Critique

Groundhog Day: Like Father Like Son

DĂ©veloppeur : Tequila Works – Éditeur : Sony Pictures Virtual Reality – Date de Sortie : 17 septembre 2019 – Prix : 12,49 €

Déplacement en téléportation confortable
Accessible Ă  tous les publics / Aucun Jumpscare

Peut-être faites-vous partie de ces personnes qui se sont offertes un casque de réalité virtuelle à la suite de l’annonce impromptue d’un nouvel épisode dans la saga Half-Life. Peut-être êtes-vous en attendant à la recherche de quoi alimenter votre nouveau désir pour des réalités alternatives, et peut-être que les aventures narratives sont votre truc. Si tel est le cas, Groundhog Day : Like Father Like Son est sans doute fait pour vous.

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Like Father

La création d’une suite à un film culte n’est pas chose nouvelle, plusieurs jeux vidéo ayant déjà exploré cette possibilité à de multiples occasions. Cependant, bien moins souvent s’agissait-il d’en explorer la suite directe. La tentative la plus récente qui me revienne en tête est celle de Retour vers le Futur 4 qui n’exista que sous la forme d’un jeu d’aventure élaboré par Telltale avec un résultat au final en demi-teinte. Le problème d’une suite sous la forme d’un jeu vidéo est d’une, que la comparaison sera inévitable et loin d’être bénéficiaire au jeu ; et de deux, un jeu vidéo n’a pas du tout recourt aux mêmes mécaniques que celle d’un film dont la grammaire sera bien différente.

De ce cĂ´tĂ©-lĂ , Like Father Like Son se dĂ©brouille encore assez bien. Le principe de base reste le mĂŞme ; c’est-Ă -dire que son histoire nous emmènera – une fois n’est pas coutume – dans le cycle d’une journĂ©e sans fin. On y incarne Phil Junior, l’un des deux fils de Phil Connors, l’anti-hĂ©ros de « Un Jour sans Fin », la comĂ©die vĂ©ritablement intemporelle de Harold Ramis sortie en 1993 avec Andie MacDowell et Bill Murray dans les rĂ´les principaux. Difficile tout de mĂŞme pour le jeu de se comparer Ă  la maĂ®trise narrative d’un Ramis quand il s’agit de comĂ©die.

Ce que le jeu perd parfois en humour (surtout noir), il le gagne en émotion et en humanité. Sans entrer dans le détail absolu de son scénario, on part d’un Junior égocentrique et cynique qui n’aura jamais vu son père que comme un individu lui ayant fait trop d’ombre, pour voir son histoire se terminer par une inévitable catharsis où dans le dernier cycle de répétition, notre protagoniste principal aura changé, en bien. Le scénario mélange aussi intelligemment plus que des clins d’œil au film en s’étendant un peu plus sur certains personnages et en discutant de l’impact que la ville Punxsutawney et ses habitants auront eu sur sa famille et plus particulièrement son père. Si vous êtes fan du film, ce jeu devrait même vous arracher quelques larmes à quelques occasions.

Mais derrière son histoire, il y a aussi du jeu et pas n’importe lequel. A l’heure actuelle, les jeux en réalité virtuelle sont entrés dans une période transitoire. Il semble presque certain que la sortie de Half-Life : Alyx va accélérer cette transition. D’autres titres comme Boneworks ont aussi apporté leur pierre à l’édifice en amenant une façon de jouer en réalité virtuelle permettant d’aller plus loin que ce que les premiers jeux du genre avaient pu offrir. Seulement voilà, de ce côté-là, aspect narratif mis à part, Groundhog Day : Like Father Like Son ne fait pas partie de cette nouvelle mouvance.

Like Son

D’un point de vue ergonomie, il est même un peu en retard. Sous bien des aspects, son gameplay le rapprocherait assez facilement du point and click, à l’exception près qu’il ne propose pas d’inventaire et ne s’embarrasse d’aucune interface intrusive. Les déplacements se font uniquement au travers de téléportation d’une zone interactive d’un décor à l’autre. Nous évoluons par conséquent dans des sentiers bien battus avec une liberté d’agir restreinte, limitée par une volonté bien présente de nous narrer une histoire plutôt que de n’être qu’un énième sandbox ou jeu d’arcade virtuel. La jouabilité reste correcte même si le jeu ne prend pas en compte certaines innovations de la réalité virtuelle à la lettre, comme le simple fait de ramasser un objet et de le manipuler comme nous le ferions dans la vie réelle. 

Dans son cas, il faut placer la main de Phil Junior au côté de l’objet que l’on désire manipuler, et si celui-ci est bien en surbrillance, c’est qu’il est possible de l’attraper. Il s’agit d’une jouabilité un peu archaïque et loin d’être très naturelle mais sans doute volontaire pour coller à des casques de réalité virtuelle moins évolués que les derniers Oculus mais surtout le Valve Index, utilisé par mes soins dans le cas présent. Le gameplay consiste donc en une série de dialogues et réponses et de quelques puzzles parfois loin d’être parfaits, mais parfaitement acceptables dans leur ensemble.

Groundhog Day : Like Father Like Son se passe donc sur le temps d’une journée dans un découpage sous forme de chapitres. Chacun de ces chapitres se déroulera en vérité comme une scène de plateau de cinéma. Les personnages présents continueront ainsi à jouer leur rôle que vous interagissiez ou non avec eux. Il sera également possible de s’atteler à quelques actions menant aux puzzles cités pouvant à terme influer le cours de l’histoire, comme par exemple réaliser un smoothie pour adoucir l’humeur de la nièce de Phil Jr, alors en pleine crise d’adolescence. Comme dans le film, il nous appartiendra d’agir ou non. Nos actions auront ainsi des conséquences parfois amusantes, d’autres plus tragiques, mais aussi et surtout positives si on désire avancer un pas de plus vers la journée parfaite.

La construction narrative du jeu se révèle alors intéressante. Au commencement, Phil Junior est clairement un sale con prétentieux et la plupart de ses réponses possibles aux dialogues à choix multiples seront des réponses teintées d’un cynisme confondant, limite caricatural cela dit. Mais à mesure que sa journée tournera en boucle, finissant par croire que les histoires (du film) racontées par son père étaient la vérité, Junior va devoir apprendre à changer, à comprendre les autres un peu mieux et surtout à faire preuve d’ouverture d’esprit et de tolérance. Ce changement progressif apparaîtra dans ces fameux choix de dialogues qui s’étofferont de nouvelles réponses plus sincères et humaines. Il s’agira alors de jongler entre ces mini-jeux d’adresses et de donner les bonnes réponses aux personnes auxquelles nous feront face pour enfin passer au lendemain.

L’expĂ©rience reste finalement amusante mĂŞme si pour le coup, il lui manque parfois d’aller un petit plus loin pour laisser une marque un peu plus indĂ©lĂ©bile. Mais pour son prix, elle reste honnĂŞte, pleine de cĹ“ur malgrĂ© des imperfections de forme et de fond. Certaines scènes auraient gagnĂ© Ă  ĂŞtre plus rythmĂ©es et pĂŞchues dans l’action, les dialogues et l’humour cela Ă©tant dit. Une suite sympathique et respectueuse, voilĂ  ce qu’elle reste en fin de compte. 

C’est avec intelligence que Groundhog Day: Like Father Like Son explore l’univers du film culte en créant sa propre sauce plutôt que de se reposer uniquement sur les lauriers du jour de la marmotte. Ce retour sur la petite ville de Punxsutawney joue dans un registre émotionnel plus prononcé en abordant avec plus d’insistance certaines trames narratives du film laissées de côté par ce dernier par manque de temps. En ce qui concerne la réalité virtuelle, son apport reste modéré dans un jeu qui ne l’utilise principalement que pour nous immerger au détriment d’une jouabilité à l’ergonomie plus moderne et inventive. Néanmoins, son gameplay reste parfaitement pensé pour servir son histoire en espérant qu’il ne s’agisse que d’un premier pas préfigurant une longue liste de jeu d'aventure narratif.

Vasquaal

Vasquaal

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1 réflexion au sujet de « Groundhog Day : Like Father Like Son »

  1. Je suis justement en train de le faire sur PSVR et il a ses bons moments, mais il faut passer outre les temps de chargement entre chaque scène, y compris l’Ă©cran qui ne sert qu’Ă  passer Ă  la scène suivante, et le tracking qui ne semble pas adaptĂ© au PSVR. Un bouton pour se baisser ne serait pas du luxe. Ah et la traduction française qui ne se rĂ©vèle n’ĂŞtre qu’une traduction automatique, honteux de faire payer pour ça.

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