carrière où l’on gère une écurie.

Mais loin de moi de laisser passer outre certains pans entiers teintés d’une grosse once de flemmardise, j’ai une réputation de chasseur de sorcière à tenir. Si le jeu est vraiment génial et généreux, je ne trouve aucune justification quant aux soucis techniques majeurs et certaines incompréhensions. Premier exemple flagrant : les rétroviseurs sont inutilisables avec certaines vues. Si le jeu tourne parfaitement sur ma PS4 classique, les miroirs tournent à dix images par seconde et sont parfois flous. J’ai été obligé d’ajouter un rétroviseur central fictif pour pallier ce problème. Il est aussi impossible de tourner la caméra de façon précise (certaines vues le permettent, je ne comprends pas), comme si on tournait la tête. Lors de virages dangereux avec des adversaires proches, il m’est arrivé trop souvent de les toucher (donc pénalité), car je ne les voyais pas précisément. C’est là que je me dis que la réalité virtuelle serait géniale pour ce titre.

Autre point majeur, votre équipe ne communique pas assez avec vous. Pour avoir dévoré la série sur Netflix, on remarque que les directeurs parlent souvent avec leurs pilotes pour donner des informations indispensables. Dans F1 2020, ces interactions sont trop peu nombreuses et il n’y a aucune stratégie d’équipe. Nouvel exemple : lors du Grand Prix de Monaco, les commissaires n’agitent pas encore le drapeau jaune (signe d’un danger dans votre zone et qu’il est interdit de doubler) et on me prévient par radio qu’il y a un souci tandis que j’entre dans le célèbre tunnel. C’est tout, je n’en sais pas plus. Je fonce, car je suis bon dernier et je me dis que les soucis sont plus loin sur le port. Erreur ! Il y avait une voiture en travers de la Nouvelle Chicane et une file qui attendait sagement derrière. J’arrive trop vite (mais à vitesse normale à cet endroit) pour éviter le bouchon. Si c’était réel, il y aurait eu des morts…

Autre truc rigolo : la réaction des journalistes. Bien qu’il n’existe pas d’interviews en salle de presse (je trouve ce manque hallucinant), une femme et son cameraman viennent régulièrement vous poser des questions. Ce QCM permet de gagner des points d’influence ou de pointer du doigt des problèmes de la monoplace. Les choix vous mettent presque tout le temps dans la peau d’un sale con quand vous arguez que, par exemple, la voiture ne roule pas correctement (le département de recherche associé à votre remarque prend un coup au moral). Les autres cas sont essentiellement en décalage avec la réalité. Je me marre encore du moment quand la reportrice m’a balancé « Tout s’est bien passé pour vous. Quelles sont vos impressions ? » alors que je venais d’abandonner, la faute à un mur dont j’avais oublié l’existence… Elle m’a fait le coup deux fois. Le jeu est souvent à la ramasse sur ce point, ce qui n’est pas mon cas. Je n’ai pas oublié tous ces moments dérangeants et surprenants.

Nonobstant quelques imperfections, F1 2020 est clairement un très bon jeu. Adaptée à tous les styles de conduite de tout type de joueur ou joueuse, cette promotion 2020 est encore très bonne. Parfaitement solide dans son gameplay et son contenu, vous aurez plusieurs dizaines d'heures pour en faire le tour et terminer les championnats mis à votre disposition. Gagner une saison avec sa propre écurie vous prendra plusieurs années virtuelles, si vous jouez le jeu de « façon réelle ». C'est un bonheur d'avoir la Formule 1 à la maison sans surveiller si le vrai championnat continue ou pas à cause de ce satané virus.

Zhykos

Zhykos

Touche à tout, mais toujours avec plusieurs mois de retard ; tellement de retard que mon PC n'a pas évolué depuis 2008 quand j'ai commencé à parler de jeux vidéo sur le net.
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