Rymdresa

Rymdresa n’est pas sponsorisé par Elon Musk. Pourtant, nul doute que le milliardaire écologiste pourrait trouver un intérêt à cette conquête spatiale miniature. Les suédois de Morgondag usent du procédural pour nous proposer un jeu d’exploration non violent effrayé par les problèmes de surconsommation énergétique.

Rymdresa (2)Dépasser ses références

Absence de combats, espace infini, exploration… Cette combinaison rappelle Out There, difficile toutefois de reprocher à Rymdresa cette influence vue la qualité du jeu. Morgondag dépasse allègrement la formule Mi-Clos par son endurance, car là où Out There chutait dans sa dernière partie, Rymdresa se maintient de bout en bout. Son propos se voit trituré et exploré dans tous les sens, articulé par une trame cohérente. Nous débutons par la recherche d’une planète habitable pour poursuivre sur l’établissement d’une colonie vivable, enrichie par les différentes ressources dispersées et récupérées aux quatre coins de la galaxie.

Rymdresa (3)Il y a quelque chose de pourri au royaume de Rymdresa…

Nous en profitons pour grappiller quelques points d’expérience, des items nous laissant la possibilité de customiser notre vaisseau. L’envie de puissance -très RPG- nous gagne, poussant à farmer par une recherche de ressources, sans limites spatiales. Les bonus ne manquent pas dans RymdResa, le jeu adoptant le geste classique d’une accumulation de capacités et de possibilités. Pourtant, quelque chose cloche, la satisfaction d’obtenir un nouveau super joujou se voit ternie par une ambiance plus profonde et mélancolique, comme pour interroger le plaisir du joueur.

Dépeuplé, l’univers de Rymdresa expose astéroïdes, planètes solitaires, satellites à l’abandon, sans jamais offrir de réelles rencontres. Au premier plan, ces corps spatiaux obstrueront votre passage, coupant votre avancée, brisant souvent votre barre de vie. Le second plan se fait un peu plus doux -hormis ces soleils mortels- prenant les couleurs jaunies de vieilles photographies, dissimulant malus et bonus. Un troisième fond distille les fantômes de ces mêmes astres, privés de toute interaction. Rymdresa joue avec plusieurs couches esthétiques, sans changer de tonalité, instillant une véritable ambiance, soutenu par toute une prose révélant les doutes, peurs et joies du personnage principal.

Rymdresa (1)Plaisirs textuels

Ce héros anonyme nous parle, nous écrit. Au cours des parties, le supposé sauveur de l’humanité s’exprime, chaque fin d’année (un compteur de temps se trouve au dessus de l’écran), nous laissant découvrir des bribes de son histoire, de sa psychologie. Ces enregistrements audio peuvent rappeler le voyager golden record. Au second chapitre, nous pouvons récupérer ces traces de vie collectées au précédent segment, les rendant ainsi indélébiles mais noyées. En terme de gameplay, elles évoqueront le génie de Bioshock (ou ses ancêtres que je connais pas), vous autorisant à poursuivre votre progression.

Seuls les commentaires accolés aux corps célestes vous contraindront à stopper net votre avancée. Des écrits poétiques pas toujours de très grande qualité mais toujours plus séduisants qu’une traduction française réalisée par un migrant ouzbek. Sans doute ces coupures apparaissent comme trop violentes, le reste du jeu nous poussant à aller de l’avant, inlassablement. Dès lors, nous retiendrons surtout ces petits textes disséminés, entourés de bonus d’xp, sorte d’aphorismes mystérieux.

Petit spoiler (Attention !)

Ces indices mènent au grand final, décevant en apparence, délicieusement deleuzien en réalité. Pour ceux qui liraient ce paragraphe sans avoir terminé le jeu, je vous le donne en mille : notre avatar était dans le coma ! Quelle originalité me direz-vous ! Je vous répondrais que dans ce cas très précis, il ne faut pas franchement s’en préoccuper. Rymdresa suit une trajectoire cosmique, hors des frontières balisées du twist sans éclat. La fin est posée comme un paradoxe, contredisant sans invalider le reste de notre parcours. Cette quête spatiale n’existe que dans le crâne du comateux, pourtant nous ne pouvons écarter le propos écologique. Ce délire prend donc des proportions incalculables, sans pour autant être irréalistes. En retournant cette thématique de la folie, la doublant d’un autre discours, Morgondad parvient à se hisser au dessus de la plupart des jeux vidéo traitant des mêmes sujets.

Rymdresa (4)La maîtrise avant toute chose

Rymdresa parvient à dépasser ses propres composants classiques en maîtrisant son propos et ses mécaniques. Morgondad semble avoir compris qu’en terme de concept, en arrivant après les autres, il fallait pousser plus loin, vers un narrative design intelligent. L’originalité ne fait pas tout, tant mieux pour Rymdresa.

Aime les jeux narratifs, les jeux bizarres, Garou MOW et Rocket League. Il ne parle qu'à la troisième personne (comme Alain Delon), regarde des films anciens, parfois même en noir et blanc, et écoute de la musique bruyante et/ou dépressive. A ses heures perdues, il dirige l'association Random Bazar et participe au podcast Je Game Moi Non plus.

Antoine Herren

Aime les jeux narratifs, les jeux bizarres, Garou MOW et Rocket League. Il ne parle qu'à la troisième personne (comme Alain Delon), regarde des films anciens, parfois même en noir et blanc, et écoute de la musique bruyante et/ou dépressive. A ses heures perdues, il dirige l'association Random Bazar et participe au podcast Je Game Moi Non plus.

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