Critique

FUSER

Développeur : Harmonix Music Systems, Inc – Éditeur : NCSOFT – Date de Sortie : 10 novembre 2020
Prix : 60 € pour la version classique / 95 € pour la version VIP

Chez Harmonix, en plus d’avoir révolutionné le jeu musical occidental avec Guitar Hero puis Rock Band, on aime expérimenter avec les nouvelles technologies. C’est pourquoi on les a vus tenter de gérer le Kinect avec Dance Central. Depuis 2015 par contre, c’est le calme plat vidéoludique… Mais il y a eu le jeu de plateau électronique Dropmix. Et Fuser, ce n’est rien d’autre que Dropmix entièrement dématérialisé.

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Dropmix 2

À la base il y a donc ce jeu de plateau connecté qui permettait de placer des cartes sur des emplacements pour créer des mix mélangeant les instruments et les voix de façon harmonieuse. Des règles du jeu difficilement compréhensibles étaient aussi disponibles mais c’est davantage l’aspect créatif qui avait marqué les esprits. Après plusieurs années d’exploitation aux Etats-Unis et énormément de cartes sorties en magasin (dont des raretés Power Rangers et Doctor Who, pour ne citer qu’elles), Harmonix relance l’idée de façon totalement renouvelée avec Fuser, disponible sur toutes les consoles et le PC.

Les cartes se transforment donc en album. Imaginez un mix commençant par du Lady Gaga, un bon 50 Cent et Dance Monkey en troisième choix (vous pourrez en équiper une quinzaine). Chaque album possède 3 instruments et 1 voix que vous pouvez mélanger à volonté en fonction de la couleur choisie. Le rouge est toujours vocal, le bleu souvent perçu, le jaune parfois violon ou piano, etc. Ainsi, très vite, vous créez votre premier mix.

Un mode Campagne est disponible pour vous apprendre toutes les très nombreuses options de modification proposées. Ce mode vous demande de suivre des personnages loufoques (et très mollement doublés en français) qui vous demanderont de remplir plusieurs objectifs en un temps limité. Le temps de Fuser, c’est le temps de votre mix global et tout se joue donc par cadence, ce qui rend la partie très dynamique pour les débutants.

Pendant ces missions de campagne, le public peut vous demander plusieurs titres et vous obtiendrez davantage de points d’audience en répondant favorablement à leur demande. S’ils vous demandent une chanson des années 2000 et de la Pop, vous pourrez comboter en plaçant une chanson de cette époque, qu’importe l’instrument choisi. Et ces points d’audience sont importants : s’ils tombent à zéro c’est le Game Over. En fin de mission, vous débloquerez aussi du cosmétique en fonction de votre réussite évaluée sur cinq étoiles.

Cette campagne solo fait office de gros tutoriel et est plutôt longue, comptez six à huit heures pour en voir le bout. Malheureusement, si elle fait très bien son travail d’apprentissage, elle est rapidement redondante et va très facilement apprendre les combines pour augmenter son score rapidement sans risquer le Game Over. Pour cela, il suffit de suivre le rythme.

Le bon rythme au bon moment

Sur chaque album, vous pourrez voir la progression de votre musique et des petits indicateurs de couleur vous permettront de changer de son au bon moment pour réaliser des transitions parfaites. Cela donne de véritables petits bijoux de remix comme d’horribles bouillies infâmes, mais elles seront toujours bien liées entre-elles grâce à un principe de jeu très fonctionnel et déjà bien apprivoisé sur Dropmix. Le système fonctionne et ne demande qu’a être expérimenté pour vous amuser.

En plus des albums, vous débloquerez des instruments et des effets à placer sur vos chansons. Si les effets sont sympathiques mais ne feront pas l’unanimité (ils brouilleront souvent le remix), les instruments vous permettront de créer vos propres boucles musicales et se révèleront être le cœur des remix les plus originaux. Si vous avez l’âme d’un créatif, alors ces instruments sont pour vous. Mais il faudra terminer la longue campagne au préalable, évidemment.

Fuser ajoute une multitude de petites idées pour fignoler ses remix que l’on peut ensuite enregistrer. Pendant cet enregistrement de quelques secondes, il est possible de revenir en arrière pour expérimenter, tester, tenter un montage de qualité et ce très simplement, même à la manette ! Ensuite, on partage avec le reste de la communauté via le hub en ligne qui se remplit très vite. Des évènements auront lieu, donnant le droit à quelques vêtements pour votre avatar si vous obtenez les « likes » de la communauté. Enfin, cette vidéo de votre mix peut être enregistrée et exportée sur PC pour en faire ce que vous voulez ensuite. Évidemment, les remix seront vite « strikés » par les plateformes de vidéo en ligne et concernant les remix, Harmonix vous demande gentiment de ne jamais séparer la vidéo du son pour respecter leur travail et celui des ayants-droits. Qu’ils sont mignons.

La personnalisation de son avatar est vraiment au cœur du jeu, il faut dire que c’est la représentation la plus voyante de l’effet que votre mix fait à la foule, que vous voyez de dos, puisque c’est lui qui dansera principalement sur vos réalisations. Votre avatar est vraiment pensé comme étant une version sans complexe de votre personnalité. Ainsi, quoi que vous fassiez, les traits de votre personnage sont non-genrés. Les modifications du corps sont libres quel que soit le buste, la taille, le poids, les vêtements ou même l’attitude choisie. Cela ne donne pas quelque chose de très beau ni de très réaliste, c’est certain, mais cela a au moins l’intérêt d’être ouvert à toute proposition et demande de la part des joueurs. On leur reprochera malgré tout un jusqu’au-boutisme pas forcément assumé : j’aurais voulu afficher davantage mon surpoids à l’écran, davantage ma barbe aussi, le tout étant limité entre deux ou trois choix à chaque fois. Il y avait encore matière à proposer davantage, mais l’intention est la bonne.

DJ en ligne

Comble de proposition pour un jeu qu’on n’attendait pas aussi généreux en possibilités : des règles de jeu de plateau sont proposées dans des duels entre DJ en ligne. Pour faire simple et rapide, répondre de la bonne façon aux demandes du public vous permet de placer des points sur vos disques. Au bout d’un certains temps, les scores des disques sont confrontés entre les deux DJ et les scores les plus hauts endommagent la « barre de vie » adverse. Le premier à ne plus avoir de barre perd le duel. Et pour faire comme dans un bon jeu vidéo compétitif, on a même le droit à une jauge de « super attaque » qui se charge de claquer quatre disques bien violents en même temps pour endommager l’ennemi.

En plus de ce mode en duel se propose du Freestyle en coopération en ligne. C’est très intéressant, car cela permet de se poser au micro avec un ami, d’échanger des idées et de créer le meilleur mix possible. En ces temps de confinement, nul doute que cela peut être un très bon passe-temps qui nous change radicalement les idées.

Seul bémol : le prix. Fuser coûte 60 €. Pour ce prix, vous avez une centaine de morceaux, certes, mais une version VIP vous propose déjà 25 chansons supplémentaires (et pas des moindres) pour 40 € de plus ! Ajoutez à cela trois autres chansons pour ceux qui ont précommandé le jeu et vous avez exactement la pire chose qui est arrivé à Dropmix à l’époque : son système économique.

Difficilement défendable, ce système économique va sans aucun doute débarquer à grand coup de Season Pass ou de DLC à part dans les semaines à venir et vous demandera de passer à la caisse régulièrement.

Tout dépend de la façon de procéder. A plus de 1 € la chanson supplémentaire, cela va faire rager même les plus amoureux du jeu. Un Season Pass ? Pourquoi pas, mais il se doit d’être intéressante pour un prix ne dépassant pas les 25 par trimestre, au moins ! Bref, tout est envisageable mais on croise les doigts pour que le meilleur soit à venir. Pour le bien de ce jeu de qualité, qui donne aux amateurs de jeux de rythme un aspect créatif très complet, passionnant et rapidement efficace pour épater la galerie.

Pour comprendre Fuser, il faut le voir tourner. Pour les fans de Dropmix, c’est la même chose en mieux. Pour les amateurs de jeu de rythme, voyez ce titre comme quelque chose de beaucoup moins compétitif et de plus créatif. C’est le minecraft du remix musical : un champ d’action libre qui vous fait croire qu’il va vous falloir try hard pour obtenir un maximum de score dans un mode campagne trop répétitif, alors qu’il n’attend réellement de vous qu’un peu de créativité et des mix fous à partager entre amis. Reste à voir sous quelle forme Fuser évoluera et quelle sera sa politique économique sur le long terme. Mais il mérite totalement qu’on s’y penche, quel que soit notre âge, notre amour pour la musique et notre sens du rythme. Et sil il n'y avait pas ces incertitudes financières, ce serait même une Sélection GSS.

Skywilly

Skywilly

Rédacteur en chef collectionneur de Skylanders et qui passe beaucoup trop de temps sur ces briques Lego. Heureusement qu'il y a des petits jeux pour s'évader ! Auteur de Le jeu vidéo indépendant en 2015 : Portraits de créateurs

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