Deadly Premonition : Director’s Cut

Il est des jeux dont il est difficile de faire un test, tant le contenu proposé divise les foules. Il est des jeux dont on n’arrive pas à lâcher le pad malgré le fait de pester toutes les 5 minutes contre un gameplay rebutant. Il est des jeux dont on n’arrive pas à dire, une fois terminés, si on les aime ou les déteste copieusement. Deadly Prémonition est de ces jeux, ceux qu’il faut vivre comme une expérience ludique à part entière.

Près de deux ans et demi après la sortie de la version Xbox360, Access Games décide d’offrir une version Director’s Cut de Deadly Premonition à la PS3. Director’s Cut signifiant pour eux meilleurs graphismes, gameplay retravaillé, nouveaux gadgets tels des costumes et autres fioritures. Malheureusement Director’s Cut veut visiblement dire aussi bugs graphiques et autres lourdeurs en tous genres écopées pendant le lifting. Techniquement, le jeu est à la ramasse à tous les niveaux et donne l’impression de faire un bond temporel fin PSone. Il fait saigner les yeux dans une bouillie d’aliasing. Il fait saigner les oreilles avec une bande son irritante qui fait carrément pousser le bouton “mute” au joueur durant les combats. Il fait saigner les mains avec un gameplay rigide qui ferait s’impatienter un opossum. Tout est repoussant dans Deadly Premonition. Et pourtant…

Pourtant, il est doté d’une ambiance oppressante et d’une histoire intrigante, véritable hommage à Twin Peaks. Il parvient à établir un réel climat d’enquête. Les témoins se succèdent, tous de parfaits suspects. Aucun spoiler, je ne m’étalerai pas davantage sur l’intrigue, car c’est le point fort (et l’unique) du jeu. Quelque peu convenu, accompagné de quelques twists parfois prévisibles, mais toujours aussi haletants, jusqu’à la fin. L’histoire se découpe en épisodes, se refermant sur un indice capital pour la résolution de l’enquête. Le cocktail d’intrigue, de découvertes macabres, de trip surnaturel et de supputations diverses marche impeccablement bien. On vit l’enquête, avec le désir irrépressible de connaître le fin mot de l’histoire. C’est ce qui maintient la console allumée.

Pour dénouer le nœud de l’affaire, il faudra cependant en passer par des combats insipides et peu précis. D’accord, le ciblage auto est sympa… quand il veut bien viser correctement ! Et il est totalement inutile contre les boss. Certains QTE sont vraiment pénibles à reproduire, pourtant lors de passages stressants très intéressants. Les déplacements en véhicule plus léger qu’une voiture à pédale et allant tout aussi rapidement (à moins de gonfler le moteur ou d’en acheter une autre) auront raison des plus patients. Comble du ridicule, j’ai été choquée de me heurter à une session pêche super aléatoire pour choper un indice nécessaire pour continuer l’enquête. Passage obligatoire, effarant. Il y a moult à faire sur la carte, mais chaque activité proposée devient vite pesante et on se surprend à vouloir passer au plus vite à la mission suivante.

Il est tellement dommage que Deadly Premonition se pare d’un habillage aussi affreux tant les bonnes idées sont foisons. L’obligation de manger et dormir ainsi que de se raser et d’envoyer ses costumes au pressing ajoute au quotidien de notre agent. Un cycle jour/nuit vous oblige à être ponctuel à un rendez-vous ou à surveiller votre montre pour ne pas arriver après la fermeture d’un magasin. Les villageois vivent, se déplacent, et proposent des missions secondaires qui, si elles sont loin d’être passionnantes, offrent des récompenses intéressantes et des informations nécessaires pour bien appréhender les dessous de la ville et tous ses secrets. Les rencontres avec le tueur à l’imper sont bigrement flippantes, un petit côté Clock Tower au passage. On sent d’ailleurs que Deadly Premonition a picoré à droite et à gauche quelques bonnes idées et il est rageant de le voir s’effondrer en ne parvenant pas à les mettre en place convenablement.

C’est un peu ça d’ailleurs. On aimerait tellement adorer ce jeu, tant il propose de bonnes choses et on peste de le voir se rétamer à chaque initiative. Comme quand on voit un gamin qui essaie de faire le poirier et retombe inéluctablement sur ses fesses, incapable de trouver le juste équilibre. Deadly Premonition m’a fait rire, transpirer, frémir, m’interroger, pester, m’exaspérer, éteindre la console dans un soupir de ras-le-bol, sourire à une référence cinématographique, me congratuler d’avoir trouvé le coupable, etc. Et je suis pourtant toujours dans l’incapacité de dire si je l’ai adoré ou détesté. Il est des jeux qu’il faut prendre comme ils sont, pour ce qu’ils ont à offrir, même si c’est maladroitement emballé, juste pour l’expérience, qu’on la vive ou qu’on la subisse.

* Vous pouvez retrouver les oeuvres de Stéphanie sur son blog personnel

4 pensées sur “Deadly Premonition : Director’s Cut

  • David Kuhmel
    15/05/2013 à 01:54
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    Un grand jeu, qui m’a retourné la tête, et les yeux !

    Superbe article aussi ! J’aime cette dualité (vérifiée et confirmée !) qui transpire !
    Les dessins sont un gros plus je trouve ^^

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    • 15/05/2013 à 07:22
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      J’avoue le scénar est complètement dingue, dans le bon sens ! Vraiment plus subtil qu’il n’y parait, fourmillant de bonnes idées ! Malheureusement, certains passages à la fin m’ont vraiment dépitée, dingues dans le mauvais sens cette fois (les deux derniers boss, les chiens!! non mais les chiens… -.-‘ ). Ce jeu a pourtant un potentiel tellement fort, il pourrait être tellement bon, halala il aurait pu être magistral, et c’est vraiment dommage !

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  • 15/05/2013 à 07:33
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    Ho, précision importante pour ceux qui voudraient y jouer : arrangez-vous pour compléter toutes les quêtes secondaires avant l’épisode 4, sous peine de vous retrouver couillonné comme moi ! (j’en ai loupé un paquet à cause de cela)

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  • 17/05/2013 à 12:32
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    Ha, ce jeu semble promettre une expérience unique, j’ai bien envie de me le procurer !

    Au passage, j’aime beaucoup tes tests illustrés !

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