Shadow : Alors, c’est oui ?

Avant de commencer cet article, il est important de noter que la société Blade qui propose Shadow n’a aucun lien avec GSS. Aucun partenariat n’a été conclu. Le service a été financé sur les deniers personnels du rédacteur. Tous les tests ont été réalisés entre décembre 2018 et janvier 2019, plus de 2 ans après le lancement de Shadow.

Depuis quelques années, les débats sur l’avenir du jeu vidéo sont légion dans la presse spécialisée : réalité virtuelle, nouvelles manières de jouer, course à la puissance, nombreuses sont les spéculations sur nos usages futurs. Mais un sujet assez polémique enflamme de plus en plus les forums, Discords et autre communautés : le Cloud Gaming.


Dis papa, dis maman, c’est quoi le Clahoude guémine ?

Le Cloud Gaming “c’est l’avenir” diront certain·e·s, “c’est une aberration” diront d’autres. Il s’agit d’une machine décentralisée, souvent puissante, localisée chez un fournisseur qui fait tourner un jeu ou un programme pour un·e utilisateur·rice. De son côté, le·la client·e ne reçoit qu’un flux audio et vidéo sur son écran et renvoie en retour les inputs (clavier, souris, manette…). Sur le papier, cette technologie permet de “streamer” un jeu vidéo très gourmand sur une machine modeste. Dans les faits, peu d’expériences ont été concluantes ces dernières années. La technologie en est encore à ses balbutiements et les quelques services existants ont du mal à convaincre les joueur·euse·s, les journalistes et les influenceur·euse·s.

Le défi est de taille ! Pour qu’un tel service fonctionne parfaitement, bien des facteurs sont à prendre en compte :

  • La qualité de compression du signal (vidéo et audio)
  • La qualité de la connexion internet du client
  • Le plus important : la réactivité, afin de réduire au maximum l’input lag (le délai entre la pression d’une touche et sa réaction à l’écran)

Actuellement 2 offres existent : GeForce Now et le Playstation Now. Ayant testé ce dernier, je ne peux le conseiller en l’état, principalement à cause de l’input lag, rendant l’expérience très désagréable.


In the Shadow : les différences

Au milieu des géants américains et japonais, un petit village d’irréductibles gaulois·es fait de la résistance et le fait même très bien : l’entreprise Blade. A la différence de leurs concurrents, Blade ne propose pas de Cloud Gaming, mais du Cloud Computing. Lorsque l’on souscrit chez Blade, on obtient un Shadow : un PC survitaminé sous Windows 10 capable de faire tourner les jeux les plus gourmands en qualité maximale. Un PC que l’on peut donc utiliser comme tel pour travailler, jouer, se perdre sur les internets… En revanche, aucun jeu n’est fourni avec Shadow. On est connecté sur notre ordinateur, on en fait ce que l’on veut ! A nous d’installer nos jeux et programmes comme on le ferait à la maison (Steam, GoG, Microsoft Store…).

La configuration promise par Blade à partir de 30 € par mois :

  • Processeur Intel Xeon
  • 12 Go de RAM
  • Une carte graphique dédiée nVidia Geforce GTX 1080 ou une P5000 (équivalent professionnel)
  • Un SSD de 256 Go (possibilité d’ajouter un disque dur d’1 To pour 2,95 € par mois)
  • Une connexion internet fibrée 1 Gbps
  • La garantie que tout ce matériel sera mis à jour régulièrement !

En théorie, on dispose d’un monstre capable de faire tourner tous les jeux récents en ultra 1080p à plus de 60 FPS et même en 4K.

Pour se connecter à tout ça, les solutions sont nombreuses. Des applications entièrement paramétrables existent pour Windows, Mac, Linux, Android et iOS. Il est également possible d’acheter ou de louer une box qui remplace entièrement notre PC : la Shadow Ghost qui sera disponible courant janvier, le modèle précédent n’étant plus produit.

De son côté le·la client·e doit s’assurer de plusieurs choses :

  • La machine qui lance l’application doit être capable de décoder un flux vidéo HD ou 4K s’il le souhaite
  • Avoir une connexion internet stable de 15 Mbps minimum, un ping très bas et peu ou pas de pertes de paquets
  • Etre patient·e, les délais d’activation peuvent être de plusieurs jours

J’ai donc profité d’une promo de Noël pour commander un Shadow et tester la bête.


Conditions de test

Je suis situé à Nancy (Meurthe-et-Moselle) et je dispose d’une connexion Fibre chez l’opérateur historique, un débit d’1 Gbps en descendant, 300 Mbps en montant, d’un ping de 7 ms et d’une perte de paquets nulle, soit une connexion ultra stable. Mon PC (Windows et Linux Ubuntu) est connecté à la box en ethernet mais j’ai également effectué des tests en Wifi 5 Ghz.

D’autres essais ont été faits sur la version Android de l’Application, sur mon Honor 9 (Processeur Kirin 960 octo-coeur) en Wifi 5 Ghz et en 4G.


Démarrage et première claque !

Après 11 jours d’attente à scruter le Discord dans un salon créé spécialement pour les impatient·e·s en attente de leur machine dans les nuages, je me réveille un dimanche matin avec un joli petit mail “Votre Shadow est activé”. Après un combo café / clope / pipi, je lance l’application sur mon banc de test, le plus adapté pour commencer : Windows 10 connecté en ethernet. Je choisis quelques paramètres (vitesse de connexion, définition d’écran…) et je clique sur “démarrer”. Shadow se lance et Windows démarre sur son écran d’installation. Malgré l’irritante voix de Cortana que je m’empresse de désactiver, je suis immédiatement impressionné par l’absence de délai entre ma souris et son curseur. Rien, je ne ressens aucun input lag, il en va de même pour le clavier. Une fois le paramétrage de Windows terminé, le bureau démarre en full HD. Je promène ma souris, je clique un peu partout, je lance des menus par-ci par-là, j’ouvre Edge (pour télécharger Firefox évidemment) et ma première réaction se fait à voix haute, faisant bien rire ma bien aimée : “Bordel, quand je lance un programme il s’ouvre !” (comprenez instantanément). J’ai beau disposer d’un PC avec une configuration tout à fait correcte, la rapidité d’exécution m’a tout de suite impressionné ! Entre le rendu parfait et la puissance du PC sur lequel je suis connecté, il m’est totalement impossible de remarquer que j’ai un stream sous les yeux.

Je décide donc de passer aux chose sérieuses : j’installe Steam et Battle.Net et lance simultanément l’installation de Monster Hunter World et Destiny 2. Moins de 20 minutes sont nécessaires pour le téléchargement et l’installation des deux titres. Le combo fibre + SSD fait parfaitement son travail.


Les tests en jeu : j’pe fer top 1 à Fortnite en ultra ?

Monster Hunter World s’ouvre. Direction les options : TOUT A FOND ! Blade conseille de désactiver la vsync afin d’optimiser l’input lag, cette fonctionnalité étant déjà gérée par Shadow, j’obéis. J’allume ma manette XBox One reconnue en Bluetooth instantanément.

Je joue, c’est beau, trop beau, impressionnant. La version PS4 déjà sublime est nettement inférieure. Je suis en Full HD, 60 FPS constant, les couleurs sont sublimes, les reflets de l’eau, les jeux de lumière, tout est incroyable. J’ai beau être en streaming, l’image ne saute jamais, le son ne grésille pas, tout est parfait.

Destiny 2 me permet maintenant de tester le service sur un FPS assez nerveux nécessitant une bonne réactivité et où le moindre input lag peut coûter cher. En plus des graphismes en ultra et du taux de rafraîchissement indécent, je ne ressens aucun lag dans le contrôle de la visée. C’est à se demander quelle technologie futuriste permet un tel exploit !

Test suivant : Forza Horizon 4. Le constat est toujours le même : les graphismes au maximum, un taux de rafraîchissement ne descendant jamais sous les 60 FPS et un input lag imperceptible.

Enfin, étant un inconditionnel des jeux de baston et un nazi de l’input lag, je décide de tester Dragon Ball FighterZ. A aucun moment je n’ai ressenti la moindre gêne dans les combos et l’exécution. Un·e joueur·euse pro de Street Fighter 5 ressentirait peut-être une différence, mais pour le commun des mortel·le·s, c’est imperceptible.

Les mêmes tests ont été effectués en Wifi (5 Ghz). Le résultat est identique mais un input lag minime peut se faire sentir pour les joueur·euse·s les plus expérimenté·e·s. La connexion ethernet reste donc à privilégier. Elle est d’ailleurs fortement recommandée par la boîte parisienne.


Et pour les linuxien·ne·s velu·e·s ?

L’expérience sur Ubuntu a été moins concluante. L’installation de l’application est déjà une épreuve à surmonter…

Si le constat reste le même pour la qualité et la réactivité, des soucis (de drivers ?) sont à déplorer : problèmes de son assez difficiles à régler, manette XBox One que je n’ai jamais réussi à connecter… L’application Linux est en alpha et ça se ressent. Espérons que Blade l’améliore dans les mois à venir.


Je peux jouer sur mon Nokia 3310 ?

La version Android de l’application fonctionnement parfaitement. On peut y brancher un clavier et une souris via un câble OTG sur les smartphones compatibles et le pad XBox One est reconnu sans problème. En revanche, que ce soit en Wifi (5 Ghz) ou en 4G, l’input lag est bien trop élevé pour espérer profiter des titres cités précédemment. Il faudra se contenter de jeux de cartes ou de stratégie au tour par tour. Je suppose qu’il en est de même pour la version iOS mais je n’ai pas le matériel nécessaire pour en parler.


Je peux pirater des jeux et mettre des nudes de mon·ma copain·ine ?

C’est NOTRE PROJET…euh Shadow ! Comme sur n’importe quel ordinateur personnel, nous pouvons y faire ce que vous voulons. Si on l’utilise à des fins illégales et que l’on se fait prendre, Blade devra nous dénoncer. En revanche, bien que ce soit techniquement possible, l’entreprise assure qu’aucun de ses employés n’a accès à votre machine sans votre consentement. Nos petites fesses peuvent se reposer tranquillement au fond de notre disque dur…


Tout n’est pas rose non plus (aucun lien avec le titre précédent)

Quelques détails négatifs viennent faire de l’ombre à Shadow (hé hé vous l’avez ?).

L’espace disque de 256 Go est clairement insuffisant en 2019. Il m’est par exemple impossible d’installer Monster Hunter World, Forza Horizon 4 et Gears Of War 4 en même temps. L’espace disque supplémentaire permet de pallier ce problème mais à l’heure où ces lignes sont écrites, une rupture de stock est à déplorer.

L’application Linux est quant à elle à un stade d’alpha. Les linuxien·ne·s qui pensaient pouvoir enfin profiter des derniers AAA sur leur bécane vont devoir patienter encore un peu.

Mais le plus gros point noir de ce service reste son système de résiliation. Les chanceux·euses qui ont profité de l’offre de Noël (30 € par mois à vie sans engagement) peuvent résilier à tout moment en un clic depuis leur espace client. Mais en temps normal, l’offre sans engagement ne peut être résiliée que par lettre recommandée avec accusé de réception… Pour un service s’autoproclamant futuriste, en 2019 c’est un comble ! D’aucun·e·s diront que c’est une manoeuvre marketing pour décourager les utilisateur·rice·s de résilier…. J’ai contacté le service client il y a quelques mois pour exprimer ma stupéfaction, mais aucune explication ne m’a été donnée. J’ai dû me contenter d’un “Nous regrettons votre décision de ne pas rejoindre l’aventure Shadow blablabla”.

Enfin, le site officiel annonce fièrement “Pour toutes les connexions à partir de 15 Mb/s”. J’ai donc testé ça chez un amis disposant d’une connexion de 17 Mbps en réglant l’application en conséquence. Il est vrai que cela fonctionne et que les jeux tournent sans problème. Mais sans surprise, la qualité de l’image (très compressée) est extrêmement faible et ne permet pas de profiter de la qualité et du confort visuel que devrait permettre un PC aussi musclé. Après plusieurs séries de tests, l’image commence à être vraiment très belle à partir de 30 mbps dans l’application, nécessitant donc une connexion stable à 40 mbps pour ne pas rencontrer de problème.


Alors, c’est oui ?

Ça marche ! Et c’est bien la phrase la plus importante à retenir de cet article. Les promesses sont belles mais tant que l’on n’a pas Shadow sous les yeux, il est difficile de les croire.

L’entreprise française est en avance sur ton temps, dépassant de loin ses concurrents dans le domaine. Pour 30 € par mois, ont peut réellement avoir une machine très puissante, délocalisée, gagner de l’espace chez soi et réduire sa consommation électrique.

Je recommande Shadow à toute personne souhaitant avoir une machine toujours au top mais n’ayant pas envie de débourser 2000 € tous les 2 ou 3 ans, ayant une connexion internet d’au moins 40 Mbps et un ping très faible (20 ms maximum). Je recommande aussi de tester le service un mois sans engagement (45 € environ) et de s’engager afin de réduire le prix seulement après plusieurs semaines de tests.

J’utilise Shadow depuis bientôt un mois. Je l’ai complètement adopté comme PC principal pour jouer, surfer, écouter de la musique, regarder des vidéos et développer. Je ne vois plus aucune raison de travailler en local ! Je ne sais pas si l’on peut qualifier Shadow comme le futur de l’informatique personnelle, mais au vu du nombre croissant de clients, il y a fort à parier que l’on n’a pas fini d’entendre parler d’eux.

Si après lecture de cet article, vous souhaitez souscrire chez Shadow, faites d’abord un test de connexion !!! J’insiste, n’essayez pas le Cloud Computing si votre connexion ne répond pas aux critères listés ici, vous risquez d’être déçu·e.


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2 pensées sur “Shadow : Alors, c’est oui ?

  • 08/02/2019 à 16:56
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    Tu as oublié de parler des performances du stockage lorsqu’on stresse la VM. Exemple, le provisionnement de HITMAN 2 qui prend 30-45min. Idem pour tous les jeux/applications qui stressent le HDD lors de leur utilisation. Ca reste un problème majeur depuis 2 ans.

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  • Risike
    08/02/2019 à 17:25
    Permalink

    J’ai entendu parler de soucis de vitesse d’écriture sur le SSD dans des posts datant de 2017 qui limitaient aussi la vitesse de téléchargement en effet. Mais je n’ai pas expérimenté ces problèmes. Le SSD se lit et s’écrit à une vitesse incroyable de mon côté. Je n’ai vu aucun temps de chargement particulièrement dans tous les jeux que j’ai testé et ils commencent à être nombreux. Bien au contraire !

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