Critique

Persona 5 Royal

Vasquaal
Publié le 20 février 2021

Développeur

Atlus

Éditeur

Sega

Date de Sortie

04 octobre 2021

Prix de lancement

60 €

Testé sur

PS4 Pro

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Pendant que deux grands noms du jeu de rôle à la japonaise connaissaient le succès avec de la high fantasy, un autre éditeur de l’archipel tenta une direction différente. Plus intéressé par l’idée d’un rpg prenant place dans un Japon contemporain, la série culte des Megami Tensei naquit, et avec elle une autre série spin-off, les Persona. Persona 5 en est le dernier spécimen, à l’origine conçu pour la Playstation 3. Revenant dans son édition dite Royale, c’est réservé à la Playstation 4 que nous avons droit à ce retour pas tant inattendu que cela.

Sa Royauté 5ème du nom

Dans sa version Royale, les ajouts sont substantiels sans être renversants. Ils rendent un excellent jeu simplement meilleur et encore plus généreux qu’il ne l’était déjà étant donné qu’il peut flirter aisément avec une centaine d’heures de votre vie passées aux côtés de ses personnages attachants. Pour autant, ces ajouts auraient aussi très bien pu être sous la forme d’un contenu téléchargeable adjacent au jeu originel. 

Lister ces améliorations n’est objectivement pas très intéressant, alors pour le coup, il me semble plus judicieux d’en parler sur ce qu’ils apportent en termes de confort et de qualité de jeu. Disons que ces ajouts vont rendre votre vie dans ce Tokyo de l’étrange plus facile. La présence notamment d’un grappin apporte de la verticalité dans des donjons/palais déjà riches de leurs largesses tout en offrant de nouvelles opportunités tactiques dans la manière d’aborder les ennemis. 

Morgana, un chat qui apparaît être très vite plus qu’un chat qui parle, vous embêtera aussi moins avec vos activités extra-scolaires nocturnes. Globalement, le jeu s’enrichit et comble les vides avec du contenu renforçant la qualité de son expérience. Il donne plus de sens à explorer ses donjons, offre plus de liberté dans nos égarements ludiques et dans son ensemble nous offre plus de liberté, plus de plus, toujours plus. Ces additions s’expriment également au travers d’un jeu vidéo très traditionnel dans sa façon de penser son contenu à une époque où tout se négocie au travers de DLC et autres microtransactions agressives. 

Avec ce qu’ils appellent le repaire des voleurs – qui n’est plus ni moins que le palais de son protagoniste principal – il sera possible d’admirer nos choix en matière de décoration comme l’exposition de nos récompenses résultantes de nos accomplissements dans le jeu. Un nouveau quartier basé sur le Kichijoji de Tokyo agrémentera quant à lui le temps libre de notre protagoniste de nombreuses activités secondaires rallongeant un peu plus la liste des choses que Persona 5 nous permet de faire, comme si celle-ci n’était déjà pas fort copieuse.  

Une extension de contenu qui restera réservée cela dit à la Playstation 4, et contrairement à son édition première ne trouvera pas ici le chemin de la troisième génération de la console de Sony. Il est vrai que cette édition Royale bénéfice de quelques améliorations d’ordre technique pour mieux coller à une console prétendant à plus de puissance, même si les dites améliorations sont plus discrètes qu’autre chose, Persona 5 compensant à l’origine largement son retard technologique par une direction artistique sophistiquée et parfaitement réussie. 

Avec Persona 4 Golden ayant trouvé le chemin du PC, et Persona 5 Strikers prévu également sur cette plateforme pour très prochainement, on se voit alors rêver de voir débarquer ce cinquième opus sur nos machines de bureau. Une venue qui fait d’autant plus sens puisque Strikers s’approche à grands pas sur les dites machines alors qu’il s’agit pourtant d’une suite en quelque sorte au Persona 5 d’origine.

La force de Persona 5 est de poursuivre sur la même longueur d’ondes que ses prédécesseurs, usant du prétexte d’une ambiance de fin de monde, et, d’événements fantasmagoriques pour mieux parler des gens, notamment dans son cas d’adolescents et de la société japonaise en général. Le commencement de Persona 5 est celui d’un jeune garçon qui voulant aider une jeune femme agressée par un homme adulte – adulte est important ici – se verra alors injustement accusé d’actes de violence envers ce dernier.

Une affaire personnelle

Persona 5 n’hésite pas à jouer sur des thèmes matures et parfois sombres, à critiquer l’hypocrisie dont peut parfois faire preuve la société japonaise, notamment dans sa volonté de ne pas faire de vagues, l’image que l’on renvoie semblant plus importante que tout. Ainsi, notre protagoniste principal pourtant sans souci, se verra passer de citoyen responsable voulant aider son prochain à un délinquant pour avoir osé s’opposer aux velléités d’un adulte mal intentionné. C’est à partir de là que va également se dégager une seconde thématique très importante de Persona 5, celle du rapport des adultes à leur jeunesse, et vice-versa. 

De manière récurrente, les intrigues de Persona 5 nous invitent à nous questionner sur les faux semblants dont se pare le monde des adultes pour par moments manipuler et faire souffrir ceux-là même qu’ils sont censés protéger. On se retrouve alors à explorer et ce dès le départ, l’histoire d’un adulte à la façade mensongère, se présentant comme quelqu’un de bien et positif, un professeur de sport qui plus est, alors que la réalité est tout autre, faite de brimades, d’abus et harcèlements de toutes sortes, poussant parfois certains étudiants à se confronter à l’idée du suicide.

Le suicide et le harcèlement sont des sujets qui touchent de près les jeunes adolescents qui en sont souvent les victimes, notamment dans un Japon qui a dû faire face à plusieurs reprises à des phénomènes similaires et récurrents. Il n’est donc pas étonnant de les voir évoqués ici, surtout dans un jeu dont la thématique narrative et son titre, Persona, renvoie sans équivoque à la psychologie analytique de Jung dont le concept de persona – encore ce mot – en constitue un des éléments importants. Si à son origine le mot latin persona faisait référence aux masques que portaient les acteurs au théâtre, en psychologie, ce mot peut désigner des “masques sociaux”, où le personnage que nous autres humains jouons pour mieux tenir notre rôle dans la société et l’image qu’elle nous renvoie.

Il s’agit tout bêtement de l’art du paraître tel que la société l’attendrait de nous. Dans Persona 5, on parle d’un masque littéral qui fonctionne pourtant à l’envers. Dans le jeu, mettre ce masque permet à nos héros de faire appel à leur persona, une projection qui viendra se battre à leur côté contre les ennemis qui peuplent les donjons. Faisant ainsi, ils se révèlent entièrement plus vrais que jamais, alors qu’en dehors des dits donjons, sans leurs masques, ils jouent un rôle que leur impose la société avec ses codes sociaux et ses obligations. Les donjons eux-mêmes ne sont que la manifestation de l’égo de leur propriétaire, jusque dans leur représentation matérielle, cachant des secrets que nos héros auront à découvrir pour soigner le mal qui habite le maître.

Ainsi derrière ses allures de jeu en tour par tour, avec son système de combat dynamique rythmé par les notes jazzy et bebop de sa bande-son, son esthétique pop assumée, un concentré de dialogues plus que souvent intéressants se prenant parfois pour un visual novel, on y découvre un jeu complet, riche de ses relations à l’autre, de leurs interactions et de la plongée dans la psychée humaine dans ce qu’elle a de terrible comme de fragile. Il n’est donc guère étonnant que notre protagoniste principal gagnera en puissance en entretenant ses relations avec les gens qui l’entourent, ce jeu du soi à l’autre permettant d’améliorer la puissance de nos persona.

Persona 5 est un jeu riche et profond qui mériterait de toucher plus de plateformes pour toucher plus de gens. Il réussit un mix étonnant entre son gameplay, son histoire et ses thématiques en les imbriquant les uns dans les autres formant un mélange subtil et intelligent. Sa version Royale est simplement un gros bonus qui n’intéressera que les fans hardcore de la série. Il ne lui manque plus qu’une version PC, voire Switch pour satisfaire le plus grand nombre. Un jrpg passionnant qui vous prendra allégrement une centaine d’heures de votre vie, et vous les rendra au centuple.

Kunai

Au plus près du metroidvania

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