Critique

Wolfstride

BassKass
Publié le 4 janvier 2022

Développeur

Ota Imon

Éditeur

Raw Fury

Date de Sortie

7 décembre 2021

Prix de lancement

12,99 €

Testé sur

PC

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L’Utimate Golden God World Wide Cup. La Mecque des combats de boxe robotisés, le Graal de tout pilote de robot dans le monde tout triste de Rain City. Et un beau paquet d’argent à la clé pour se mettre à l’abri, surtout quand on s’appelle Dominic Shade et qu’on a quelques casseroles derrière soi et une sacrée envie de fuir les fantômes du passé.

BG EN N&B

Wolfstride incarne la rencontre réjouissante entre un jeu narratif presque uniquement composé de dialogues et un jeu tactique presque uniquement composé d’énormes bourre-pifs filés par des boîtes de conserve de 20 mètres de haut. Si la fusion peut paraître audacieuse, des jeux comme 13 Sentinels Aegis Rim ont montré qu’on pouvait mélanger les deux genres avec brio. Alors quand on est une petite équipe d’un studio brésilien, on fait comment? Et bien on se démarque d’abord avec une direction artistique entièrement en noir et blanc, avec des portraits de personnages très soignés lors des phases de dialogue, et des robots tellement beaux et bien animés dans leurs bagarres qu’on aimerait encadrer chaque plan d’un combat – même si ça ferait beaucoup de cadres. Et pour ne rien gâcher, le studio Ota Imon a mis beaucoup de soin à peaufiner l’interface du jeu, très agréable à l’œil et osons le dire, “qui pète la classe”.

TRAVAILLER PLUS POUR FRACASSER PLUS

Un mécha tout cabossé, un chien mécano bougon, un pilote aux airs de surfeur landais  – en fait, plutôt australien mais je connais mieux les Landes -, et un manager/margoulin incarné par le joueur, le casting de Wolfstride ne manque pas de relief, et la fine équipe va devoir se retrousser les manches pour atteindre les sommets de la métallobaston. Organisé en 63 journées, Wolfstride est une ode au labeur quotidien et à la quête de la moindre piécette pour pouvoir retaper notre boxeur en fer-blanc : parce que oui, vous devrez réparer le P Wan GALLOW 07 entre chaque combat, et pour cela il va falloir… travailler, alors qu’on le sait, personne n’aime ça et que même le jeu le dit avant chaque tâche. Rain City est une ville remplie de décharges, de laissés pour compte qui revendent la moindre ferraille et Dominic Shade devra un peu  tous les jours livrer des colis, fouiller des tas d’ordures, faire les courses ou encore toiletter des chats lors de mini-jeux aussi bêtes que rémunérateurs, un peu à la manière de la série Yakuza. Wolfstride et son système de journées est une ode à la routine, celle qui vous pousse à cravacher plus dur que les autres équipes, parce que vous devez vous forger dans la difficulté et les aléas de la vie – Oui, comme Rocky Balboa.

Mais cette routine, ce labeur  – parfois très répétitif dans le jeu, convenons-en – libère tout son potentiel lors des combats de méchas : avoir beaucoup sué les jours qui précèdent le combat multiplie le bonheur lors de la victoire contre un adversaire arrogant, et les instants de répit avant de se remettre à la réparation ont une vraie saveur d’accomplissement avant de se remettre au taf et de devoir affronter le terrible Canyon Bolt dans 3 jours. Ces bagarres au tour par tour, au système aussi simple que parfois impitoyable – perdez un bras et vous pouvez dire adieu à votre coup de poing ou attaque au lance-flamme préféré.e – sont disséminées comme de vrais points d’orgue tout au long du jeu. Ils concentrent toute la tension d’un affrontement tout droit sorti d’un anime, où les adversaires se provoquent tout en se fracassant la tête à grands coups de membres de plusieurs tonnes et chaque coup est un bijou d’animation et de design sonore.

Attention toutefois à ne pas se laisser griser par la belle gueule des robots et de leurs pilotes car il faudra être vigilant face au profil de son adversaire, à la pertinence de vos attaques, à l’état de votre équipement et au rythme du combat, au risque de prendre d’énormes dérouillées – au début et à la fin du jeu, notamment.

soixante-trois jours (c'est long)

Wolfstride n’oublie jamais toute l’équipe qui entoure le robot, et nombreuses sont les petites interactions entre les personnages, les petites piques, les bons moments ou les coups de mou, qui donnent une vraie épaisseur au collectif et l’envie de ne pas abandonner ni décevoir les camarades d’infortune. Le jeu se paie le luxe d’être drôle et touchant lors de ses innombrables joutes verbales à Rain City, et on se dit qu’Ota Imon a su faire beaucoup avec peu, quitte à se perdre en générosité dans les dernières heures du jeu, qui auraient mérité un petite coupe bien dégagée derrière les oreilles de Wolfstride le beau gosse. Son format divisé en journées – lors desquelles il peut ne rien se passer – souffre de quelques redondances et son scénario  cherche à régler un peu trop de noeuds narratifs et d’histoires intimes, mais on a hâte de voir ce que produira le studio dans les années à venir, sur une échelle plus maîtrisée.

Un jeu qui convoque autant de lourdes références comme Yakuza, 13 Sentinels, Persona ou les séries de Shin’ichirō Watanabe sans se planter et en parvenant à proposer son propre univers et ses propres mécaniques, ça révèle un sacré talent et ça augure du meilleur pour les fans de carrosseries qui s’entrechoquent et de passés douloureux.

Wolfstride c’est un des plus beaux jeux en noir et blanc, c’est une ode aux sports du futur et aux histoires de galères qu’il y a derrière ces loisirs aussi jouissifs que futiles et toxiques. C’est un jeu tactique simple, profond et addictif. C’est un jeu drôle, touchant, aux dialogues bien écrits et au doublage qui force le respect. C’est un jeu qui veut parfois en faire trop pour son propre bien, qui se perd un peu, mais c’est sans doute parce qu’il est plein d’amour pour les robots et pour les marginaux.

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La galaxie qui tient dans la poche.

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