Critique

Neptunia Virtual Stars

Zhykos
Publié le 4 mars 2021
Critique Neptunia Virtual Stars

Développeur

Compile Heart

Éditeur

Idea Factory

Date de Sortie

2 mars 2021

Prix de lancement

60 €

Testé sur

PlayStation 4

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Pas sûr que nos anciennes expressions françaises résonnent dans le cœur de la jeunesse actuelle. Malgré ce doute, je ne peux pas m’enlever de la tête celle qui décrirait parfaitement Neptunia Virtual Stars. Avant de vous en faire part, faisons un petit jeu si vous le voulez bien. Jetez un regard rapide aux captures d’écran jointes dans cet article puis essayez de deviner le sujet. Vous n’y voyez que des jeunes femmes avec ce qui ressemble fortement à un titre cent pour cent pur japonais de niche avec ses traits très perturbants. Maintenant que les a priori sont posés, voici l’expression que je voulais vous exposer : l’habit ne fait pas le moine.

les apparences sont parfois trompeuses

Je suis un vieux monsieur et si ma phrase sélectionnée ne veut rien dire pour vous, en termes plus simples cela signifie qu’il ne faut pas se fier aux apparences. En effet, derrière son aspect coquin – ou pervers, disons les choses clairement – cet opus de Neptunia propose une aventure que je n’aurais jamais pensé vivre. Quand on lance un jeu nippon de niche, il faut toujours se préparer, car on peut aisément se retrouver face à un chef-d’œuvre ou à un titre malaisant. Quand on m’a proposé de découvrir la série créée par Compile Heart et Idea Factory, je n’ai pas tout de suite sauté de joie. Après mes récents déboires, j’étais plutôt réticent à l’idée de repartir pour une aventure gênante. J’ai tout de même lancé le jeu pour la science (il faut aussi que je justifie mon salaire de bénévole sur GSS) et je me suis arrêté une semaine plus tard en découvrant le générique final après une bonne vingtaine d’heures au compteur (chiffrage totalement au pif, c’est peut-être trente…).

Si Virtual Stars, ou VVVTunia pour les intimes, est si addictif ce n’est clairement ni pour son histoire globale ni pour son gameplay. S’il est si addictif, c’est par sa générosité et son amour pour les sujets abordés. Comme je le disais plus tôt, sa forme ne représente pas tout à fait son fond. Alors que le scénario débute avec une histoire à base de trucs incompréhensibles pour un novice tel que moi – un rapide tour sur Wikipédia m’a fait comprendre certaines choses : Gamindustri est un monde où il y a eu des guerres avec des déesses à l’effigie de consoles de salon, pour faire très court – on comprend au bout de deux heures ou trois où les scénaristes veulent nous emmener. Les quatre héroïnes, Neptune, Blanc, Noir et Vert (ce sont leurs noms), participent à un festival où elles sont invitées à tester une espèce de machine de réalité virtuelle. Elles sont envoyées, à leur insu, dans un autre monde où un énorme conflit va avoir lieu. Les graphismes du visual novel classique en 2D se transforment alors en 3D pour marquer la mutation du monde et c’est à ce moment que se révèlent réellement les sous textes.

VTUBER, KESAKO ?

Je vous omets le fil rouge principal où les méchants font des trucs de méchants, qu’un méchant devient gentil et que les gentils font des trucs de gentils. Honnêtement, cela ne vole pas bien haut. Ce qui est intéressant, ce sont les sous-entendus parfois plus ou moins explicites. Neptunia Virtual Stars est en fait une ode aux VTubers, des YouTubeurs et YouTubeuses virtuels. Vous allez me dire que la plateforme de vidéos est déjà quelque chose de virtuel, comment peut-on alors faire une chose encore plus méta ? Avant de jouer à VVVTunia, je ne connaissais pas la réponse. Petit moment culture : le phénomène semble avoir débuté en 2016 avec Kizuna AI, une icône numérique qui faisait des vidéos sur YouTube. Il s’agit, comme Hatsune Miku pour la musique, d’un avatar souvent en 3D, qui parle dans des vidéos. Au lieu d’avoir directement la personne, nous avons une représentation numérique de quelqu’un. Cela n’a pas vraiment percé en France – je parierais sur une différence culturelle, car cela semble être vu d’un mauvais œil chez nous, les gens ont tendance à se moquer – mais c’est énorme en Asie. Ce jeu est un hommage à toute cette culture méconnue.

En plus de défendre les VTubers, le jeu vidéo va taper sur de nombreux faits de société qui gangrènent notre quotidien. Il y a plusieurs mondes à parcourir durant l’aventure et chacun a son propre thème. Sans trop vous spoiler, je vais vous en citer deux qui m’ont particulièrement touché. Le premier concerne la nourriture : le level design utilise des gâteaux et autres macarons pour créer des plateformes. C’est assez de mauvais goût, mais l’histoire s’axe alors sur le sujet représenté à l’écran. On se prend une critique acerbe sur les influenceurs et influenceuses gastronomiques. On nous fait comprendre qu’ils n’ont pas nécessairement de légitimité. Qui sont-elles (ce sont deux avatars féminins qui sont visés dans le jeu) pour dire qu’un plat est bien et pas un autre ? Cela a eu un impact important sur moi, car moi, Thomas “Zhykos”, qui suis-je pour critiquer des jeux vidéo ? C’est là qu’est l’intelligence de Virtual Stars : le twist est qu’il démonte ensuite les précédents arguments pour prendre la défense de ces femmes. Elles font ce qu’elles veulent, de la façon qu’elles veulent et ce sont ceux qui les critiques qui sont à bannir. Voir une équipe de développement prendre publiquement et honnêtement la défense de pratiques libres sur internet, c’est respectable. Pour aller un peu plus loin dans la réflexion, tout le monde a un avis et tout le monde a la possibilité de le partager, surtout avec tous les outils à notre disposition aujourd’hui. Je vous renvoie vers notre cher Skywilly qui a récemment eu un discours très intéressant sur la différence entre critiques, avis, opinions, etc., et son discours rentre parfaitement en résonance avec celui de VVVTunia.

Le deuxième monde que je vais vous divulgâcher rapidement est une version cauchemardesque mais réelle de ce qu’est devenu Twitter. Le réseau social est aujourd’hui un repère de trolls. Mais c’est aussi un étonnant univers de partage et de talents. Ici aussi, Neptunia fait un pas en avant dans la dénonciation, puis deux pas en arrière pour dire que finalement ce n’est pas si mal. Toujours est-il que même si du bien en ressort à chaque fois, la face cachée et ignoble est tout de même pointée du doigt. On y voit les deux côtés de la pièce.

Critique Neptunia Virtual Stars

Astuce si vous vous retrouvez bloqué·e au chapitre 7. À un moment, on vous demande de réunir des cubes. J’avoue ne pas avoir compris et avoir tourné en boucle une bonne heure sans me débloquer. Une rapide recherche sur le net permet de comprendre que je n’étais pas le seul à ne rien piger. Votre objectif est de récupérer des cubes de VTubers différents. Face à cette corvée de l’enfer, je suis tombé sur une vidéo permettant de contourner ce problème en faisant une tâche simple en boucle. Merci donc à OneManCast qui m’a sorti de ce lisier : https://www.youtube.com/watch?v=oZWwg-0RvnA. C’est en anglais et peut-être pas clair, n’hésitez donc pas à demander en commentaire si vous voulez que je vous aiguille.

Et le gameplay ?

À part ses longues phases de dialogues tantôt insipides, tantôt justes – Neptunia n’est finalement que le reflet de lui-même entre le bon et le médiocre – il y a un gameplay de shooter à la troisième personne. Entre deux moments de visual novel, le jeu nous propose, comme je le disais précédemment, de parcourir des mondes dessinés en rapport avec le propos en cours. Vous allez sillonner des cartes remplies de couloirs pas très inspirés, plutôt disgracieux, d’un point A à un point Z avec des ennemis à tuer à la chaine. Chaque monstre a un point faible à déterminer et il faut donc passer d’une héroïne à une autre en fonction de la situation (vous aurez très vite six filles dans votre groupe). Ça ne vole pas très haut, c’est mal équilibré, mais on ne passe pas un mauvais moment pour autant. Il y a également un léger aspect RPG avec des trucs à équiper pour améliorer vos caractéristiques (je reste vague volontairement).

Je regrette cependant que malgré toute la meilleure bonté du monde, plusieurs systèmes implémentés ne servent strictement à rien. L’une des bases du jeu est la musique. Pas la musique du jeu qui est atroce et qui tourne en boucle – je l’ai coupée définitivement après 2 ou 3 heures (j’en suis désolé, mais c’était au-delà de mes limites) – mais la musique au sens strict.

Les combats de boss sont rythmés et synchrones avec une chanson, c’est-à-dire que l’ennemi devient fort ou faible selon certains couplets ou refrains. Il y a également un mini-jeu pour créer des clips musicaux. Mais tout cela est tellement anecdotique que je ne m’y suis jamais intéressé pour terminer le jeu. Je suis malheureusement passé par la case farming pour monter systématiquement de niveau pour aller aux mondes suivants et je n’ai jamais utilisé la musique pour y parvenir.

Neptunia Virtual Stars est une drôle d’aventure. D’un côté on a l’impression d’avoir affaire à un jeu sexy dégoûtant (il peut le devenir assez vite en choisissant certains déguisements) et de l’autre on a une équipe de développement bien dans son temps qui critique des sujets que je trouve importants de nos jours. La question des VTubers est tout aussi importante même s’il s’agit d’un phénomène actuellement exclusif à l’Asie et qui y restera surement (hormis Hatsune Miku qui est la meilleure représentante de cela dans le monde de la musique). En soi, le jeu n’est pas très réussi à cause de son gameplay trop simple et de son level design quelconque, mais il réussit à mettre en avant quelques maux de notre société et je trouve ça très fort. Certains disent que le jeu vidéo n’est pas politique – c’est une grosse bêtise, car n’importe quel sujet important l’est – et cela peut être amené de manière intelligente comme l’a fait Compile Heart.

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