Rapide Critique

Last Scenario

Catel
Publié le 9 juillet 2022
Last Scenario

Développeur

SCF

Éditeur

SCF

Date de Sortie

2012

Prix de lancement

Gratuit

Testé sur

PC

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur reddit
Partager sur email

RPG Maker a longtemps eu mauvaise réputation, et comme beaucoup de mauvaises réputations injustes, elle vient des 90% qui en sortent (loi de Sturgeon : « 90% d’un truc donné est mauvais »). Mais comme tout outil, sa valeur réelle correspond au meilleur qui en est tiré. Et si Last Scenario, création de l’auteur « SCF » en 2012 n’est peut-être pas LE meilleur (on peut penser à To The Moon, LISA, ou même des productions commerciales célèbres comme Yuppie Psycho), il est largement dans les 10% en question.

Last Scenario est un RPG d’apparence très classique. Le jeune Hilbert, qui rêve de devenir un héros, est approché un jour, dans son village, par une mystérieuse femme qui lui remet le sceau du grand héros Alexander, affirmant que Hilbert est son descendant et que son destin est de sauver le monde du retour prochain des démons qui ont combattu Alexander et les humains lors d’une grande guerre il y a 300 ans.

Le moindre mot de ce pitch vous paraît complètement cliché et vous fatigue d’avance ? C’est normal ! L’intention de SCF était de prendre le maximum de conventions de JRPG… et de les déconstruire complètement une par une. Il aurait été impossible de critiquer le jeu sans vous spoiler au moins cela, mais sachez que si vous vous engagez pour cette aventure, vous êtes parti pour un tourbillon de 30 heures d’intrigues, de mystères et d’action dont les arcs sont remarquablement écrits, se recoupent, se conjuguent et se répondent avec une maîtrise assez remarquable. (A ce sujet, si vous ne l’aviez pas saisi, « Last Scenario » est un jeu de mots sur « Final Fantasy ») L’histoire, il faut le dire, est portée par des personnages caractérisés par un rare souci d’humanisme, de pertinence et de vraisemblance. Aucun n’est une caricature stupide, tous ont des motivations profondément personnelles et des raisonnements logiques, et les dialogues brillent d’intelligence et de maturité, sinon de truculence. Il y a évidemment des imbéciles et des naïfs, et au final il y a tout de même des gentils et des méchants, car la déconstruction des clichés est accompagnée d’une reconstruction, mais même les méchants sont crédibles.

L’autre caractéristique de Last Scenario, c’est son système de combat, plus proche de Phantasy Star que de Final Fantasy. Au tour par tour, il a ceci d’original que les sorts doivent être équipés par les personnages en fonction du nombre de slots disponibles (deux au départ et jusqu’à cinq). Chaque sort comporte un effet classique, et une variante beaucoup plus chère qui n’est activée que par le remplissage d’une jauge des dégâts… encaissés par le personnage ! Car Last Scenario est dur. Très dur. Vraiment dur. Les boss, très nombreux, cognent très fort. Les consommables sont, pour la plupart, difficiles à trouver, et Last Scenario fait partie des rares RPG où, au lieu de les accumuler sans les utiliser, vous allez pour une fois être porté à les balancer sans trop hésiter. Chaque combat de boss devra être réellement réfléchi et un tantinet planifié en fonction de ses forces et faiblesses identifiées. Mais le jeu a ceci de brillant que la difficulté n’est jamais injuste, même si personnellement, je l’ai lâché à la toute fin (en partie parce que j’ai pu malgré tout la découvrir sur ce let’s play incroyablement complet et détaillé https://lparchive.org/Last-Scenario/ ), lorsque tout devient très fastidieux.

A l’instar de Final Fantasy, Last Scenario propose également un mini-jeu fort bien conçu, le Hex, jeu de tuiles proche du Tetra Master de FF9. Le Hex propose sa quête propre, mais surtout ses tuiles peuvent être échangées contre des objets qui peuvent s’avérer fort utiles. On en obtient également dans le jeu en battant les ennemis. Heureusement, il est absolument facultatif et d’ailleurs, n’y ayant pas accroché, je n’y ai pas joué de tout le jeu.

La progression, elle, suit un schéma classique : ville-forêt-donjon-ville etc. Les donjons sont courts mais les combats aléatoires généreux. Lorsqu’on a compris qu’on peut facilement s’échapper des combats (sauf des boss) et qu’une sauvegarde est systématiquement placée juste avant un boss, on apprend vite à tracer les donjons et à quasiment transformer le jeu en boss rush, entrecoupé de séances de farming/grinding (pas folichonnes) destinées à grapiller les deux ou trois niveaux qui font la différence et l’argent qui… ah, je ne vous l’avais pas dit ? En plus de tout le reste, le moindre équipement est démesurément cher et vous devrez compter chaque denier de votre bourse pour choisir entre une meilleure armure et une nouvelle arme pour chaque personnage. Bon courage !

Techniquement, le jeu est essentiellement basé sur les assets de RPG Maker ; toutes les musiques en proviennent, mais elles sont très bien intégrées au jeu. SCF a réalisé lui-même une partie des graphismes, notamment les portraits des personnages et certains ennemis, dans un style assez cohérent mais qui relèvera des goûts de chacun(e). On peut également reprocher au jeu un côté très sec, en partie dû à sa difficulté. Le game design n’est guère fantaisiste et en-dehors du Hex, ne propose quasiment pas d’à-côtés (très peu de quêtes secondaires).

Bien que datant déjà de 2012, Last Scenario est certainement l’un des meilleurs jeux auxquels j’ai joué cette année, grâce à la maîtrise aussi bien du fond que de sa forme, son côté très « carré » allant de pair toutefois avec une certaine austérité et une modestie de moyens. L’histoire est excellemment racontée, les personnages, tout en respectant certaines conventions d’écriture, échappent aux cases habituelles, et le système de combat est exigeant sans être insurmontable, grâce au tour par tour qui laisse toute latitude à la réflexion. Le genre de jeu qui vous donnera éventuellement envie d’explorer la production amateur de RPG Maker !

Laisser un commentaire