Holofighters : quand le Jeu Vidéo devient du Street Art

C’est via un mail sauvage, sans trop d’indications, qu’on nous a proposé de parler d’une vidéo. Celle que vous trouverez ci-dessous, qui montre des organisateurs d’un évenement somme toute original qui s’est déroulé à Paris récemment. HoloFighters proposait aux passants de jouer à un jeu de combat en pleine rue, via un vidéo-projecteur bien placé. On a voulu en savoir plus et pour cela, on a posé quelques questions à l’un des organisateurs de ce Street Art original.

Bonjour Julien. Tout d’abord, peux-tu nous présenter ce qu’est HoloFighters ?

Holofighters est un VS Fighting rétro-futuriste où s’affrontent Barak et Vlad dans un combat sans merci. Ces deux personnages sont largement inspirés de ceux de Capcom, la firme du jeu culte : Street Fighter. Adeptes du rétrogaming, on voulait que nos deux protagonistes se battent littéralement dans la rue, un vrai Street Fight quoi ! C’est pour cela qu’on a imaginé un système permettant d’utiliser un vidéo-projecteur autonome et de pouvoir projeter nos personnages à taille réelle dans la rue.

Quel est le but de cet événement ? Faire d’un endroit public un réel terrain de jeu ?

Montrer que le jeu vidéo peut être un prétexte à la convivialité et à l’échange. En effet, on souhaite que les gens se réapproprient la ville, que la rue devienne un espace de création et un vecteur de rencontre, et non une simple zone de transition entre le travail et la maison. Depuis le début de notre collaboration Romain, Hicham et moi-même, avec notamment notre vidéo Golden Tiger, réfléchissons à l’interaction de nos réalisations dans le milieu urbain. Aujourd’hui, la reconnaissance du Street Art en est l’illustration, les gens aiment être surpris dans leur quotidien, et nous nous engageons dans cette démarche, l’art est vivant, il doit sortir des musées, faire le mur…

Comment l’évènement a été accueilli par le public ? Était-il composé uniquement de « gamers » ?

Pas du tout, nous avons été nous même surpris par l’hétérogénéité des participants. Certes on avait demandé à quelques potes de venir pour nous soutenir, mais très vite de nombreuses personnes se sont agglomérées autour de nous. En effet, les gens étaient intrigués par ce qu’ils voyaient. La surprise du début a laissé place à l’envie de jouer et de passer un bon moment ensemble. Tout s’est déroulé naturellement et dans la convivialité, chacun attendait son tour, tout en s’encourageant mutuellement.

Qui a conçu le jeu et pourquoi celui-ci représente-t-il Barack Obama et Vladimir Poutine ?

Le jeu a été conçu à partir de codes chinés sur internet. On les a modifiés, mixés, pour avoir un jeu stable et personnalisé. Il y a même la possibilité d’effectuer des combos et des coups spéciaux ! Pour ce qui est des personnages on les a choisis pour leur rivalité qui fait malheureusement l’actualité. Ce sont des icônes antagonistes pour l’opinion publique. Cette dualité est un retour en arrière, on a l’impression de revenir à la fin des années 80, où il y avait d’un côté le gentil américain et le méchant russe, cela s’accordait idéalement avec l’esprit rétro du jeu.

Cela parait « simple » au demeurant, est-ce qu’une telle installation demande en fait pas mal de travail ?

Oui, il a fallu pas mal de temps pour tout mettre en place, car il n’y pas que le jeu qu’il fallait créer, il y avait aussi tout le système de projection embarquée à concevoir. Il fallait que ce soit simple d’utilisation, mobile, assez puissant pour avoir une grande image, une certaine autonomie, sans bruit et écologique. C’est parfois compliqué de faire simple. En fait, c’est le fruit de plusieurs années de développement autour du Street Video Mapping (la vidéo-projection dans les rues).

Et la ville de Paris, que vous a-t-elle dit ? Était-elle au courant ?

Pas du tout, on l’a fait en mode guérilla, sans autorisation, dans la pure tradition du Street Art. Mais on l’a fait tout en respectant les consignes de sécurité élémentaires, en choisissant notamment, un endroit sécurisé pour les participants, un mur dont l’exposition était en direction inverse de la circulation, pour ne pas distraire les automobilistes. Grâce à cette vidéo et l’engouement certain de tous les participants, nous aimerions rencontrer les responsables de la ville de Paris, pour réfléchir ensemble aux possibilités d’intégrer ce type d’espaces directement dans leurs projets urbains.

Pensez-vous recommencer ce type d’évènements ? Dans d’autres villes de France ?

Oui, cet été, nous avons prévu d’en faire d’autres dans différents lieux, à Paris dans un premier temps. Nous n’avons pas encore de dates bien précises pour le moment, mais notre objectif est de pouvoir en faire un maximum dans différentes villes françaises et européennes. Nous avons déjà été approchés par certains annonceurs qui souhaiteraient décliner ce type de dispositif dans le cadre de leur stratégie de communication et de lancements promotionnels.

LA question : Barack ou Vlad ?

Pour être franc, ni l’un ni l’autre, car à travers cet événement festif et convivial, nous dénonçons le retour insidieux de la Guerre Froide. Cette rivalité à déjà des conséquences réelles notamment en Ukraine en ce moment. Mon point de vue est que l’Europe n’est pas la vassale des États-Unis, et que la Russie n’est pas forcément notre ennemie.

* Pour plus d’informations sur ce mouvement de Street Art, n’hésitez pas à consulter le site de Le3, qui se précise lui-même comme “un studio de creation dont le travail se situe a l’intersection de l’Art, du Design, du Live et de l’Image.”

Skywilly

Rédacteur en chef collectionneur de Skylanders et qui passe beaucoup trop de temps sur ces briques Lego. Heureusement qu'il y a des petits jeux pour s'évader ! Auteur de Le jeu vidéo indépendant en 2015 : Portraits de créateurs

Skywilly

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Rédacteur en chef collectionneur de Skylanders et qui passe beaucoup trop de temps sur ces briques Lego. Heureusement qu'il y a des petits jeux pour s'évader ! Auteur de Le jeu vidéo indépendant en 2015 : Portraits de créateurs

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