Yakuza Kiwami 2

Sega poursuit la sortie ou ressortie de ses Yakuza à un rythme soutenu. L’occasion pour une toute nouvelle génération de découvrir cette saga absolument passionnante. Cependant il est aussi vrai qu’il peut parfois être difficile de s’y repérer entre les anciens épisodes parfois entièrement refaits et des suites plutôt orientées vers les joueurs connaissant déjà l’univers, comme avec l’épisode six sorti il y a de cela seulement quelques mois.



Neon city lights

Yakuza Kiwami 2 – qui est le remake du second épisode sorti au Japon en 2006 sur Playstation 2 – apparaît dans une version flamboyante de mille feux sur son Dragon Engine. Ce nouveau moteur maison avait déjà fait ses preuves sur Yakuza 6 même si cela voulait dire perdre un nombre conséquent d’images par seconde pour se contenter d’une trentaine, là où ses prédécesseurs touchait la soixantaine. Une perte en fluidité qui vient en contrepartie offrir une fidélité visuelle supérieure seulement ternie par un aliasing parfois très prononcé sur ma Playstation 4 de base.

Pour autant, on appréciera malgré tout l’excellent travail de sa direction artistique. Ainsi, bien qu’ils soient agréables à l’œil même en pleine journée, les décors de Yakuza Kiwami 2 brillent littéralement et figurativement le plus la nuit, quand les quartiers fictifs de Kamurocho et de Sotenbori revêtent leurs habits de néons. Ajoutez à cela également un très bon travail au niveau des textures – même si quelques unes sont de qualité moyenne – et vous vous retrouverez avec des quartiers vivants et très intéressants à explorer sur le plan visuel tant ils sont fidèles à leurs modèles d’inspiration – Kamurocho et Sotenbori étant respectivement librement inspirés de Kabukicho à Tokyo et Dotonbori-Shinsekai à Osaka.

Pour les nouveaux venus dans la série, Kiwami 2 donnera sans doute l’impression d’une redite de l’épisode Zero. En sus de nous emmener visiter à nouveau le Kansai, on leur trouvera des points communs comme le retour du jeu de gestion d’un club d’hôtesses, qui cette fois-ci s’inscrit dans l’esprit d’un tournoi entre clubs qu’il faudra éventuellement gagner. D’anciens personnages introduits dans Yakuza Zero profitent également du retour de Sotenbori pour répondre à l’appel dans d’inédites histoires secondaires comme seule la série en a le secret. Cela a apparemment eu pour effet que les développeurs se soient séparés de certaines histoires secondaires présentes dans le jeu d’origine au bénéfice de celles-ci.

Ces changements semblent pourtant pertinents dans le sens où ils permettent de mieux inscrire Zero dans la série des Yakuza en créant des liens qui n’existaient jusqu’alors pas du tout, entre ce dernier et les autres épisodes. Ce remake a aussi été l’occasion pour l’équipe Ryu Ga Gotoku de revoir sa copie, même si cela implique la disparition de certains éléments comme des morceaux complets des quartiers précités au possible grand dam des fans de la première heure. Mais je pense qu’on a à y gagner au change, puisqu’en terme de densité urbaine, ces nouvelles itérations de Kamurocho et Sotenbori ne palissent pas en comparaison. Kiwami 2 est aussi plus moderne que son ancêtre entre son système de sauvegarde plus rapide et moins lourd, la présence d’une caméra au téléphone de Kiryu pour prendre selfies comme photos des environs, et, la totale absence de temps de chargement pour se rendre dans une des nombreuses échoppes du jeu.



Histoire de dragons

Kiwami 2 ne se contente pas seulement de reprendre le moteur de Yakuza 6. Il récupère au passage le même système de progression et de combat. Cela se traduit par des animations plus fluides et dynamiques pour Kiryu, ainsi qu’une prise en main plus directe sans la nécessité de changer de style en plein milieu d’un combat. Il est aussi plus aisé d’avoir recours à des armes, qu’il est par ailleurs possible de ramasser et de stocker tant qu’on a de la place dans son inventaire. L’expérience fournie est ainsi plus agréable même si les boss semblent en contrepartie plus difficiles à appréhender. Je ne me positionne aucunement en expert du côté beat them all des Yakuza, mais je dois avouer avoir eu plus de mal qu’à l’accoutumée avec les différents boss de ce jeu. J’ai personnellement tiqué sur une impression, (qui n’en est peut-être pas une), que ces derniers avaient tendance à répéter en boucle des patterns prévisibles et puissantes, mais parfois très difficiles à éviter en raison des possibilités d’esquive limitées de Kiryu.

Il est fort possible que mon incompétence ait pu m’empêcher de trouver la meilleure méthode pour les contrer. Pour autant, je me suis assez vite rendu compte que marteler l’ennemi d’attaques à l’aide de mes armes et charger ma barre de “heat” pour mieux leur placer des coups spéciaux dans les dents, s’est révélé très efficace. Ce qui pour ma part aura rendu ces affrontements répétitifs et parfois ennuyeux. Je considère de toute façon que les Yakuza sont le plus à leur avantage dans la gestion d’une foule agressive plutôt que dans le un contre un pourtant toujours nécessaire à cause du scénario, mais dont la qualité des rencontres se révèle par trop souvent variable. Également parmi mes complaintes, car il y en a quelques unes, ce sont aussi la présence à l’occasion d’ennemis portant un objet lourd tel un fauteuil. Ces derniers servent le plus souvent à nous bloquer l’accès à la suite d’un niveau et sont inintéressants au possible à défaire. Ils ralentissent le rythme du jeu de façon artificielle en ne bougeant pas de leur place, sans parler du fait que rien ne stoppera leur attaque, même nos coups. Il faut donc taper, reculer pour éviter leur attaque, et recommencez jusqu’à en finir avec eux. Lourd et inutile.

Hormis cette bévue de game design, Kiwami 2 respecte assez bien le cahier de charge et reste aussi amusant qu’un Yakuza peut l’être. Si vous aviez aimé les précédents, rien ne devrait vous empêcher d’être enthousiasmé pour celui-ci. Outre l’activité secondaire avec les hôtesses, on retrouve le mini-jeu de gestion de gang de Yakuza 6, avec la particularité que cette fois-ci, on dirigera le groupe de construction de notre ami-ennemi Goro Majima. On reste par conséquent toujours dans un tower defense bénéficiant de son propre scénario. Et pour les fans de Majima regrettant de ne le voir plus, à mesure que l’on progresse dans le scénario principal, se débloqueront plusieurs chapitres assez courts centrés autour de sa personne quelques mois avant les événements de Kiwami 2. Cela sera également l’occasion d’y retrouver un des personnages principaux de ses aventures dans Yakuza Zero.



Jouer au gendarme et au voleur

Mais un Yakuza sans une bonne histoire, ce n’est plus un Yakuza. Si la baston c’est du bon, les aventures de Kiryu au pays de la castagne de rue ne se sont jamais départies d’un bon crime drama dont raffole les japonais. S’il faut se rappeler que le scénario de Yakuza 2 commence à dater d’une bonne décennie, même encore aujourd’hui, je considère qu’il met à l’amende bon nombre de jeux en faisant preuve d’une densité et d’une qualité d’écriture supérieure à beaucoup. Il est vrai que à l’étroit sur Playstation 2, ce n’est que sur la troisième génération de la console de Sony que la série aura pu vraiment s’exprimer ne serait-ce qu’en terme de mise en scène. Et malgré toute sa bonne volonté, ce remake n’élimine pour autant pas certaines scènes fastidieuses de l’original, comme celle de cette interminable course poursuite sur autoroute.

Mais bon après tout, cela fait partie du spectacle d’un Yakuza, entre scènes intimistes et d’autres plus exagérées que jamais avec une action débridée et sans limite. Pour autant, c’est encore une fois en titillant notre corde sensible qu’ils fonctionnent le mieux. Kiwami 2 sublime par ailleurs le scénario de l’original légèrement remanié pour mieux s’intégrer avec le reste de la série et sa modernisation. Outre la mise en scène plus élégante et sophistiquée, c’est aussi le travail très réussi sur les visages lors des cinématiques importantes que le changement le plus perceptible va se faire sentir. Des visages très réalistes et porteurs d’émotions. Pour autant, il peut être difficile de rentrer dans le scénario de Kiwami 2. Je dirai même que pour la première fois, il est impératif d’avoir joué à l’épisode le précédant pour le comprendre entièrement tant et si bien on y retrouve des connexions évidentes entre les deux.

C’est à dire que certaines questions et sentiments laissés en suspens dans Yakuza Kiwami vont trouver dans Kiwami 2 des réponses ou à minima, une forme de catharsis. La particularité de cette intrigue, c’est qu’elle ne tourne pas exclusivement autour de Kiryu. Au contraire, il n’est plus forcément l’unique catalyseur de l’attention. L’histoire de Kiwami 2 va en effet bien au-delà de sa personne en touchant bien plus d’individus qui ne lui sont pas forcément directement liés, tout en créant finalement une forme de résonance avec ses problèmes personnels. Je veux surtout parler de la présence de deux personnages, Kaoru Sayama, appelée la chasseresse de yakuzas, et, Ryuji Goda, surnommé le Dragon du Kansai. D’une façon ou d’une autre, ces deux protagonistes entretiendront une relation complexe avec notre héros à bien des niveaux, que cela soit en apprenant à mieux se connaître en allant au-delà des apparences ou par la rivalité et les poings.

Kaoru est au départ présentée comme une femme compétente au fort caractère qui ne se laisse pas mener par le bout du nez dans ce monde d’hommes. Peu à peu pourtant, au contact de Kiryu qu’elle ne prenait que pour un mafieux sans subtilité comme les autres, elle se dévoilera de manière plus intime au travers des fragilités liées à son enfance compliquée et douloureuse. Sa mission de justice n’est pas seulement d’intérêt public mais également personnelle puisqu’elle recherche le meurtrier de ses parents. Orpheline, son histoire va donc résonner avec celle de Kiryu, également orphelin. Eux venus de deux mondes différents et que tout oppose, vont apprendre à apprécier les qualités de l’autre en trouvant un terrain commun. Bien que particulièrement centré cette fois-ci sur le parcours émotionnel de Kaoru, Kiryu y trouvera par rebondissement un épanouissement personnel par rapport à ses propres démons. Tandis que la présence d’un Ryuji Goda servira à étaler à coups de poings une fois de plus ce qu’ils ont tous véritablement sur le cœur.

La difficulté du scénario de Yakuza Kiwami 2, c’est qu’il est plus subtil que jamais et demande d’aller au-delà de ce qu’il semble dire explicitement pour plutôt aller voir l’implicite. Comme Kiryu n’est pas exactement au centre de cette histoire en étant le vecteur principal de l’émotion, il est possible de se sentir exclu par rapport à ce que vivent les autres personnages de cette histoire. Il faut y voir plutôt une intrigue fonctionnant par ricochet, comme le miroir des sentiments complexes et finalement peu élaborés dans Yakuza Kiwami, notamment par rapport à la relation paternelle difficilement explicable entre Kazuma Kiryu et son mentor Shintaro Kazama. Kiwami 2 lui permet en fin de compte d’en finir indirectement avec un sentiment de malaise laissé en suspens à la conclusion du volet précédent. Une belle manière d’en finir avec ce sentiment mêlé de remords et de culpabilité.


Yakuza Kiwami 2 est un véritable remake comme on aimerait en voir plus. En sus d’être magnifique – au détriment de la fluidité générale du jeu cependant – ses développeurs en ont profité pour remanier ce qui selon eux le méritait, sans pour autant trahir les intentions scénaristiques de l’original. Une belle mise à jour qui permettra aux nouvelles générations de découvrir les débuts de cette série mythique dans de meilleures conditions. Riche en contenu, il saura également vous divertir comme à l’accoutumée malgré un manque de nouveautés flagrantes et quelques redites. Un jeu solide que tout fan se doit de posséder.

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