Critique

Biomutant

Skywilly
Publié le 14 juin 2021

Développeur

Experiment 101

Éditeur

THQ Nordic

Date de Sortie

25 mai 2021

Prix de lancement

60 €

Testé sur

PC (GOG)

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Prévu, repoussé, perdu de vue puis annoncé de nouveau, Biomutant a toujours été vu comme une petite curiosité d’une fraicheur qu’on espérait assez élevée pour donner un coup dans la fourmillière vidéoludique ayant toujours tendant à trop se ressembler d’un jeu à l’autre. Avec sa fourrure soyeuse et son envie de bien faire, Biomutant débarque avec la ferme intention de faire comme les grands dans une cour dont il avait sans doute très mal mesuré la dimension. Le temps qu’il passe du préau au terrain de foot, la fin de la récré est déjà sifflée. Mais si je vous dis que malgré tout ce projet force le respect, vous me croyez ?

L’envie de bien faire

Nous sommes dans un futur d’après apocalypse : plus une trace d’humanité réelle n’est à déceler, seuls restes les vestiges de notre civilisation. Maintenant, le monde est peuplé de créatures mutantes : des animaux que l’on connait bien, mais qui se sont davantage inspirés de Rocket Racoon et Howard the Duck que d’Ulysse et Platon. Tout commence, avant de fouler le monde ce ce Biomutant aux airs très originaux, par la conception de votre personnage : celle-ci se fait intelligemment puisque la sélection des aptitudes de celui-ci le modifiera visuellement. Ainsi, vous aurez un personnage physiquement en lien avec ses aptitudes : intelligent ? il a un plus gros crane. Rapide ? il est plus élancé. Etc.

Une fois dans le jeu, préparez-vous psychologiquement à devoir supporter 1 à 2 heures de tutoriel insupportable. « C’est pour le bien du jeu » diront certains, mais il échoue tout de même fatalement à s’expliquer plus simplement. On vous conseille rapidement de supprimer la voix-off des options du jeu, tant elle est insupportable. De toute façon, les mutants du jeu parlent un schmilblick incompréhensible sous-titré : vous n’avez pas besoin de cette voix-off qui vous cassera les oreilles à tout bout de champ et ruinera toute découverte et voyage.

Concrètement, qu’est-ce que Biomutant ? C’est un condensé de plein d’idées déjà vues dans l’industrie du jeu vidéo depuis quelques années, dans une ambiance originale de désolation et mutation. Sorte de dessin-animé adapté en un look réel. Vous voyez le Tortues Ninja de Michael Bay ? On s’approche de ça dans l’idée : oui, ce n’est pas vraiment une qualité, mais au moins vous avez la bonne vision de la chose. Reste qu’avant tout, c’est un monde libre complètement calqué sur la formule Ubisoft qui ne cesse d’être redigérée et resservie. Vous aurez le droit à plusieurs objets et endroits à collecter et visiter sur une carte qui, et c’est tant mieux, ne vous indique pas une multitude de « ? » pour vous dire où aller. Reste que combiné à un principe de camps ennemis complètement repompé de FarCry, Biomutant est un monde libre Ubisoft développé par 15 fois moins de personnes et ça se voit.

Des murs invisibles de partout, une latence dans les commandes, des montures complètement buguées (essayez de sauter à cheval pour rigoler un peu) et un tas de petits détails nous indiquent que le développement du jeu a été compliqué et n’a pas réussi à trouver de solutions à de nombreux détails de ce monde pourtant si original. Et ces soucis nous suivront tout du long.

Même au niveau des combats c’est très perfectible. On peut se battre aux poings et/ou à l’arme blanche de différents types (armes à une main, deux mains, bâtons, etc) mais aussi à distance avec un boomerang ou des fusils de toutes sortes. Si cette deuxième option ne s’en sort pas trop mal, la première joue avec les caméras d’une façon totalement insupportable : le jeu cible automatiquement l’ennemi le plus proche et force votre coup à toucher cet ennemi choisi. Le problème c’est que n’avoir aucun contrôle ou presque sur cette visée rend les combats extrêmement ennuyants et malhonnêtes dans leur approche. Matraquez juste des boutons et vous viendrez à bout de vos ennemis… Et ce ne sont pas les esquives et autres parades qui sauveront le jeu, tant la latence des coups rend le tout très mal rythmé.

Succession de ratés

Reprenant le principe des Plateformes 3D à la Banjo & Kazooie de proposer des personnages amusants pour symboliser un type de quête en particulier, Biomutant est pavé de bonnes intentions mais enchaine les personnages vraiment flippants, entre l’otarie pirate qui se bourre la gueule au bar du coin et cette loutre Elvis Presley qu’on dirait tout droit venue d’un rip-off de l’Age de Glace vendu au NOZ du coin à 2€.

Néanmoins, votre quête est simple : réunir une tribu de votre choix (gentille ou méchante, c’est très manichéen) en capturant tous les avant-postes de la région, avec en filigrane une recherche des origines du monde et la volonté de vaincre une demi-dizaine de gros monstres imposants, véritables prédateurs de ce monde, pour rétablir la paix. C’est très convenu, surtout l’aspect du choix noir ou blanc, littéralement indiqué ainsi avec de petits êtres volants : noir pour le mal, blanc pour le bien. Un peu plus de finesse aurait rendu l’idée très intéressante mais en l’état, c’est un peu consternant.

Passées les deux heures de gros tutorial insupportable, le monde s’ouvre au joueur et malheureusement, il est très vide. On parcourt les quelques kilomètres de la zone sans trop de motivation, avec quelques jolis plans visuels mais une absence totale de découvertes. Des grottes, des camps, des égouts, toujours les mêmes biomes nous demandant de battre de l’animal mutant et ouvrir des coffres d’objets afin d’espérer mieux s’équiper. Ah oui, parce qu’il y a du loot. Et du craft.

Pour vous équiper, vous devrez trouver des armes et des armures dans les coffres et sur vos ennemis. Pour davantage de force de frappe et de défense, vous pourrez concevoir vos propres objets à équiper, via les différentes ressources que vous trouverez là aussi tout au long de l’aventure. Un petit problème d’équilibrage est à préciser : on trouve très rapidement des objets de haut niveau qui ne nécessitent pas de passer par la case du Craft.

Biomutant est aussi un RPG, du coup on vous demandera de placer des points d’aptitude à chaque niveau de personnage déverrouillé. Et si comme moi vous mettez tout dans la Chance, alors votre potentiel de bon loot sera démultiplié et le craft ne servira définitivement plus à rien. C’est dommage car l’idée est toujours bonne et surtout, la réalisation est intéressante : il y a beaucoup de types de matériaux à débloquer et d’effets à placer sur nos armes et armures. Mais le loot étant toujours plus puissant, on s’en passera rapidement.

Mais pour les plus jeunes ?

Vous l’aurez compris, Biomutant est un certain ratage et une grosse déception. Néanmoins, pourvu que vous acceptiez que les plus jeunes joueurs tirent sur tout ce qui bouge et pissent sur des panneaux de signalisation pour marquer leur territoire et le point de contrôle (et de voyage rapide) sur la carte, Biomutant pourrait trouver son public chez les adolescents. Parce qu’il est globalement assez déjanté dans son approche. Sa direction artistique qui part absolument dans tous les sens, sans réelle signature, peut aussi donner un aspect assez Punk qui plaira à des nouveaux joueurs qui se rebellent un peu et veulent jouer à autre chose que Mario et Animal Crossing. On est tous passé.e.s par-là, ne faites pas comme si vous ne compreniez pas de quoi il est question ici… bande de rebelles !

Sincèrement, je reste persuadé que l’aspect complètement cassé et foutraque du jeu lui permettra de trouver son public. Ajoutez à cela le fait qu’il transpire la galère de développement à tous les instants, qu’il est un projet bien trop ambitieux qui sort dans un état beaucoup plus propre qu’escompté malgré tous ses soucis, et vous comprendrez aisément qu’on peut l’apprécier malgré tout. Alors certes, ça s’appelle le Syndrome de Stockholm. Mais ça fonctionne.

Biomutant est cassé, trop ambitieux, s’inspirant beaucoup de la recette UbiSoft moderne déjà très discutable mais ici développée par beaucoup moins de personnes. Le résultat est un jeu beaucoup trop bavard, qui part dans tous les sens et veut proposer mille et une choses sans réussir à en proposer une seule qui soit complètement gérée de bout en bout. Néanmoins, derrière ce qui semble être un triste ratage se cache une œuvre si décalée et foutraque qu’elle trouvera assurément et paradoxalement son public. Les goûts et les couleurs…

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