Critique

Beautiful desolation

Développeur / Éditeur : The Brotherhood – Date de Sortie : 26 Février 2020 – Prix : 16,79 €

Après un très bel accueil en 2015 grâce à Stasis, un jeu horrifique en vue isométrique, les frères Bischoff de The Brotherhood rempilèrent avec Cayne, un spinoff de leur premier titre, pour le lancement de la campagne kickstarter de Beautiful Desolation en 2017. Pour ce nouveau titre, les Sud-africains ont décidé d’abandonner leur univers très cybernétique, sombre et horrifique, pour quelque chose de beaucoup plus ensoleillé, plus ancré dans leur culture, mais rassurez-vous, de tout aussi robotique.

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Le temps d’un éclair

1976, Afrique du Sud, par une nuit extrêmement pluvieuse, Mark Leslie et sa petite amie sont en route pour le commissariat afin de récupérer une fois de plus Don, le frère de Mark, arrêté en état d’ébriété. Tout d’un coup, une énorme figure triangulaire métallique apparait dans le ciel. Mark perd le contrôle du véhicule, provoquant la mort de sa petite amie.

10 ans plus tard, on apprend que l’être humain a fortement exploité ce triangle métallique, nommé le Penrose, permettant ainsi de fortes avancées en robotique et intelligence artificielle. Quant à Mark, devenu journaliste, il est toujours bien vénère contre le Penrose et décide d’enquêter afin de savoir précisément ce qu’est ce tas de ferraille apparu de nulle part. Pour cela, il rend visite à son frère Don, qui en plus d’être un ancien alcoolique est aussi un ancien pilote de l’armée.

Ils parviennent à atteindre le sommet du Penrose un soir d’orage, mais se font surprendre par un chien robot intelligent. Ce dernier décide d’alerter la sécurité (comme un vrai chien de garde mais au lieu d’aboyer, il parle). Un éclair frappe le Penrose, grillant Mark, Don et le chien. C’est à ce moment là que commence réellement le jeu.

Car au lieu de les tuer, cela les a transportés dans un futur, a priori assez éloigné. Après une petite cinématique, nos trois compères sont séparés. Aux commandes de Mark, découvrant une Afrique de Sud bien étrange, notamment concernant ses habitants, le joueur devra dans un premier temps réparer un Buffalo (une voiture volante), puis retrouver son frère. Rapidement, il sera accompagné du chien de garde du Penrose, K-BOT. Une fois le trio réuni, celui-ci se mettra en quête d’un moyen de retourner à leur époque.

Fallout 3 ou presque

En parcourant les diverses zones de Beautiful Desolation, on se rend compte que le titre du jeu ne ment pas : c’est beau ! Que cela soit les diverses mappemondes, ou les petits lieux que l’on visite, aussi bien en extérieur qu’en intérieur, on peut dire que les frères Bischoff ont été inspiré et ont réussi à apporter une grande diversité visuelle à leur jeu, allant de la savane, aux montagnes enneigées, en passant par les forêts denses et un pied de volcan avec ses rivières de lave. Mais c’est surtout le bestiaire qui impressionne. Plus robotique qu’humain, il est un savant mélange de transhumaniste et de codes tribaux africains, un peu comme l’a fait le film Black Panther, en mélangeant la pop-culture et l’ultra technologie tout en gardant le respect des codes culturels de l’Afrique.

Ainsi on sera face à divers peuples masqués, peints, comme les Hanasis, cachés derrières leur masque d’os, fumant de l’herbe à longueur de journée afin de communiquer avec leurs ancêtres pour qu’ils continuent à les guider. On trouvera aussi des nanorobots ayant pris vie à la suite d’une expérience ratée, qui aura au passage infectée des plantes créant ainsi une nouvelle espèce intelligente. Ou bien un culte qui récupère la chair humaine pour transformer le corps en quelque chose qui ressemble à un mort-vivant robotique, tout en préservant l’intégrité intellectuelle.

Entre son interface, sa direction artistique et surtout son ton, on ne peut s’empêcher de se dire que l’on a enfin un Fallout 3 digne de ce nom. Attention, ne vous attendez pas à un RPG, ne vous attendez pas à des situations défiants toutes les limites légales (en dehors du peuple qui fume évoqué plus haut). Mais la diversité et la possibilité de jouer un connard fini qui insulte tout le monde est bien là. D’ailleurs, cet irrespect ne concerne pas que notre protagoniste, mais aussi l’ensemble des PNJ où certain seront des vrais sympa, d’autres des vrais connards, mais surtout, il y aura plein de gens vicieux, dont certains non attendus sur ce chemin. Et tout cela est possible car l’écriture est d’une finesse incroyable.

Si on se trouvera souvent dans des situations un peu manichéennes, vous demandant de choisir entre un peuple ou un autre (sachant que cela peut amener à l’anéantissement du peuple non choisi), on se jette bras ouvert dans la narration au point de se faire complétement avoir. Surtout que le jeu n’oublie pas d’être intelligent dans ses propos. Que cela soit dans les « vieilles » cultures africaines, avec le respect des anciens et des traditions, du transhumanisme évidemment, requestionnant encore une fois ce qui fait de nous un humain. Un discours principalement porté par K-BOT (surement le personnage le plus attachant) mais aussi par un homme train (un homme qui a fusionné avec un train, dont il lui reste d’humain que le cœur et sa mémoire). On y parle aussi de maltraitance animale (encore une fois portée par K-BOT), d’abus d’opérations militaires et des traumas que cela peut avoir sur les humains, où l’on sera quasi obligé de forcer Don à participer à des combats virtuels lui rappelant bien trop son passage par l’armée l’ayant amené à devenir alcoolique via l’absence de prise en charge des traumas post-guerre.

Pour accompagner cette narration, il sera évidemment possible de résoudre l’ensemble des puzzles, impliquant des choix irréversibles sur le monde qui nous entoure, de diverses façons, allant jusqu’à la possibilité de terminer le jeu sans visiter l’intégralité des zones du jeu et en ne rencontrant pas tous les peuples. Côté gameplay, le jeu se rapproche d’un point and click, réussissant à diminuer la frustration de ne pas savoir quoi faire. Si un PNJ n’a plus rien à vous dire, alors il sera impossible de lui parler. En contrepartie, on peut se retrouver perdu sans savoir quoi faire (notamment quand on sait que l’on doit avoir une interaction avec un PNJ et qu’il est impossible de lui parler) tout ça parce qu’on ne s’est pas approché suffisamment d’une zone afin de mettre en évidence l’icône qui nous indique qu’une interaction (comprendre par là : ramasser un objet) est possible, tout comme il faudra suivre un cheminement précis de dialogue alors même que le personnage en question vous a déjà donné toutes les indications nécessaires à la progression (heureusement, je n’ai été rencontré à cette situation qu’une seule fois). Enfin, Beautiful Desolation propose un petit jeu de combat au tour par tour (je suppose que c’est uniquement l’endroit possible où se battre, car je suis incapable de jouer le gros connard), n’étant pas très passionnant ni profond.

Avec Beautiful Desolation, The Brotherhood a passé un cap. Plus riche que ses ainés, que cela soit dans son univers ou dans sa narration, le jeu arrive à captiver et à proposer une aventure dans un monde étrange, passionnant, intégrant tout un pan culturel africain auquel nous avons rarement droit dans le medium jeu vidéo. Tout cela avec ses propos amenés de manière intelligente, où l’on prend le temps à la réflexion en profitant des panoramas magnifiques, bercés par une bande sonore discrète et efficace réalisé par Mick Gordon (à qui l’on doit les B.O. des derniers DOOM). Réussissant, enfin, à parfaitement différencier les éléments de narration et d'environnement face aux éléments interactifs (au prix de vilains icônes sur les lieux), tout en apportant un panel suffisamment vaste de solutions pour justifier la relance du jeu. Beautiful Desolation offre bien plus que ce à quoi on s’attendait et on a hâte d’en découvrir encore plus !

Crim

Crim

Intégriste gaucher depuis 1983. Les cailloux: GOTY des armes depuis 2013.

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Hob

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