Rapide Critique

Please, touch the artwork

BassKass
Publié le 30 mars 2022

Développeur

Thomas Waterzooi

Éditeur

Thomas Waterzooi

Date de Sortie

26 janvier 2022

Prix de lancement

9 €

Testé sur

PC

Vous entrez dans une salle blanche. Quelques gros carrés striés de couleurs sont accrochés au mur, et plusieurs personnes échangent au sujet de « la pureté de l’acte », « la radicalité du geste » ou le « pur scandale esthétique ». Quand ils remarquent votre présence, les amateurs d’art se retournent et vous regardent avec admiration. L’un deux susurre à sa voisine : « Voilà l’artiste ! ». Artiste ? Vous ? Vous souriez poliment, mais vous savez au fond de vous que vous n’avez fait qu’agencer des couleurs comme on vous l’a demandé, en quelques clics, avant de passer à l’œuvre suivante. Comme tout artiste glorifié par l’histoire de l’art, cela vous a d’ailleurs poussé dans les profondeurs de la folie, mais c’est plutôt à cause de « Please, Touch the Artwork« , qu’à cause d’un supposé génie créatif.

Le jeu de Thomas Waterzooi se présente comme une galerie d’art exposant autant de puzzles que de tableaux à réaliser soi-même, à copier ou à animer grâce à quelques clics bien placés. En cherchant à désacraliser le rapport à l’art, le développeur nous guide à travers trois écoles de l’art moderne abstrait – vous savez, les trucs avec des carrés et des lignes, que vous confondez avec les carreaux de la faïence de la cuisine ou le plaid de votre mamie. Ainsi, avec des puzzles centrés sur les lignes et les trois couleurs primaires, on se prend à évoluer dans l’univers de Mondrian, à saisir la recherche formelle du peintre néerlandais et de ses chers polygones rouges, bleus et jaunes. Entrecoupés de textes explicatifs, le périple artistique est assez plaisant, et on en vient à se familiariser avec ces écoles artistiques qui ne sont pourtant pas des plus accessibles. Voir les puzzle réussis comme autant de tableaux devant lesquels se pressent des badauds fait son petit effet…

En tout cas jusqu’à ce que l’on perçoive les coutures grossières des puzzles. Please, Touch the Artwork a un discours d’accessibilité et de proximité vis-à-vis de l’art tout à fait salutaire, mais sa proposition ludique trouve très vite ses limites : les règles des puzzle changent sans prévenir et l’interface d’exécution des puzzle n’a pas bénéficié d’assez de soin.  Deux galeries peinent à être qualifiées d' »énigmes » tant elles se résument à cliquer sans réfléchir sur des petits carrés jusqu’à réussir par magie ou encore à subir des labyrinthes que l’on ne souhaiterait même pas à la plus abjecte des souris. Sur les 180 œuvres/puzzles/bidules que compte le jeu, plus de la moitié se font en traînant les pieds. On essaie toutes les solutions sans vraiment comprendre ce que l’on cherche à réaliser dans les tableaux, tant la conception de certains pourrait faire exploser le plus précis des pifomètres. Et on finit par remettre en cause son existence de critique de jeu vidéo, alors que l’on cherche désespérement la dernière boule noire à récupérer dans un entrelacs illisible et distordu de lignes colorées.

Si on peut apprendre quelques éléments de vulgarisation artistique en jouant à Please, Touch the Artwork, on se sentira malheureusement complètement mis de côté face à sa proposition de gameplay foutraque. C’est d’autant plus dommage que l’approche démythifiante de l’histoire de l’art abstrait est vraiment à saluer, et mériterait d’être portée par une conception ludique plus aboutie. C’est pas comme ça qu’on va ramener les jeunes dans les musées, moi je vous le dis…

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L’homme des casernes.

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