Rapide Critique

Lair of the Clockwork God

Développeur : Size Five Games – Éditeur : Size Five Games
Date de Sortie : 21 Février 2020 (PC) – 04 Septembre 2020 (Nintendo Switch, Xbox One) – Prix : 17 €

Après en avoir raté le coche une première fois, parlons vite mais parlons bien de Lair of the Clockwork God alors que ce dernier a débarqué sur Switch et Xbox One. Il s’agit là d’une suite sans en être réellement une de deux jeux d’aventure excentriques dont vous avez certainement entendu parler, puisqu’à leur sortie initiale, il y a peu ou prou une décennie de cela, Ben There, Dan That et Time Gentlemen, Please! profitaient d’un marché bien moins surchargé que de nos jours pour faire parler d’eux. Et ils firent parler d’eux plutôt en bien en jouant sur le registre de l’humour et de l’autodérision, partant parfois dans le cassage d’un certain quatrième mur. Celui qui nous intéresse aujourd’hui reste dans une mentalité finalement très similaire, projetant une fois de plus ses deux protagonistes, Ben et Dan, pendant comiques et cosmiques de leurs développeurs, dans une aventure non-sensique et surréaliste passant d’une quête à la charge émotionnelle supposément importante, à un retour dans une Angleterre en proie à une apocalypse tombée des nues.

Pourtant, dès le commencement, un changement majeur s’opère, éloignant quelque peu ce jeu de ses compères plus anciens. Tandis que Ben préfère s’en tenir à cette bonne vieille recette de grand-mère qu’est le point and click lucasien, Dan s’en détourne pour mieux tenter de devenir la nouvelle indie darling du plateformer 2d moderne. Dan pourra donc courir et sauter tel un cabri fait de pixels dans des ensembles de niveaux plateformesques tandis que Ben se reposera sagement sur son inventaire d’objets et des actions sous forme de verbes, jeu d’aventure old school oblige. A mesure de leur progression, Dan gagnera de nouvelles capacités alors que Ben remplira sa besace d’aventurier de multiples objets adéquats pour résoudre les énigmes qui barreront son chemin.

Cependant, de par sa nature de jeu d’aventure quand on incarne Ben, le jeu nous force à ne pouvoir le déplacer que lentement mais sûrement d’un point à l’autre. L’idée est compréhensible dans le délire que nous propose LotCG, puisque dans sa personnalité, Ben ne voit pas la valeur de courir ou de sauter qu’il associe volontiers, notamment par malice, aux personnages de jeux de plateforme dont il se moque avec plaisir de leurs limitations intellectuelles, préférant le raffinement des mécaniques de point and click pour lesquelles il voue un amour sans fin. Il en est de même pour son interface de verbes comme observer, associer, etc, comme autant d’actions pour retourner dans tous les sens les objets trouvés et résoudre ainsi une énigme. Le principe est connu et voulu, et cherche même à nous frustrer avec son ergonomie vieillissante à une époque où le jeu d’aventure peut se vouloir moderne tout en restant intéressant.

Cette volonté de s’affirmer dans le old school en revient à décrire Ben comme un vieux croulant qui se refuse d’évoluer si on veut voir le verre à moitié vide, ou alors comme un amoureux des traditions de qualité si on veut le voir à moitié plein. Par contraste, Dan est plus enjoué et enthousiaste à l’idée de découvrir de nouveaux horizons que ses capacités de personnage de plateformes lui apportent. Son attitude positive contraste avec la nature bougonne et sarcastique de Ben qui ne cessera de se moquer de son meilleur ami, parfois assez méchamment, comme un Laurel et Hardy des temps numériques. Dan reste donc dans ses sauts, et peut-être en souffre-t-il en fin de compte. 

Ses niveaux sont en effet loin d’être les plus inspirés qui soient, tandis que ses sauts de nature flottante sont loin de les améliorer. Le souci de Dan est qu’on a déjà vu mieux ailleurs et surtout plus intéressant. On notera quelques bonnes idées comme celle de jouer avec la gravité, mais rien qui ne nous empêchera de souhaiter retourner vers Ben au plus vite. Ce dernier de par sa nature d’aventurier du pixel parlera beaucoup plus et ménagera un peu moins nos méninges en nous stimulant par ses énigmes, alors que Dan ne stimulera pas trop nos réflexes.

Malgré cela, Lair of the Clockwork God est un jeu varié et généreux dans son voyage. Il s’amuse régulièrement à déconstruire les codes du jeu vidéo comme ce passage cocasse où Ben se verra coincé dans l’après-vie temporaire des héros de jeux de plateforme attendant de réapparaître, le tout prenant la forme d’un enfer bureaucratique où la paperasse est reine. Le jeu progresse ainsi de scènes en scènes excentriques et originales, apportant un vent de fraîcheur et un certain renouveau à chaque nouvelle heure passée en compagnie des deux comparses. On appréciera aussi son sens de l’humour, très anglais. Et bien qu’il souffre d’un game design parfois bancal comme précédemment expliqué, il parvient de par sa générosité de cœur à nous amuser et à nous faire voyager dans l’insolite et l’imprévu.

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Vasquaal

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