Rapide Critique

Blind Drive

Skywilly
Publié le 19 mars 2021

Développeur

Lo-Fi People

Éditeur

Lo-Fi People

Date de Sortie

10 mars 2021

Prix de lancement

8,19 €

Testé sur

PC

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L’idée est géniale : vous êtes un pauvre type coincé dans une voiture sans aucune visibilité sur la route. Seul le tableau de bord avec la vitesse et votre kilométrage apparait à l’écran. Tout le reste est en vocal, rendant le jeu très difficile d’accès pour quiconque ne comprend pas les voix anglaises. Passé ce point précis, Blind Drive peut entièrement être joué sans regarder l’écran qui ne fera apparaitre que de simples effets lumineux, par ailleurs très réussis, en fonction des situations.

Car votre folle course vous amènera à jouer une aventure se voulant excessivement humoristique, à base de mafieux, d’une vieille dame au passé étonnant et aux situations rocambolesques. Vous allez successivement être poursuivi par la police, plonger dans un océan bien miné ou encore échapper à des fous de la gâchette en plein désert. Blind Drive tient plus ou moins la route sur ses deux à trois heures de jeu qui grimpent rapidement en difficulté.

Tout n’est qu’écoute et rapidité d’exécution : vous devez jouer avec un casque sur les oreilles et une bonne gestion Stéréo, tant le son est important. Deux seuls boutons sont utiles : la gauche et la droite. Vous entendrez venir à gauche ou à droite les obstacles, voitures et autres situations à éviter ou à frapper selon ce que vous demanderont les protagonistes du jeu dont vous êtes la victime. Éviter les voitures et les crashs, foncer au bon moment sur la police pour les envoyer dans le décor, frapper les cyclistes pour récupérer des points de vie ou dans les véhicules des vendeurs de glace pour fonctionner sous LSD sur de longs kilomètres. Toujours avec une mise en scène parfaite et un traitement audio qui frôle la perfection.

Et Blind Drive va tragiquement avoir les gros défauts de ses toutes aussi grosses qualités. La première heure de jeu est fantastique tant l’expérience fonctionne et se révèle plutôt drôle à l’écriture. Et puis les situations s’enchaînent et peinent rapidement à convaincre sur le long terme tant elles manquent de plus en plus d’inventivité jusqu’à un final perturbant. Un final pour beaucoup de joueurs qui seront bloqués sur un mur de difficulté plutôt conséquent d’un coup d’un seul, s’obligeant à relancer maintes fois le jeu et ses checkpoints pour tenter d’en sortir et découvrir la suite de l’histoire.

Mais ce qui fait vraiment de la peine, finalement, c’est le choc frontal que se prendront les joueurs les moins prévenus de l’humour noir que propose Blind Drive quand d’un coup d’un seul, il vous demandera (à 80% du jeu terminé) de… rouler sur des passants. En aveugle, avec le bruit des roues sur les gens, les cris et cette volonté de « rechercher » nos cibles en écoutant précisément ou elles se trouvent juste via le son. Cela renvoie à des moments plutôt tragiques de ces dernières années qui ne nous laissent pas indifférents. Le terrorisme, Nice, les pires moments des chaînes d’info en boucle.

D’un coup d’un seul, l’humour ne fonctionne plus, l’écriture étant en deçà à ce moment de l’histoire. On a juste l’impression d’un GTA sans visuel pour contrebalancer, sans univers un peu parodique pour rassurer, sans ambiance « de jeu vidéo » pour calmer l’angoisse. Si Blind Drive s’était vendu comme un jeu se voulant réaliste et sombre alors les joueurs auraient été prévenus et le souci ne se serait pas posé, le malaise faisant alors partie de la promesse. Là, on passe d’un road trip rigolard à la Tarantino qui d’un coup d’un seul perdrait tout son pastiche et sa folie pour ne rappeler qu’à la nausée du « vraie monde » qu’on évitait avec intelligence de mettre en scène depuis le début du jeu.

On passe du génie à la gêne, aux trois quarts du jeu, rendant forcément triste du résultat final ayant tout de même touché du bout du doigt la perfection. Blind Drive est tant une expérience particulière n’utilisant que si peu de sens qu’il met en exergue l’audio et renvoie à des souvenirs plus ou moins terribles chez chacun.e. Quand l’écriture d’une expérience virtuelle se confronte à la dureté du vrai monde, le choc est violent.

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