Celestial Mechanica

Développé par le duo Roger Hicks et Paul VeerCelestial Mechanica se propose de nous faire revivre une expérience à l’ancienne, mélangeant réflexion et plate-forme. De quoi se tirer les cheveux à bien des reprises. Mais c’est bien connu, qui aime bien châtie bien…

Nono le petit Robot

Celestial Mechanica vous place dans la peau, ou plutôt dans la carcasse métallique, d’un Celestial. Une race de robot ayant sauvé la Terre en restaurant son équilibre perturbé il y a bien des années et qui a depuis complètement disparu de la circulation. Elle continue à maintenir le calme naturel dans leur forteresse au dessus des nuages appelée Mechanica, faisant presque figure de légende chez les Humains qui n’ont vu aucun habitant de Mechanica depuis des siècles. Vous êtes donc un spécimen rare tombé de la forteresse directement sur Terre et vous allez devoir retourner à Mechanica.

À partir de ce point scénaristique, le titre mélange extrêmement habilement plate-forme et puzzle, avec toujours ce désir de redonner au joueur certaines sensations de gameplay venues du passé. Celui-ci est donc simple au premier abord, mais finalement assez complexe d’autant que le titre n’est jouable qu’au clavier. Au fur et à mesure, la jouabilité s’étoffe offrant de nouvelles possibilités comme le double saut ou la possibilité d’attraper les boules d’énergie ennemies pour les utiliser à des fins plus louables comme pour ouvrir une porte. On aurait aimé pouvoir brancher une petite manette pour pouvoir profiter de cette fabuleuse expérience qu’est Celestial Mechanica avec un peu plus de confort. Parce qu’au final, la difficulté déjà très élevée du jeu est encore rehaussée par un gameplay parfois un peu abrupt et qui pousse souvent à l’erreur comme un double saut qui sort quand on n’a rien demandé. De même les actions basées sur les réflexes sont plus dures à réaliser à cause du manque d’ergonomie du gameplay. Le jeu aurait vraiment gagné à offrir le choix du maniement.

Car oui le jeu est vraiment très dur. Au-delà des aspects purement plate-forme et réflexion se dégage presque un côté exploration à la Castlevania. On passe pas mal de temps à faire des allers-retours dans les différents niveaux pour activer des mécanismes et au final revenir sur nos pas qui ont bien évidemment rencontré bien des embranchements. Loin d’être redondant, ce principe est même excitant tant le Level Design est réussi. On ne parcourt jamais vraiment le même niveau tant les changements sont grands et que les subtilités de constructions ont échappent à notre regard. C’est du grand art que le duo Paul Veer et Roger Hicks a réalisé avec le Level Design du jeu et on finit par être totalement absorbé par l’aventure, presque hypnotisé. Car en plus de nous émerveiller par le talent créatif présent à chaque seconde, le titre n’oublie pas d’être fun. Certes il est d’une grande difficulté, mais les respawn automatiques et très rapides rendent le tout finalement peu embêtant. De même, le foisonnement d’ennemis, de mécanismes, rend chaque action périlleuse et la réussite de chacune d’entre elles offre un vrai plaisir. Un plaisir à l’ancienne, de satisfaction et de fierté, loin des plaisirs superficiels et immédiats d’aujourd’hui. Finalement, à part le gameplay peu naturel, il n’y a quasiment rien à reprocher à ce Celestial Mechanica qui est une merveille de jeu indépendant, prouvant d’ailleurs que le talent créatif et technique des développeurs ne subit pas les limites budgétaires. Une belle leçon.

La forteresse perdue

Outre le talent formidable du Duo Hicks-Veer dans les domaines du Game et du Level Design, les deux compères ont mis le paquet dans le domaine purement artistique de leur bébé. Graphiquement, le titre est un bijou de 2D, magnifique, mignon, attachant, coloré, constamment renouvelé. Bref un pur bonheur pour les yeux et une réussite formidable pour Paul Veer qui s’est occupé de l’animation, elle aussi très réussie. Il faut surtout noter la multiplicité des environnements. Alors certes le jeu est très court, nous y reviendrons, mais jamais le joueur n’aura l’impression de voir deux fois la même zone. Les teintes, les couleurs, les tons changent constamment, parfois même au sein d’un même niveau et on a vraiment l’impression de vivre un vrai voyage. Une sorte de Castlevania sans l’ambiance gothique. Et cela toujours dans une 2D magnifique et remplie de souvenirs. Celestial Mechanica est une donc un pur régal graphique. Et le pire, c’est que le titre est aussi une merveille musicale. C’est bien simple, dans le domaine des jeux indépendants, Roger Hicks vient de signer une des meilleures bandes-son de tous les temps. Au même titre que celle d’un Braid, (qui, rappelons-le, n’avait pas été composée pour le jeu), le travail musical de Hicks rejoint le foisonnement visuel du titre. On change là encore tout le temps d’ambiance, de genre, d’airs légèrement Celtiques à d’autres bien plus Rock, de l’apaisement à l’excitation. Une réussite musicale rarement vue, sans emphase particulière, mais qui colle tellement bien à l’atmosphère du jeu. On est emporté, émerveille, soufflé. Pour qui aime l’indé, Celestial Mechanica est un indispensable, au moins artistiquement.

Mais soyons juste, le titre n’est pas parfait. Nous avons déjà mis en exergue le gameplay au clavier forcément peu agréable. Il faut toutefois revenir sur la durée de vie ridiculement courte. On peut finir l’aventure d’une traite, en à peine deux heures si vous êtes un joueur talentueux. Des jeux courts il y en a, surtout dans notre domaine, mais en plus de la durée trop courte se rajoute la frustration. Car vous vous en doutez, notre robot finit par retrouver Mechanica. Et là on s’attend à voir à nouveau foisonner les idées de Level Design, avec une ambiance nouvelle. On ne fantasme pas, Mechanica est là devant nos yeux, pleine de promesses. Et tout s’arrête là. Quelle frustration pour peu que l’on ait apprécié le voyage ! Vivement une suite pour réparer cette erreur et prolonger cette expérience absolument merveilleuse !

Nous tenons donc avec Celestial Mechanica une véritable merveille du jeu indépendant. Ne vous laissez pas intimider par son aspect minimaliste qui n’est pas présent une fois le jeu lancé. Il faut vraiment tenter l’aventure pour ouvrir grand les yeux à chaque instant, ébloui par la beauté artistique et le talent purement technique d’un duo de noms prestigieux du milieu indépendant. On peut certes lui reprocher son gameplay, pas facile à prendre en main, et à sa durée de vie frustrante. Mais au final, on a retrouvé des sensations tellement fortes, tellement uniques, que l’on oublie un peu tout cela pour ne retenir que le meilleur. Car Celestial Mechanica est ce qui se fait de meilleur, mélangeant les genres avec habiletés et offrant un challenge de tous les instants. Un jeu à tester absolument.

 

Zade

Le petit jeune.

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