Critique

Marvel's Avengers

Développeur : Crystal Dynamics – Éditeur : Square Enix – Date de Sortie : 4 septembre 2020

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Je le savais. Je le savais que ça allait être un Anthem dans sa façon de se ramasser complètement avec ses franchises de superhéros. Je le savais qu’on allait devoir se faire violence pour se lancer dans l’aventure Avengers de Square Enix et Crystal Dynamics. Mais alors jamais, vraiment, jamais je n’aurais pensé tomber de si haut.

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L'espoir fait vivre...

Mais revenons à quelques mois plus tôt : Gamescom 2019, je suis invité à lancer la mission d’introduction qui nous propose de jouer avec les différents personnages. Tous ne me satisfait pas et clairement, la mission a des airs de couloirs digne de n’importe quel intro de jeu d’action. Mais je m’y plais. Des collègues journalistes la font et la refont et stipulent ouvertement que ça sent mauvais… Je me doute de la raison : le gameplay est approximatif, le niveau très restreint, tout est téléguidé et scripté et ne veut donc rien dire du jeu final à un an de sa sortie.

Ils ont raison de ne pas y croire. Mais moi je veux garder espoir. Parce qu’il fallait un bon jeu Avengers et que les fans de Marvel ont trop longtemps mangé des choses peu comestibles, si on met de côté certains bons jeux de bornes d’arcade comme Captain America and The Avengers, ou la série des Marvel Ultimate Alliance. Là, cette mission d’introduction faisait office d’espoir : on n’aurait peut-être pas un jeu intelligent, mais on aurait une bonne aventure d’une dizaine d’heures qui fait le taf et met les frissons. Et… Il n’en sera rien

Avengers est en premier lieu une aventure jouable en solo. Vous y jouez tour à tour Captain America, Thor, Iron-Man, Black Widow, Hulk et Ms.Marvel dans une aventure se déroulant dans un monde totalement différent des comics et des films. À vrai dire, les comics sont même au cœur de l’introduction : la jeune Kamala Kahn (future Ms. Marvel) assiste au Avengers Day, une sorte de Comic-Con ou nos héros font leurs annonces. Alors qu’ils s’enjaillent de la découverte d’une nouvelle trouvaille technologique embarquée sur un héliporteur dernier-cri, une attaque terroriste à lieu. C’est Taskmaster qui vient semer le trouble, commandité par on-ne-sais-qui… Et cette attaque va faire mouche : San Francisco se voit décimée en grande partie, les morts sont innombrables et Captain America fait même partie des portés disparus. En même temps, le réacteur ayant explosé libère un gaz surnaturel qui transforme certains humains normaux en inhumains, des personnes aux pouvoirs extraordinaires. Cela sème le trouble au sein de la population et 5 ans après les évènements du A-Day, l’AIM, grande firme technologique, dirige la ville de San Franscisco avec ses drones et ses robots. C’est dans cette ambiance morose que le jeu commence vraiment.

Kamala pour nous sauver

Passons sur le fait qu’on nous vende une histoire ou Captain America est mort, alors qu’il est en avant sur la boite du jeu et qu’on le sait jouable, et parlons de ce qui sera la seule et bonne chose qui fera l’unanimité dans Marvel’s Avengers… Kamala Khan, alias Ms.Marvel.

Créé en 2013 par la scénariste Gwendolyn Willow Wilson et le dessinateur Adrian Alphona, Kamala Khan est une adolescente ayant grandi aux États-Unis mais ayant des parents pakistanais. Elle est de confession musulmane ce qui en fait un des rares héros musulmans à être affiché de façon positive dans un comics qui n’a pas tardé à gagner énormément en popularité à travers le monde. Ce n’est pas pour rien si Kamala Khan est la Miss Marvel la plus appréciée du moment et si on la retrouve en véritable héroïne de premier plan, autour de laquelle tout le scénario s’organise, dans ce jeu qui ne l’affiche qu’en fond de jaquette. Ahhh, les vieux gens du marketing…

Mais Avengers c’est aussi un jeu multijoueur, coopératif et que l’on nomme un jeu « Service » dans le milieu. Cela veut dire qu’il n’est pas terminé, qu’il n’a pas pour but d’être terminé un jour ou alors dans très longtemps et qu’il ne va jamais cesser de se voir ajouter du contenu. Des missions, des personnages, des histoires, des systèmes de jeu. Un peu comme le font déjà très bien les ténors du genre, l’étonnant Warframe et le miraculé Destiny. Un peu comme a très mal voulu le faire  le naufrage que l’on nomme Anthem.

Vous aurez donc aussi un paquet de missions multijoueur qui se ressemble absolument toutes, avec cinq ou six environnements différents réutilisés à outrance dans tout autant de modes de jeux mal camouflés par deux dialogues : un de début et un de fin de mission, qui vous font croire à une implication quelconque dans l’aventure. Spoiler : non, vous n’êtes là que pour prendre du loot et améliorer votre personnage.

Jeu "Service" pour vous servir

Comme dans tout jeu service qui se respecte, vous aurez donc un paquet de menus pour beaucoup trop de choses à gérer. Dans les bons jeux du genre, ça s’exploite, ça s’apprend, ça se comprend et on ne fait rapidement qu’un avec eux mais quand vous arrivez en novice, honnêtement, ça fait peur…

Ici pour faire très simple, vous avez un héros parmi les cinq proposés. Ces héros ont chacun plusieurs types d’équipements à faire évoluer soit avec une vingtaine de ressources obscures à ramasser à la pelle, soit en les jetant et en les remplaçant par d’autres pièces d’équipement trouvées sur le terrain. Plus ce loot possède un chiffre élevé, plus il est puissant. Plus votre héros possède de puissance, plus il est lui-même puissant : son chiffre de puissance étant une moyenne des chiffres de puissances de son équipement.

Ces pièces d’équipement ont aussi plusieurs couleurs définissant leur rareté et donc, leur potentiel d’effets secondaires plus puissants. Les objets PYM, STARK, SHIELD et autres acronymes auront leurs effets dédiés même si en toute honnêteté, le jeu ne s’en sert que trop peu (et que la traduction française est assez aux fraises concernant une bonne explication des effets globaux).

En plus de cela, il y a la Boutique qui se décline de deux façons bien énervantes. La première en vraie boutique qui se met à jour de temps en temps et propose son lot d’objets cosmétiques, dont les costumes, pour beaucoup trop de ressources dans le jeu ou pour beaucoup de vos vrais sous.

La seconde, plus intrusive et honteuse encore, propose une évolution de niveaux « cosmétiques » pour chaque personnage jouable. Plus vous débloquez de défis liés à ce personnage et plus vous augmentez ce niveau qui vous débloquera pas mal de cadeaux. Mais les défis sont limités : deux par jour, n’évoluant pas très vite la barre, et deux par semaine, plus efficaces ceux-ci. Vous voilà donc contraint à jouer un peu chaque semaine plutôt que pendant tout votre week-end pour réussir à obtenir ce costume que vous voulez tant… À moins que vous ne préfériez l’acheter pour une somme abusive ?

C’est ça, le jeu service. Et quand c’est bien fait, plus réglo, que le jeu autour est intéressant à jouer et à découvrir, la pilule passe bien et on a même le droit à de rares cas où l’on donne nos sous avec joie tant le contenu est intéressant… Mais pour Avengers, dans l’état ou il est à la sortie, cela va être très très compliqué de jouer la carte de la bonne foi.

Bug-Man !

Solo et Multijoueur sont donc mélangés dans un gros melting-pot qui ne sait lui-même pas ou il va. Au menu principal, on vous demande de lancer le solo avant le multijoueur « pour ne pas vous spoiler ». Plutôt rassurant pour les fans d’aventures scénarisées… Sauf que cette aventure sera ponctuée de plein de moments de remplissages vous demandant de rejoindre des sessions en ligne pour taper du méchant robot dans des arènes que vous allez très vite connaître par cœur.

En Solo, le niveau de votre personnage est lié aussi à celui du multijoueur. C’est-à-dire que lorsque vous jouez seul, vous êtes dépendant du niveau global de vos personnages dans la quête principale. Autant vous dire que je vous conseille d’y jouer en mode Facile pour découvrir l’Histoire tant vous risquez de criser sur la difficulté folle de certains passages mal maitrisés par le jeu (principalement les quêtes multijoueurs insérées à la tractopelle pour gonfler la durée de vie, par-ailleurs).

En multijoueur, on l’a déjà dit, mais toutes les activités proposées et soi-disant « remises au gout du jour quotidiennement » sont complètement copié-collées les unes des autres. Défendre un point, détruire un groupe d’ennemis, tout cela séparé par des ascenseurs et des écrans de chargement. Par beaucoup trop de chargements par ailleurs… Le multijoueur n’est absolument pas intéressant en termes de durée de vie et c’est fortement dommage. Mais alors, le pire, c’est surement tous les bugs qui le handicapent.

Mais les bugs ne sont pas réservés au Multijoueur ! L’une des plus belles réussites d’Avengers, en plus de son personnage de Kamala, ce sont ces animations superbes et hyper-travaillées qui donnaient vraiment envie d’y croire jusqu’au bout. Rien à dire sur les mouvements, les actions, les moments les plus héroïques, tout le travail réalisé sur les animations rend tout cela vivant et incroyable de qualité… pour peu qu’on ne se concentre que sur ça. Malheureusement, ces belles animations ont du mal à s’enchaîner entre elles ce qui pose beaucoup de soucis de placement, de vol de personnages et autres sympathiques bêtises à montrer pour faire rigoler la galerie. Mais c’est assez tiste, en vrai.

Le solo est donc blindé de moments ou les animations ne collent pas au reste, ou les personnages ne sont pas où ils devraient être, où les sauts ne s’enchaînent pas bien, allant même jusqu’à des morts inopinées. Morts tragiques puisque souvent suivies, dans les moments de course-poursuite, par de longs moments de chargements à chaque fois. Un vrai calvaire, surtout sur PS4 FAT et Xbox One S.

C’est le jeu entier qui manque de finition, de finesse, de souplesse et de compatibilité avec nos consoles d’aujourd’hui. Même sur PC, le jeu semble avoir de gros défauts d’optimisation. Mention spéciale pour cette bagarre où la moitié des personnages à l’écran, ennemis ou amis, étaient invisibles. Il aura fallu relancer la partie pour corriger le tir, perdant alors 5 minutes d’un long combat contre un mid-boss.

Autre souci et pas des moindres : les ennemis. On ne se bat que contre des robots, de tous les types, de tous les genres. Avec des super-pouvoirs ou des super-armes, avec de gros flingues ou de la téléportation, mais des robots quand même. Ou des soldats, simples, sans charisme. Les seuls méchants mythiques sont Abomination, vite expédié, et Taskmaster, ridiculisé au rôle de sous-fifre nul et oubliable. Seul le grand méchant de l’histoire est osé, original, inattendu dans une adaptation de comics tant il était incertain que son Origin Story soit possible à adapter.

Nick Fury ? On le voit 5 minutes. Maria Hill ? Elle sert d’excuse scénaristique en faisant le planning de chaque mission secondaire du multijoueur. Hank Pym ? Même pas jouable et très peu charismatique. Honnêtement, il faut vraiment avoir des œillères grosses comme les mains de Hulk pour se satisfaire du bien trop strict minimum proposé ici, que l’on soit fan de Marvel ou non.

Peut-on sauver le soldat Avengers ? Honnêtement, je n’y crois absolument pas. J’ai envie de le voir s’épanouir sur une console plus puissante, proposer des chargements plus courts voir inexistants, régler ses nombreux bugs, ses soucis d’animations qui s’entrecoupent, son jeu « Service » complètement mal fagoté qui a voulu suivre une mode à laquelle personne ne croit, à laquelle personne ne veut croire. Warframe a pris des années pour se construire, Destiny a mis tout autant de temps à devenir un jeu correct. Et pendant ce temps, Square Enix et Crystal Dynamics n’ont rien appris et ont juste écouté les sirènes du micropaiement facile qui risque, du coup, de leur retomber complètement dessus. Ces marketeux, quand même, qu’ils sont forts pour tout gâcher…

Skywilly

Skywilly

Rédacteur en chef collectionneur de Skylanders et qui passe beaucoup trop de temps sur ces briques Lego. Heureusement qu'il y a des petits jeux pour s'évader ! Auteur de Le jeu vidéo indépendant en 2015 : Portraits de créateurs

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