Critique

Opus : Echo of Starsong

Gattu
Publié le 16 octobre 2021

Développeur

SIGONO INC.

Éditeur

SIGONO INC.

Date de Sortie

31 août 2021

Prix de lancement

14.99 €

Testé sur

PC

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 Les Taïwanais de chez Sigono Inc. sont bien connus des fanas de jeux narratifs, puisqu’ils ont initié, voilà cinq ans, une trilogie de space-opera du nom d’Opus ayant connu un franc succès. Il y a d’abord eu le mignon The Day We Found Earth, où l’on contrôlait un robot en charge de retrouver la planète terre. Puis le très poétique Rocket of Whispers où deux survivants d’une pandémie cherchaient à envoyer leurs morts reposer dans l’espace, à bord d’une fusée mortuaire. Et enfin, voilà qu’arrive Echo of Starsong, le titre le plus ambitieux du studio, que ce soit dans la narration qu’il souhaite tricoter, grâce à ce gameplay mâtiné de quelques éléments de jeux de rôle, ou encore avec cet enrobage technique resplendissant. Que les néophytes qui ne découvriraient qu’aujourd’hui cette saga ne s’inquiètent guère : seuls quelques clins d’œil aux précédents volets se sont glissés dans le scénario d’Echo of Starsong. Dès lors vous pouvez vous installer dans votre fauteuil sans crainte, et vous accrocher à votre souris car le décollage est imminent.

Echo of starwars

Dans un futur lointain, l’immensité de l’espace a été conquis par l’humanité. Grâce à quelques prouesses technologiques, les humains ont façonné cités spatiales, bases militaires planquées dans le giron de fantastiques astéroïdes, et vaisseaux interstellaires en tous genres. Sauf que nos congénères à deux pattes n’ont pas été les premiers à mettre la main sur le cosmos, puisque ce dernier est parsemé de grottes dans lesquelles dorment les reliques d’une civilisation disparue, les Lumen. Bien entendu, ces endroits abandonnés depuis fort longtemps regorgent de matériaux précieux, que les différentes factions humaines se disputent un peu par avidité mais surtout par survie. Pour cela, elles font appel à des runners, sortes d’Indiana Jones de l’espace qui parcourent ces véritables mines d’or des temps futurs.

Ce sont les chausses de l’un d’entre eux qu’Opus nous permet d’enfiler : Jun, un jeune noble ayant jeté l’opprobre sur sa famille, va chercher à restaurer l’honneur de son clan en découvrant coûte que coûte des grottes Lumen inexplorées. Pour l’aider dans sa quête rédemptrice, le garçon fait rapidement la connaissance de Rémi, une adolescente un peu revêche et passée maître dans l’art du pilotage d’engins spatiaux, et surtout d’Eda, dont les dons pour le chant lui permettent de localiser les fameuses grottes – pas la peine de se questionner sur le pourquoi du comment d’un tel processus, là réside la magie de la science-fiction.

la mélancolie a tout prix

Plus qu’une grande épopée héroïque, Opus se concentre avant tout sur les atermoiements et obsessions de ses personnages principaux : si Jun veut rétablir la fierté de sa famille, il souhaite surtout prouver au monde entier qu’il n’est pas un incapable ; quant à Eda, elle n’a jamais réussi à s’émanciper d’un mentor charismatique, disparu depuis de nombreuses années ; Rémi, enfin, qui est une orpheline aux origines floues, vit dans la crainte d’être abandonnée par la jeune chanteuse. Vous l’aurez peut-être compris, le titre taïwanais aborde de front les problèmes intrapsychiques et la dépression : et quoi de mieux que l’espace et son néant quasi-perpétuel pour évoquer une maladie si courante et complexe à la fois.

Hélas, Opus souhaite tellement faire passer son message, qu’il caricature à outrance les postures de ses personnages principaux. Rémi envoie paître en permanence toutes les personnes ayant l’outrecuidance d’adresser la parole à Eda. Cette dernière fait référence toutes les cinq minutes à son ancien guide. Mais le pire reste Jun, protagoniste ô combien pleurnichard, qui s’excuse sans cesse – toutes les trois lignes de dialogue environ – auprès de son entourage pour ses prétendues bévues. Bien évidemment, la dévalorisation de soi et les ruminations anxieuses sont des symptômes dépressifs bien connus, mais le récit fait montre d’un manque de retenue et de subtilité qui nuisent à son propos. Dans les faits, on a vite l’impression de lire encore et encore un même dialogue : Rémi râle, Eda rumine son passé et Jun s’aplatit en excuses.

C’est d’autant plus regrettable qu’on observe un réel potentiel d’écriture chez les scénaristes de Echo of Starsong. D’une part, la mythologie de l’univers s’avère être d’une grande richesse, de même que les tensions géopolitiques qui existent entre les factions qui se prennent le bec. D’autre part, la mise en scène sait offrir de vrais beaux moments, qui n’ont rien à envier à des animés japonais tels que Your Name ou la Traversée du temps. Il faut dire qu’Opus sait déployer une direction artistique alléchante et cohérente, au coup de crayon affûté, même si certains se lasseront de cette dominance de gris dans les différentes grottes que l’on visite. Malgré cela, on admire sans mal ces instants fugaces où l’espace s’illumine de lumières phosphorescentes, conférant au titre asiatique une vraie poésie. À cela s’ajoute de discrètes mélodies au piano, qui savent appuyer sur la mélancolie générale que dégage Opus.

Un gameplay classique, mais efficace

Si Opus : echo of starsong s’exhibe avec la plastique du jeu narratif, il n’est pas pour autant dénué de quelques mécaniques de gameplay. Ce dernier se découpe en deux parties distinctes. Dans la première, on se balade dans la voie lactée avec son vaisseau spatial. Nos pérégrinations sont faites de rencontres aléatoires, parfois avec de pauvres hères à qui l’on pourra porter secours, ou au contraire avec des pirates sans scrupule que l’on prendra soin de fuir. Ces petites saynètes se présentent dans la plus pure tradition des visual novel, et nous donnent l’occasion de faire quelques choix qu’il nous appartiendra d’assumer. Doit-on mettre les gaz face à ce vaisseau hostile, ou lui faire croire que nous sommes de la même faction en piratant son signal radio ?

Quoiqu’il en soit, certains choix sont soumis à un lancer de dés pour décider ou non de leur succès. Afin de booster notre réussite, il est possible d’améliorer notre vaisseau – son blindage par exemple, ou son réservoir d’essence – grâce à des matériaux qu’on aura au préalable récoltés en explorant des astéroïdes abandonnés. Pas la peine de s’attendre à une quelconque complexité, il reste très rare d’échouer dans les jets de dés, ces rencontres inopinées permettant avant tout de rythmer une aventure qui se parcourrait autrement en ligne droite. Et ça marche plutôt bien, puisqu’on prend plaisir à naviguer de planète en planète ; de station spatiale en station spatiale ; pour en apprendre plus sur le lore étoffé de l’univers.

Bien sûr, une fois de temps en temps, notre équipage découvre un astéroïde qui semble vierge de toute présence humaine. Arrive alors la deuxième partie du gameplay tandis que Jun enfile sa combinaison spatiale et se lance à la recherche d’artefacts anciens ou de plantes endémiques. C’est dans un side-scrolling assez commun que l’on prend le contrôle du jeune garçon. Opus nous met alors aux prises avec quelques puzzles pas bien retors, généralement des portes verrouillées que l’on ouvrira en un claquement de doigts. Vous l’aurez compris, Echo of Starsong n’est décidément pas là pour mettre le joueur dans la panade, mais cherche plutôt à le distraire vaguement, avant un dénouement final qui pointera son nez au bout d’une dizaine d’heures de divagations spatiales.

Grâce à sa direction artistique reluisante, ainsi que son univers cohérent et étoffé par une mythologie intéressante, Opus : Echo of Starsong se présente comme une agréable balade intersidérale. Dommage que celle-ci soit parfois gâchée par les nombreuses jérémiades des protagonistes de l’aventure. Non, il ne suffit pas de faire pleurer continuellement un personnage pour lui conférer de l’épaisseur : l’être humain n’est pas un être unidimensionnel seulement soumis aux symptômes des tourments qui l’assaillent. Ou si tel est le cas, l’écriture se doit d’être irréprochable et cousue dans une soie aussi somptueuse que fragile. Néanmoins, au milieu de cette narration maladroite, le titre taïwanais se paie quelques envolées de mise en scène gracieuses et touchantes, qui nous donnent un aperçu encourageant du potentiel de ses scénaristes. Dernier détail : le jeu n’est actuellement pas traduit en français, et se réserve donc aux non-anglophobes, vu la quantité astronomique de textes. 

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