Escape Book : Prisonnier des morts

Le jeu vidéo se transforme curieusement de plus en plus en des activités très matérielles telles que les Escape Room (qui font sortir, partager des énigmes et une expérience entre amis) mais aussi ces Escape Book dédiés aux plus jeunes. Alors on ne va pas se mentir, c’est totalement inspiré des Livres Dont Vous Êtes le Héros de notre enfance… 


Prisonnier des règles

Je ne vais pas vous faire l’affront de vous expliquer les règles du jeu ici, mais sachez qu’elles sont bien plus compliquées que dans un Livre dont Vous Êtes le Héros. Enfin non, pas « plus compliquées », elles sont surtout inutilement complexes et nécessitent en fait une simplification de l’explication qui se trouve en début de livre. On s’attend à quelque chose de retord et en fait, pas du tout : il s’agit surtout de lire le roman comme n’importe quel autre roman, puis de faire attention aux différents symboles qui le composent pour se référer à plusieurs annexes en fin de livre qui nous prolongeront l’histoire en fonction de nos actions.

Avant de parler de l’histoire en elle-même, il est vraiment important de préciser que du haut de mes trente ans, collectionneurs de Livres Dont Vous Êtes le Héros et donc plutôt aguerri en termes d’énigmes à lire (tout du moins, j’ai la prétention de le penser), j’ai pris deux bonnes heures avant de vraiment réussir à valider une seule énigme de ce livre. C’est confus, vraiment brouillon et j’ai trouvé qu’au final cela ne menait à pas grand-chose de plus qu’un simple numéro de page camouflé en annexe. J’ai vu des combats du Sorcier de la Montagne de Feu être plus simples d’accès et mener à quelque chose de bien plus aléatoire et amusant à découvrir. M’enfin, ne jouons pas les vieux rabat-joie…


Prisonnier du récit

Le problème de ce second tome d’Escape Book, clairement, c’est son récit. Que l’on se destine aux adolescents n’excuse en rien une écriture d’une platitude sans nom, surtout lorsque l’on parle d’une invasion zombie, d’un laboratoire aux étranges expériences et que l’on reprend tous les poncifs du genre en les servant en soupe tiède et amère.

« Dire que j’étais friand de ces films de zombies ! » (page 7), « comme le souligne Selena dans l’excellent 28 jours plus tard de Danny Boyle ! » (page  16),  « Autant utiliser ma culture geek pour éviter de faire les mêmes bêtises que les acteurs de cinéma Z » (même page). « On entendait ces phrases incohérentes qu’autour des tables de jeux de rôle […] Qu’est-ce qu’on s’était amusés ! » (page 23). « Il n’a aucune arme sur lui (zut, j’aurais aimé m’emparer d’un pistolet, au minimum !) » (page 24), « Bof, dans le doute, c’est une trouvaille de plus. [… quelques lignes plus loin … ] Il va falloir cuisiner le riz au soda… bof. » (page 25). Je m’arrête là ?

Passons sur les références « geek » trop stylées, qui donnent envie de donner des claques au personnage principal. Dans le milieu de la news, surtout sur Internet, nous sommes habitués à utiliser des points d’exclamation n’importe comment et je suis le premier à me donner des claques quand je les utilise trop à mon gout. Ce livre en est totalement envahi.

Tout est exclamé, tout est important, tout est « annonces choc » pour au final ne rien proposer. Surtout, c’est vraiment mal écrit. Je ne doute absolument pas que l’auteur (Frederic Dorne) ait voulu bien faire… Mais c’est mauvais. C’est indigeste. Au-delà de toute considération purement littéraire dont je me passerais bien tant mon statut d’auteur est bien moindre encore (la preuve avec cette phrase sans virgule qui me fait m’essouffler), cela prend surtout les lecteurs pour des imbéciles en les infantilisant, en oubliant qu’ils ont un cerveau, qu’ils sont capables d’analyser, de comprendre des insultes sans avoir à les camoufler par des « zut alors » ridicules. Cela rend le récit encore moins vivant, encore moins réaliste. En un mot, c’est creux.


Non, je ne vous conseille pas cet Escape Book. Le concept me semble complètement inintéressant mais en soi, si le récit est bon, le « jeu » qui viens avec ne me gêne pas. Le problème ici, c’est que le scénario est basique, vu et revu des centaines de fois et qu’il prend surtout les lecteurs pour des imbéciles. À force de dire que les jeunes ne lisent pas, voilà qu’on commence à leur parler comme des analphabètes…

Skywilly

Skywilly

Rédacteur en chef collectionneur de Skylanders et qui passe beaucoup trop de temps sur ces briques Lego. Heureusement qu'il y a des petits jeux pour s'évader ! Auteur de Le jeu vidéo indépendant en 2015 : Portraits de créateurs
Skywilly

Laisser un commentaire