Critique

Unmetal

BassKass
Publié le 14 octobre 2021

Développeur

@unepic_fran

Éditeur

Versus Evil

Date de Sortie

28 septembre 2021

Prix de lancement

20 €

Testé sur

PC

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Une voix éraillée de soldat fatigué et abîmé par la vie, une arrestation pour un « crime qu’il n’a pas commis » et une tendance à la petite blague après avoir assommé le moindre adversaire, Jesse Fox est un pur produit de son temps, la fin des années 80. Jesse Fox est aussi un pur produit de la parodie, car – comme aperçu dans la preview de ShutanUnmetal est un hommage assumé aux débuts de la série de jeux Metal Gear, à son héros à bandeau Snake et à l’humour de collégien apprécié par son créateur, Hideo Kojima.

Jeu d’infiltration en vue de dessus, Unmetal pousse le joueur à longer les murs, à distraire les gardes et à les laisser en vie – par un coup de pied dans la mâchoire, chloroforme ou soin en cas de balle perdue – et à déjouer les caméras et autres capteurs thermiques. Comme dans pas mal de jeux d’infiltration, il est aussi possible de jouer la manière forte et de débarquer face à un garde en lui tapant sur l’épaule avant de lui casser la figure, ce qui est certes satisfaisant mais ne rapporte aucun point d’expérience pour la progression de Jesse et l’obtention de bonus, d’où l’importance de favoriser la furtivité au maximum.  Tout à fait classique et bien connue depuis tant d’années, la formule est ici parfaitement maîtrisée, avec des petits twists comme des ennemis pouvant se réveiller, des drones et araignées mécaniques impossibles à endormir ou des chiens beaucoup trop vifs et dont il faudra doublement se méfier, à moins de réussir à les distraire…

Monsieur bricolage

Là où Unmetal se démarque – et rejoint les bonnes idées de gamedesign du créateur dont il s’inspire -, c’est qu’il accorde une place très importante à l’inventaire, aux combinaisons parfois farfelues que celui-ci permet et à leur adaptation aux différentes énigmes et affrontements spéciaux auquel Jesse fait face. Un peu comme dans un Point ‘n Click, il faudra trouver un crochet en fer à joindre à notre vieille corde pour qu’elle puisse supporter notre poids, traverser un champ de mines, fabriquer un radeau de fortune dans les égoûts ou même tout faire pour entrer dans le costume du parfait livreur de pizzas… Contrairement à beaucoup de jeux où on finit par délaisser certains objets dans le sac à dos, le moindre mégot, bidon ou câble pourri trouvera son utilité  – véritable ou humoristique – à un moment de l’aventure. Le level design suit ces éléments de farfouillage et de recherche, en obligeant quelques allers-retours « à l’ancienne » – pas désagréables car les niveaux sont plutôt bien proportionnés et le pixel art fort agréable à l’œil –  dans la dizaine de missions que compte le jeu. Quelques phases d’action pimentent à intervalles réguliers la partie, avec chronomètre, musique à suspense et nuées de drones à faire exploser à la grenade, au lance-roquettes, au lance-flammes,  d’autant que Jesse devra faire face à des boss très portés sur la bagarre : sergent grenadier, combat à grand coup de mappemonde,  bourrin à mitrailleuse, char d’assaut et quelques surprises loufoques et autres détournements de combats de boss, accompagnés d’une mise en scène tout droit sortie de votre jeu de baston préféré.

meta gear

Ces écrans d’introduction de combats à la Street Fighter ne sont pas les seules références distillées dans Unmetal. Le jeu est rempli de clins d’oeil et coups de coude dans les côtes des fans de cinéma bis, de jeux vidéo et de films d’action bas du front, dans un grand coffre à blagues « méta » qui mériterait un peu de tri, le jeu étant plus proche de  « T’AS LA RÉFÉRENCE HA HA T’AS COMPRIS C’EST DRÔLE HEIN » que de l’hommage subtil. C’est d’autant plus chargé que le jeu opte aussi pour une narration en voix off pourtant assez bien vue – Jesse raconte sa mission lors d’un interrogatoire, et également lors d’une discussion inattendue dont nous ne révèlerons rien – qui offre de chouettes moments où les actions du joueur sont commentées et remises en question par le récit de Jesse ou bien par les questions de son interrogateur. Nombreux sont les moments où le joueur influence son destin en choisissant les réponses de Jesse : ce garde était-il ivre ou endormi ? Y avait-il des rats ou autre chose dans ces égouts ? Manquait-il un XPF ou un CRT dans la commande de cet ordinateur ? La réponse est laissée au joueur, bien souvent trompé avec malice par le jeu, dans une sorte de livre dont vous êtes le héros porté sur le sadisme et la sauvegarde à relancer avec le sourire après une décision aux conséquences surprenantes.

Ce mille-feuilles narratif est complété par un téléphone reprenant les bien connues conversations de Metal gear, où il est possible d’obtenir des indices sur la marche à suivre où juste d’assister à des dialogues idiots. Il y a un gros travail d’écriture dans Unmetal, c’est indéniable mais le gâteau peut néanmoins se révéler bourratif : les cut scenes interrompent un peu trop l’action – on se contenterait aisément d’une voix off la plupart du temps – et peuvent s’étendre en longueur pour insister sur une vanne plus ou moins à votre goût. Les vannes sont d’ailleurs ouvertes sur l’humour de caserne, de salle de garde, de vestiaire – choisissez votre lieu de blagues lourdes préféré. Jesse n’est pas un garçon très finaud – c’est plutôt drôle quand on s’en rend compte au début et tout le monde est au diapason dans le jeu, en fait – mais l’écriture ne l’est pas non plus. Sauvegarder dans les toilettes, pourquoi pas, mais mitrailler les allusions pipi/caca/zizi/cucul et autres mots pas malins sur la prétendue sexualité des gens, ça fatigue très vite, à tel point qu’on en vient à redouter la moindre séquence de dialogue dans le jeu. Un sergent hurleur de saloperies comme dans Full Metal Jacket, ça peut poser un personnage antipathique et mémorable et servir un propos. Mais 12 sergents hurleurs de saloperies, c’est juste pénible et ça ne raconte plus grand chose.

Unmetal est un jeu bien rythmé, très bon mélange d’infiltration, d’action et de réflexion avec quelques pas de côté bien vus dans la narration et pas mal de twists dans le gameplay. On se serait volontiers contenté de ça, tant la surcouche narrative peut se montrer pesante et l’humour lourdingue. Comme un hommage fidèle aux jeux d’Hideo Kojima, en fait…

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