Rapide Critique

Genesis Noir

BassKass
Publié le 9 avril 2021

Développeur

Feral Cat Den

Éditeur

Fellow Traveller

Date de Sortie

26 mars 2021

Prix de lancement

15 €

Testé sur

PC

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Quinze minutes de vertige visuel. Une introduction nocturne et urbaine, dans un décor en 3D magnifié par des silhouettes noires ourlées de blanc. Des accents jazz qui bondissent élégamment entre New-York, la Nouvelle-Orléans, le free jazz. Le personnage court, et le morceau s’accélère. Le joueur frôle un objet de sa souris, et une cymbale de batterie retentit, rythmant les mouvements du curseur sur les objets de l’écran. Déjà entrevue lors des bandes-annonces alléchantes du jeu, la direction artistique de Genesis Noir est très réussie. Le film noir  est une référence parfaitement intégrée par l’équipe de Feral Cat Den, qui le magnifie de reflets pluvieux, de fumées de bouches d’égoût ou de cigarettes, et la promesse d’une histoire de l’univers – la Genèse du titre du jeu – avec une telle patte visuelle ferait frissonner d’envie n’importe quel amateur d’animation ou de musiques improvisées.

Au-delà de sa réussite artistique, Genesis Noir a pour ambition dantesque de frotter le joueur à la théorie des cordes – pincées, frottées ou frappées, aussi – , aux trous noir, à l’irruption du vivant dans l’univers, et ce par le biais du jeu narratif à puzzle : on dirige une silhouette noire et blanche à chapeau et imper de circonstance, et on utilise la souris pour se déplacer et interagir avec ce qui nous entoure.   Et l’excitation débute avec le Big Bang, évidemment, ici incarné par un coup de feu tout droit sorti d’un bon vieux polar. Les cordes quantiques se veulent oscillations de la musique, les clés de fa rejoignent les formes des galaxies, les fractures de l’univers font sauter le disque sur le phonographe : l’idée est brillante, et fonctionne parfaitement.

Quinze minutes de vertige et d’excellence visuelle, c’est idéal pour un court-métrage d’animation. Or, Genesis Noir est un jeu vidéo, et le problème d’un jeu vidéo, c’est qu’il faut y jouer, comme on dit sur Radio Portes Ouvertes. Si l’histoire d’amour avec cet univers cosmo-jazzy bat très vite de l’aile, c’est parce que les moments d’interaction avec l’univers – déplacements, vagues puzzles et objets à trouver – font ressortir ce qu’il y a de pire en nous, et de vide sidéral dans la proposition ludique.

Durant les quelques heures que dure l’aventure – environ quatre – le joueur se demandera à la fois si sa souris n’est pas maudite, s’il est possible de se déplacer sans piquer une crise, si le jeu n’a pas crashé, s’il a bien validé ce puzzle sans le faire exprès, si faire pour la cinquième fois des cercles frénétiques avec sa souris est si amusant que ça, s’il est n’est pas possible de raccourcir le jeu et si tout cela a définitivement un sens. Tantôt aussi simples et futiles que de percer du papier-bulle – ce qui, je dois le reconnaître, est au moins un peu satisfaisant – les interactions avec l’environnement se doublent parfois d’une maniabilité assez scandaleuse, qui s’ajoute au caractère parfaitement illisible et insipide de ses énigmes : mention spéciale au chapitre sur la naissance de la vie dans l’océan et à son puzzle à bulles lumineuses qui flinguerait  l’enthousiasme du plus optimiste d’entre vous, et cumule tout ce que peut rater Genesis Noir.

Les exemples et mots ne manqueraient pas pour continuer de canarder l’ambulance noire et blanche et il ne s’agit pas de lister les nombreux problèmes structurels qui gâchent une expérience qui aurait mérité tellement mieux. Des visions hypnotiques, une prouesse visuelle et sonore, un propos ambitieux, mais un gameplay et des mécaniques complètement à côté de la plaque d’égoût d’une ruelle sombre :  celui qui s’amuse dans Genesis Noir, c’est celui qui ne joue pas.

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